Le député socialiste Julien Dray souhaite que le gouvernement consacre dix milliards d'euros pour "casser les ghettos" des banlieues dans le cadre du futur grand emprunt.
Sur i>Télé, il a jugé sévèrement le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité, critiquant notamment l'idée avancée par le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux d'un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans ayant déjà commis un acte de délinquance.
"La mesure est impraticable et c'est la traduction d'un échec en matière de lutte contre les violences. Quand on en est là à accumuler des gadgets impraticables, ça veut dire que sur le fond, on a perdu du terrain", a déclaré le député de l'Essonne. "C'est un gros échec parce qu'il y a eu un gros espoir".
Deux ans et demi après l'accession de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, "il y a une démoralisation des forces de police (...), on a des délinquants endurcis (...), un trafic qui s'est installé, une économie souterraine, et je pense que c'est dramatique", a ajouté Julien Dray.
"Puisqu'on parle de grand emprunt, il y a une priorité absolue pour moi, c'est qu'on mette enfin l'argent nécessaire pour casser les ghettos. Il nous faut à peu près dix milliards d'euros. On a des architectes extrêmement compétents, tout un encadrement social qui est prêt", a-t-il ajouté.
Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, "n'est pas à la hauteur de ce qu'il faudrait faire pour les cités", a-t-il jugé.
"Elle n'a pas réussi à bouger les lignes (...), la situation devient très difficile. Les associations n'en peuvent plus, on leur a coupé beaucoup de financements, or c'est un élément essentiel de reconquête du terrain".
De nombreux jeunes issus des "quartiers" affirment ne pas se sentir français. Or ils sentent souvent plus français qu'ils ne le prétendent. Qu'en est-il et comment l'expliquer ?
Maurad Cheurf, entrepreneur et spécialiste des quartiers sensibles, a grandi à Montfermeil. Ecoutez sa réponse dans le cadre du projet "Qu'est-ce qu'être français ?" de l'Institut Montaigne.
En savoir plus sur l'événement : www.institutmontaigne.org

L'assouplissement de la carte scolaire devait libérer les familles. Au risque, que vient confirmer cette semaine un rapport de la Cour des comptes, de nuire à la mixité sociale
C'est la première confirmation par les chiffres d'un effet pervers redouté. L’assouplissement de la carte scolaire risque de créer des «ghettos scolaires», alerte la Cour des comptes.
En 2008, sur les 254 collèges «ambition réussite», 186 établissements ont perdu des élèves, «ce qui s’est traduit par une plus grande concentration dans ces collèges des facteurs d’inégalités contre lesquels doit lutter la politique d’éducation prioritaire», peut-on lire dans cette enquête, pésentée mardi, sur les dispositifs scolaires dans les quartiers sensibles, réalisée à la demande de la commission des Finances du Sénat.
En clair, les collèges difficiles semblent bien perdre leurs bons élèves. Depuis la politique d’assouplissement de la carte scolaire engagée en 2007 par Xavier Darcos, nombre d'observateurs le redoutaient, mais il s’agit là des premières statistiques à caractère officiel à ce sujet.
Le réseau «ambition réussite», créé après les émeutes de 2005, regroupe les établissements les plus en difficulté du système d’éducation prioritaire.
«Compte tenu d’une augmentation des demandes de dérogation de 29% en 2008, les effectifs des collèges ont évolué de façon fortement différenciée selon les établissements: certains ont pu enregistrer des pertes d’effectifs pouvant aller jusqu’à 10%, alors que d’autres connaissaient des progressions allant jusqu’à 23%», écrit encore la Cour des comptes.
Dans un même «bassin de formation», la Cour appelle donc à une plus grande «coordination» entre les établissements scolaires, afin de «lutter contre l’existence ou la constitution de "ghettos scolaires", en corrigeant les effets éventuellement négatifs des modalités de sectorisation scolaire».
«A défaut, en effet, les effets de la concurrence aboutiraient à un écart excessif entre les établissements, ce qui, comme l’enquête PISA de l’OCDE le montre clairement, constitue une des caractéristiques du système éducatif français les plus défavorables à sa performance», conclut la Cour à ce sujet.
Au ministère de l’Education nationale, on précise que le ministre Luc Chatel attend d’ici fin 2009 une étude «plus détaillée» de ses services.
Sans contester l’enquête de la Cour, le ministre veut mettre l’accent sur les quelque 50 établissements «ambition réussite» qui ont gagné des élèves et sont devenus «plus attractifs», ainsi que sur la «satisfaction» des familles concernant l’assouplissement de la carte scolaire.
(Source AFP)
Son show au Zénith de Paris, en 2005, était censé annoncer sa retraite puisque Kool Shen désirait par la suite se consacrer pleinement à l'activité de son label IV My People. Après quelques succès, la structure s'est éteinte et la plume du rappeur est ressortie du tiroir. Revenu sur le devant de la scène avec son compère JoeyStarr, fin 2008, pour une tournée de reformation avec NTM, saluée par la critique et le public, l'artiste, 42 ans au compteur, serait-il victime de cette fameuse "crise de la quarantaine" ? Pas pour un sou car avec "Crise de conscience", c'est plus à une prise de conscience que Kool Shen veut sensibiliser son public, plus de vingt ans d'activisme dans le rap derrière lui.
Sur des instrumentations entièrement jouées (guitares, basses, claviers, violons...), Kool Shen livre un album de hip-hop que certains pourront cataloguer de "old-school". Posé et certainement marqué par les changements dans sa vie - il est notamment devenu papa - le rappeur laisse exploser toute sa sincérité sur un "Vivre dans l'urgence" poignant et nostalgique. Plutôt sombre, ce disque ne laisse aucun sujet de côté : la situation sociale ("La France hallucine"), les inégalités ("Mauvaise école") ou encore le réchauffement climatique avec "Grandeur et décadence". N'oubliant pas son compère JoeyStarr, rugissant, sur un "J'reviens" véritable ego-trip décomplexé, Kool Shen laisse néanmoins une porte ouverte à l'espoir avec un "Eldorado" lumineux et sensiblement optimiste. Un grand disque de rap sans aucun doute, voire un grand disque tout court.
1 · Intro
2 · J'reviens
3 · La France hallucine
4 · Interlude Vivre dans l'urgence
5 · Vivre dans l'urgence
6 · Rappelle-toi
7 · Salope.com
8 · Mauvaise école
9 · Jusqu'au bout
10 · Grandeur et décadence
11 · C'est bouillant
12 · Vendredi 13
13 · J'ai jamais eu besoin
14 · Eldorado
15 · Outro
MusicActu

par Marie-Christine VERGIAT, Députée européenne du Front de gauche, Militante des droits de l’Homme.
Hamida était mon amie, ma sœur de combat. Mes premiers échanges avec elle eurent lieu lors de la deuxième affaire du foulard. Venant de rejoindre la LDH, après quelques années à SOS Racisme, elle écrivit sur la liste de discussion de la LDH un message qui me frappa par sa justesse, montrant pourquoi il était essentiel de dialoguer et surtout de ne pas couper les ponts avec les filles qui portaient le voile. Faisant sa connaissance quelques semaines plus tard, je lui dis mon admiration. Depuis nous n’avons cessé de nous croiser. Dialoguer, discuter, intervenir partout où notre parole pouvait être entendue, Hamida ne disait jamais non.
Elle aimait par-dessus tout les débats avec les habitants de ces quartiers populaires qu’elle connaissait si bien. Sa parole de femme, d’origine algérienne, issue de milieu modeste et ayant grandi et presque toujours vécu en banlieue, faisait d’elle, depuis son retour en France, une féministe, militante de l’antiracisme, de la lutte contre toutes les discriminations et pour tous les droits.
D’une organisation à l’autre, elle ne renonça jamais à l’envie de peser sur le politique quels que soient les échecs. Elle était toujours prête à repartir au combat pour l’égalité réelle et la justice sociale. Même si je connaissais déjà une grande partie de son histoire, la lecture de son livre me bouleversa tant je n’avais imaginé tout ce qu’elle avait traversé. Lisez Itinéraire d’une femme française et vous rencontrerez un symbole de ces femmes qu’on ose encore dire issues de l’immigration, un symbole pour ceux et celles que révulse la manipulation du concept d’identité nationale par l’actuel gouvernement qui alimente le rejet des différences et donc les haines.
Hamida était une femme forte, une femme debout. Elle l’est restée à travers tous ses combats. Comme un exemple à suivre.Retrouvez le témoignage d’Hamida Ben Sadia dans son livre «Itinéraire d’une femme française». L’expérience, le vécu, les épreuves terribles traversées par Hamida Ben Sadia et sa famille, font de son «itinéraire » un point de repère très fort et convaincant qui peut aider des jeunes filles en conflit avec leur famille, autant que les familles concernées, pères et mères, fratries, à réfléchir à la question si délicate, douloureuse, du mariage arrangé, dit «mariage forcé», dont il faut bien saisir les tenants et les aboutissants, pour éviter les stigmatisations hâtives qui risquent d’aggraver encore la discrimination, le racisme, l’incompréhension générale. Hamida Ben Sadia a pris le recul nécessaire pour s’exprimer avec mesure, pour éviter de grandes souffrances à tous les protagonistes de ces situations souvent tragiques.
Le livre d'Hamida Ben Sadia est disponible à la Cabane à livres, 75 avenue Pierre Laroousse à Malakoff.
Cliquez ici pour lire un extrait du livre
Voila la première partie une vidéo réalisée par les jeunes de l'association Banlieus'Arts consacré à un sujet important:Les relations entre filles et garçons dans les cités.
Farid Mebarki (Président de Presse et Cité) ; Laurence Wurtz (Ressources
Urbaines) ; Chloé Juhel (radio Générations) ; François Pupponi (député-maire de Sarcelles) ; Omar Dawson (Grigny wood / I-Screen) ; Hervé Masurel (Délégué Interministériel à la ville) ; Moïse Gomis (Radio HDR) ; Etienne Bastide (Radio Galère) ; Zouina Medour (Vu d’ici) Crise des médias et crise des banlieues : quels vases communicants ? La revue de presse des médias des quartiers ; la valeur ajoutée des médias des quartiers ; « la France n’a pas envie que ça change, tout comme les médias ! » ; « le service public doit faire son taf ! » ; co-produire du contenu ; faut-il aider prioritairement les médias des quartiers ? ; le financement des médias des quartiers par le biais de l’éducation populaire, et ses limites ; financement, indépendance et devoir de réserve
15 000 visiteurs ont participé à cette douzième édition. Succès en hausse pour la culture hip-hop
Les douzièmes Vibrations urbaines ont crevé le plafond. VU ? « Nous avons accueilli environ 15 000 visiteurs. L'an dernier, nous étions à 13 500. Nous sommes proches de notre capacité maximale, en terme d'infrastructures et de parkings », s'est félicité Frédéric Arnaud, coordina- teur de la manifestation et responsable du service animation jeunesse de la ville.
Car cette manifestation, exceptionnelle par le succès qu'elle rencontre auprès des jeunes, est municipale. Elle a grandi harmo- nieusement, intégrant tous les aspects des cultures urbaines et du hip-hop : graf, skate, roller, BMX, musique, DJ, danse, customisation, battle, rap, sports de rue...
Entre terre et ciel
Cette année, les organisateurs avaient réparti les temps forts de ces différentes disciplines afin d'éviter à la fois les cohues et les temps morts. Conformément à la philosophie « street », le spectacle était aussi dans la rue, en particulier avec le BMX. Comme l'an dernier, des tonnes de terre ont été déversées sur la chaussée au coeur du site de Bellegrave, mais en plus grande quantité, pour former sept buttes. La nouveauté, c'était cette tour échafaudage, d'où les BMX s'élançaient de plusieurs mètres de haut. Immédiatement, ils bénéficiaient d'une vitesse leur permettant d'exécuter des figures époustouflantes.
De vrais courageux
La glisse a ses héros et ses bobos. Il y a eu quelques évacuations pour fractures et autres foulures. Les risques peuvent être bien plus graves et les pratiquants professionnels et amateurs, venus de toute la France et de l'étranger, sont de vrais courageux. Les meilleurs étaient là et cette qualité régulière a fait la réputation des VU.
Les soirées de Bellegrave ont fait salle comble. Celle de samedi a offert un bouquet final original à 700 personnes. Car pour la première fois, concert et compétitions de glisse se sont succédé, réunissant à la fois les jeunes inconditionnels et des familles bluffées par cette culture à part entière. Elle s'est encore exprimée toute la journée d'hier par de nouveaux exploits sportifs et la possibilité offerte au public de participer, comme toute la semaine, aux ateliers et animations. C'est aussi le but : transformer le spectateur en acteur.Auteur : WILLY DALLAY
FESTIVAL. C'est la dernière journée des Vibrations Urbaines à Pessac. Skate, BMX, roller, et hip-hop au programme
VU le monde, les cultures de la rue et du hip-hop sont bien sorties de l'ombre ! VU comme Vibrations urbaines, 12e édition, dans le quartier de Bellegrave.
Des milliers de jeunes de toute l'agglomération, la région et bien au-delà y sont venus toute la semaine et resteront jusqu'à ce soir.
Stages, spectacles, expositions, graf, performances et autres prouesses… Les compétitions de skate, roller et BMX sont particulièrement spectaculaires, dedans et dehors sur d'énormes buttes en terre. La glisse dans tous ses états s'est frottée à la musique lors de la grande soirée d'hier.
Programme sur www.vibrations-urbaines.net

A la fin du mois de juin dernier, Claude Bartolone, le président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis annonçait la signature d’une convention d’un partenariat avec TFI sous l’intitulé "Médias et Diversité".
Vaste programme… À l’heure où la Seine-Saint-Denis fait ses comptes et règle de vieilles querelles politiciennes, le Conseil général veut faire table rase du passé et n’hésite pas à sabrer dans le tas les subventions du tissu associatif sur l’ensemble du département. Le président claque la porte au nez d’associations qui travaillent sur le territoire depuis des années et recherche des partenariats plus lucratifs. C’est le cas de TF1, avec qui Claude Bartolone a décidé de signer cette convention, en grande pompe, sous couvert de promouvoir "la diversité". Le mot sonne creux et renvoie en écho à la notion de "discrimination positive" chère au gouvernement.
Le 12 octobre 2009, dans les locaux de TF1, Nonce Paolini, son président, a honoré son engagement en accueillant solennellement les six jeunes sélectionnés pour deux années d’apprentissage au sein de la chaîne privée. Six jeunes : Chou, Elie, Florice, Jean-Marie, Sezen et Zineb ont été choisis en septembre et sont tous parrainés par un salarié de TF1. Ils auront selon la conjoncture des possibilités d’embauches à la fin de leur apprentissage. Maigres perspectives individuelles pour une poignée de jeunes qui ressemblent davantage à une opération de communication : un échantillon pour l’image. Une classe de troisième se verra profiter des stages de découvertes professionnelles par la chaîne. Des collégiens et des jeunes en insertion pourront effectuer des visites mensuelles d’immersion professionnelle dans les locaux. Enfin, la chaîne s’engage à soutenir le concours des Créateurs d’Entreprises, un concours organisé par le Conseil général et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Seine-Saint-Denis pour encourager la création d’entreprises liées aux métiers de l’audiovisuel.
Ça ne coûte rien et c’est bon pour l’image. Depuis son élection en mars 2008, Claude Bartolone, multiplie les discours sur la jeunesse, et la richesse de la diversité : "la France de demain, diverse et multilingue, se construit dans l’incroyable laboratoire du vivre-ensemble qu’est la Seine-Saint-Denis ». Pour le président du Conseil Général, TF1 semble être le meilleur interlocuteur puisque c’est la "première chaîne à avoir osé engager pour son journal du 20h un journaliste issu de la diversité, aux compétences larges et reconnues". Il entend ainsi mettre en œuvre un dispositif d’orientation, de formation, de parrainage et de recrutement des jeunes dans les métiers de l’audiovisuel. Et les mauvaises langues de rétorquer que TF1 arrive par ce biais à prendre racine dans un département où elle cherchait des informateurs, en se rachetant une image à bas prix. « Ce que j’apprécie, c’est que lorsqu’il y a des sujets sensibles sur la banlieue, on vient me demander conseil. » explique Zineb Mirad au Parisien. A 20 ans, elle est une des heureuses élues, sélectionnée après avoir publié au Bondy Blog et participé à un atelier de journalisme organisé à Bobigny. Repérée "pour ses compétences", elle collabore aujourd’hui à la rédaction de LCI.fr.
Sans hypocrisie, la convention se voit comme une opération culturelle accompagnée par la création et la promotion d’événements artistiques. Dans les hautes sphères départementales, on se félicite de cette "petite pierre à l’édifice qui nous permet de dire à nos jeunes que tout est possible !".Le Conseil général a pourtant pris des mesures draconiennes et amputé sévèrement le budget de la culture pour l’année 2009. Les associations trinquent : licenciements des salariés, gels des projets, disparitions annoncées. Cette convention de paillettes propose un cache-misère pour une réalité complexe avec laquelle les associations composent sur le terrain depuis des années avec l’ensemble de la population. Des problèmes qui ne peuvent se résoudre d’un coup de baguette magique. Claude Bartolone, avec naïveté ou en toute conscience démagogique, applaudit le cynisme des groupes qui comme TF1 ont défini la valeur marchande de cette diversité.
L.Servin
Quatre ans après la "crise des banlieues", déclenchée par le décès de deux adolescents poursuivis par la police à Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005, la Seine-Saint-Denis connaît toujours une situation exceptionnelle. Malgré la multiplication des annonces ministérielles, le département n'a pas rattrapé son retard en termes d'emploi, d'éducation et de sécurité. La nouveauté, c'est que, à côté des zones extrêmement pauvres, se sont développés des territoires en pleine explosion économique. D'où une question cruciale pour le département et ses 1,5 million d'habitants : comment faire coexister des ghettos sociaux et ethniques et des territoires plongés dans la compétition économique mondiale ?
Radiographie en six points et sans tabous du département français le plus visité par les ministres de la République.
L'immigration, comment faire face ?
Bobigny, lundi 19 octobre, 7 heures du matin, - 2 degrés. Comme tous les jours de la semaine, des grappes d'hommes attendent d'être embauchés devant l'entrée de Batkor, un dépôt de bricolage situé sur la nationale 3. Au vu et au su de tous, une trentaine de clandestins proposent leur main-d'oeuvre aux entreprises du bâtiment ou aux particuliers. A partir de 70 ou 80 euros la journée pour un plâtrier, un plombier ou un maçon. Moins cher encore en négociant les tarifs. La plupart attendent des heures sans succès. Trop de concurrence : "Il n'y a pas beaucoup de clients mais beaucoup de monde qui veut se faire embaucher", se désole Hassan, Turc d'une quarantaine d'années qui essaie de se réchauffer en attendant un éventuel client. Même si le lieu est connu de la police et des élus depuis des années, les interventions n'y font rien : comme l'immigration n'arrête jamais en Seine-Saint-Denis, porte d'entrée sur le territoire français avec l'aéroport de Roissy, de nouveaux candidats se présentent tous les jours, été comme hiver, pour tenter de gagner leur vie. Et les derniers arrivés remplacent ceux qui finissent par trouver des emplois moins exposés.
Entre 1999 et 2006, malgré les politiques de restriction affichées par l'Etat, le nombre d'étrangers dans le département a encore progressé de 22,4 % alors que, dans le même temps, le nombre de Français augmentait seulement de 3,7 %. Dans certaines villes, la proportion d'étrangers dépasse désormais les 30 %, soit près de six fois la moyenne nationale, comme à Clichy-sous-Bois (37,2 %) ou Aubervilliers (34,6 %). Voilà pour les chiffres officiels. Car les autorités estiment qu'il pourrait y avoir entre 100 000 et 300 000 sans-papiers en Seine-Saint-Denis, la plupart non recensés. Soit l'équivalent de villes comme Saint-Denis et Montreuil qui s'ajoutent à la population officielle.
"Le problème n'est pas d'arrêter les flux. C'est totalement illusoire, c'est comme de vouloir arrêter la marée avec ses bras. Le problème, c'est de savoir ce qu'on fait pour ces populations. Or, aujourd'hui, on n'a pas suffisamment de moyens pour assurer leur intégration", relève le maire (PS) d'Aubervilliers, Jacques Salvator. Conséquence : à Aulnay-sous-Bois, Villetaneuse, Clichy, La Courneuve, Stains, Montfermeil, Aubervilliers, notamment, certains quartiers se ghettoïsent et ne comptent quasiment plus de "Blancs". Uniquement des Maghrébins ou des Noirs, parfois des Asiatiques.
"La spécialisation du département se renforce. Tant qu'il n'y aura pas de solidarité régionale ou nationale sur l'accueil de l'immigration, je ne vois pas comment on pourra s'en sortir", regrette Bénédicte Madelin, directrice de Profession banlieue, une des figures de la vie associative départementale. Un constat confirmé par l'Insee : entre 1999 et 2006, la Seine-Saint-Denis a absorbé autant d'étrangers que tous les autres départements d'Ile-de-France réunis, en dehors de Paris.
Les bureaux de cadres blancs, la face cachée du "9-3"
La devanture est discrète. Mais l'intérieur est chic et raffiné et on y croise des Japonais et des Américains, venus pour leur business. Comme à Singapour, New York, Pékin ou... Neuilly-sur-Seine, la chaîne de luxe Marriott vient d'ouvrir un de ses hôtels dans un immeuble moderne de 150 chambres à Saint-Denis au coeur du quartier Pleyel, non loin de la future cité du cinéma de Luc Besson. A 159 euros minimum la nuit, la chaîne vise la clientèle des hommes d'affaires qui fréquentent les quartiers autour du Stade de France, un des territoires les plus dynamiques de la région parisienne.
Depuis dix ans, le nombre de mètres carrés de bureaux a littéralement explosé dans cette zone grâce aux transferts d'entreprises attirées par le faible coût de l'immobilier et l'importance des réseaux de transport. "On sort de décennies de marasme lié à la désindustrialisation", relève Stéphane Peu, vice-président de la communauté d'agglomération de Plaine-Commune, qui regroupe sept villes autour de Saint-Denis. Des sociétés comme Generali, EDF, la Société générale, La Banque postale, par exemple, ont transféré une partie de leurs services ces dernières années. Soit 27 000 emplois privés de plus en dix ans sur le seul secteur de Saint-Denis. D'autres prévoient d'arriver à plus ou moins long terme, comme Orange (2 000 emplois début 2010) et peut-être la chaîne Radisson pour un immense complexe hôtelier autour d'un nouveau palais des congrès.
C'est la face cachée de la Seine-Saint-Denis, en quelque sorte. Mais aussi un nouvel enjeu pour les élus : comment faire cohabiter ces territoires en pleine expansion avec les zones défavorisées, parfois situées à quelques centaines de mètres à peine ? Et comment faire bénéficier les habitants du développement de cette "Défense bis" ? "Les entreprises sont venues en Seine-Saint-Denis avec leurs salariés. Aujourd'hui, le challenge c'est qu'elles se tournent vers les viviers locaux de diplômés, notamment nos 65 000 étudiants", souligne Francis Dubrac, président de l'agence de développement du département.
Un défi considérable tant ces nouveaux quartiers d'affaires ressemblent aujourd'hui à des enclaves. Le matin, entre 8 et 10 heures, les RER amènent de Paris des wagons entiers de cadres blancs, qui repartent le soir par la même voie ; ils croisent les employés de nettoyage ou de sécurité, souvent noirs ou maghrébins, qui arrivent la nuit et repartent le matin aux aurores quand les bureaux se remplissent. Un indice de la puissance des ségrégations ethnique et sociale. Un signe aussi de l'extraordinaire retard de la Seine-Saint-Denis, département le plus jeune de France, en matière de formation. A peine 10 % de la population de plus de 15 ans dispose d'un diplôme supérieur. Contre 38 % à Paris. "C'est un point sur lequel rien, ou presque, n'a bougé depuis quinze ans", regrette Bénédicte Madelin. La conséquence est logique : les entreprises qui voudraient embaucher des diplômés sur place sont parfois contraintes de se tourner vers d'autres départements.
Un département sous perfusion publique
Un immense chantier. Une nationale déviée, des tours rasées, d'autres reconstruites. Des espaces publics transformés. A Aulnay-sous-Bois, comme dans 21 autres villes de la Seine-Saint-Denis, les grues occupent le ciel et les ouvriers s'affairent dans un ballet de camions. Ça démolit, ça creuse, ça bétonne, ça reconstruit depuis des mois, et encore pour des années. Les énormes chantiers de la rénovation urbaine vont mobiliser un peu plus de 4 milliards d'euros sur le département d'ici à 2012. Si les objectifs sont tenus, près de 10 000 logements doivent être détruits, 12 000 reconstruits, 27 000 réhabilités, 33 000 "résidentialisés", comme si une guerre silencieuse était passée par là.
Dans les villes symboles de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, où les investissements publics atteignent près de 500 millions d'euros, les transformations positives sont en cours. "Ça dépasse nos espérances. Tout le monde voit que les grues ont envahi les quartiers et peut sentir que c'est en train de bouger", se réjouit le maire (PS) de Clichy, Claude Dilain. Mais à peine une crise est-elle en voie de résorption qu'une autre risque de surgir : les copropriétés dégradées du bas Clichy, qui n'ont bénéficié d'aucune aide publique : "C'est là qu'arrivent tous ceux qui n'ont pas droit au logement social. Les plus pauvres, ceux qui sont sans papiers. Ils se retrouvent dans des conditions de vie intolérables et voient, en plus, qu'ailleurs c'est en train de changer."
De fait, la rénovation urbaine est loin de tout régler. D'abord parce que plus de 80 % des appartements démolis sont reconstruits sur place, dans les mêmes quartiers, sans que la sociologie de la population évolue. "On repeint les ghettos", selon l'expression de Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité. Ensuite, parce que les financements n'étant pas réactualisés, beaucoup de maires doutent de la réalisation effective de tous les travaux programmés. Enfin parce que la rénovation urbaine a aussi contribué à aspirer une bonne part des crédits publics. Les associations, en particulier, continuent de manquer de moyens et doivent se battre, au quotidien, pour décrocher des subventions. Les communes les plus pauvres ne parviennent à boucler leurs budgets qu'en réduisant au maximum leurs dépenses. Le conseil général, lui-même à court de crédits, ne s'en sort plus. La préparation du budget 2010 se révèle kafkaïenne : avec les chutes de recettes dues à la crise de l'immobilier et les transferts de charges de l'Etat vers les collectivités, le conseil général estime qu'il lui manque 100 millions d'euros sur un budget de 1,5 milliard.
Un laboratoire du futur qui manque de moyens pour le présent
Ils sont plus d'une centaine d'enseignants à manifester devant le siège de l'inspection académique de Bobigny, ce jeudi 22 octobre. Des professeurs des écoles qui protestent contre l'insuffisance des moyens dans l'éducation nationale. A commencer par le manque de remplaçants. "Aujourd'hui, il y a beaucoup de classes sans maître parce qu'il n'y a pas assez de remplaçants", insiste François Cochain, secrétaire départemental du SNUipp, principal syndicat du premier degré. Comme beaucoup de fonctionnaires, les enseignants s'alarment du décalage entre la frénésie des "annonces" ministérielles dans le département et les moyens réels des services publics.
Depuis 2005, il est vrai, tous les plans communication des ministres passent par le "9-3", département à la mauvaise presse mais photogénique pour les hommes politiques. En 2008, la Seine-Saint-Denis a enregistré 174 déplacements ministériels, soit un tous les deux jours en moyenne. Un rythme invraisemblable qui se maintient en 2009 : rien que pour le mois de septembre, la préfecture a comptabilisé 25 visites. Tous les prétextes sont bons : la pose de la première pierre des Archives nationales (François Fillon), l'inauguration de logements étudiants (Valérie Pécresse), la lutte contre les trafics de stupéfiants (Brice Hortefeux), le plan jeunes (Martin Hirsch), une visite de collège privé (Luc Chatel)...
Présentée comme un "laboratoire" du futur, la Seine-Saint-Denis manque paradoxalement de moyens pour le présent. Année après année, les élus locaux se mobilisent pour s'opposer aux fermetures de classes, obtenir des moyens policiers, dénoncer la faiblesse de la pédopsychiatrie, défendre les postes d'adultes-relais, sauver les crédits des associations... "De tous les côtés, discrètement, presque clandestinement, l'Etat pompe de l'argent. Il y a beaucoup de communication et d'agitation médiatique. Mais, dans la réalité, les moyens sont retirés en permanence", explique le maire (PS) d'Aulnay-sous-Bois, Gérard Ségura, contraint de se battre lors de chaque rentrée pour tenter d'éviter des suppressions de classes.
"On est dans la schizophrénie la plus complète. Les ministres viennent tous pour vanter leurs plans. Mais il n'y a plus de moyens de droit commun, notamment sur l'éducation : on avait obtenu 3 000 postes avec le plan d'urgence pour la Seine-Saint-Denis en 1998. Mais, depuis, on les a reperdus", ajoute Claude Bartolone, président (PS) du conseil général, en donnant l'exemple de la scolarisation des enfants de 2 ans dans les ZEP, qui ne concerne plus que 5 % des élèves contre 22 % en 1999.
Sécurité : la violence, un combat jamais terminé
Dans la nuit tombante, les hommes de la police scientifique fouillent la ruelle et le petit square. On voit leurs lampes qui balaient le sol à la recherche d'indices. Deux jeunes de Saint-Ouen viennent de mourir, ce samedi 26 septembre, tués par balles, probablement à cause d'un trafic de stupéfiants. Le corps d'une des victimes est toujours allongé au sol, entre deux voitures. Un policier relève les plaques d'immatriculation des véhicules situés à proximité. Un habitant l'interpelle : "C'est pas trop pénible de ramasser les morts ?" Le policier : "Ça s'était calmé. Mais, en ce moment, il y en a un tous les trois jours." Fin du dialogue.
L'accumulation de faits divers graves, ces dernières semaines, a relancé les interrogations sur la délinquance en Seine-Saint-Denis. Les élus de droite comme de gauche ont réagi en exigeant des moyens supplémentaires. La préfecture de police a rétorqué que les effectifs n'ont jamais été aussi importants (4 913 fonctionnaires en 2009, contre 4 340 en 2003) et que la mise en place du Grand Paris de la sécurité, depuis septembre, va permettre la reconquête des territoires.
De fait, les chiffres ne sont pas bons. Les vols avec violences et les agressions physiques, qui ont le plus gros impact sur les habitants, restent en effet nettement plus élevés que dans le reste de l'Ile-de-France. Deux fois plus fréquents, par exemple que dans les Hauts-de-Seine. "La situation n'est pas satisfaisante. Les habitants souffrent dans certains quartiers de la présence d'individus qui se sont octroyés tous les droits", reconnaît Alain Gardère, directeur de la sécurité de proximité à la préfecture de police.
Sur le front des violences urbaines, la tension n'est jamais retombée depuis 2005, pourtant considérée comme une année exceptionnelle. Le nombre de dégradations et de destructions de voitures, notamment par incendie, n'a pas diminué. Idem pour les violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique, notamment les policiers : 1 472 agressions recensées en 2008 contre 1 137 en 2005. "La situation est maîtrisée mais c'est toujours assez tendu. On sait qu'il faut toujours être vigilant et que ça peut s'envenimer pour trois fois rien", souligne Philippe Prunier, directeur territorial de la sécurité de proximité, en faisant état d'une augmentation significative du nombre de policiers blessés en intervention.
La situation est aussi délicate pour la lutte contre la criminalité. Notamment les réseaux de drogue, que l'Etat promet de faire tomber depuis des années, mais qui sont toujours aussi présents. Il suffit d'ouvrir les yeux. A Saint-Ouen, dans les ruelles à proximité de la mairie. A Drancy, dans la cité du Nord, à côté de la gare RER du Bourget. A Sevran, aux Beaudottes, pas très loin du supermarché. A Stains, au Clos-Saint-Lazare. A Saint-Denis, près de la gare RER - mais depuis la visite sur place du ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, fin septembre, les trafics de crack se sont déplacés sur les villes voisines. "On va travailler sur les trafiquants et sur leur patrimoine", prévient Christian Flaesch, directeur de la police judiciaire parisienne, en annonçant la mise en place d'un "plan stups". Une promesse déjà entendue à de nombreuses reprises par les élus locaux : "Le problème, c'est que chaque fois que la police fait tomber un réseau, l'appât du gain et la misère sociale sont tels que d'autres prennent immédiatement la place", remarque Claude Bartolone. Dans le "9-3", les combats ne s'arrêtent jamais.
La crise, ultime paradoxe
Les hypermarchés pour pauvres ne désemplissent pas. A Villemomble, le week-end, devant un des principaux hard-discounters de la Seine-Saint-Denis, les voitures se garent par centaines, sur le parking et dans les rues aux alentours. Dans les allées, c'est une étonnante cohue pour réussir à circuler entre des rayons encombrés. Après des heures de file d'attente, les clients repartent le coffre plein de nourriture à bas coût. Souvent des produits proches de la date de péremption mais à des prix imbattables.
La Seine-Saint-Denis reste en effet un département pauvre, très pauvre : 50 000 allocataires du RSA, 12 % de la population qui bénéficie de la couverture médicale universelle (CMU), un revenu moyen de 18 800 euros par famille. "Les pauvres sont concentrés en Seine-Saint-Denis. Au fond, ça a l'air d'arranger tout le monde - sauf quand ça explose. Mais ceux qui pensent qu'il suffit d'ériger une ligne Maginot entre les villes riches et les villes pauvres se trompent complètement. Comme en 1940 !", prévient Claude Dilain.
De façon paradoxale, pourtant, le "9-3" échappe pour l'instant, en partie, à la crise économique actuelle. Le taux de chômage n'a pas explosé depuis le début de l'année 2009. Car la vieille image d'un département industriel est fausse. Il reste certes des bastions ouvriers - comme l'usine PSA à Aulnay-sous-Bois -, mais l'industrie et le bâtiment ne représentent plus que 100 000 emplois contre 500 000 pour les services et le commerce. Le département est désormais tiré par le secteur tertiaire et les PME, y compris dans des filières porteuses comme l'assurance, la santé et l'audiovisuel.
Comme un clin d'oeil, BNP Paribas, qui vient d'installer une de ses filiales (3 200 salariés) à Pantin, communique désormais à grand renfort de publicités sur le fait d'être le premier employeur privé du département. "Il y a dix ans, je m'engueulais avec les patrons des grands groupes. Aujourd'hui, c'est eux qui viennent nous démarcher ou qui participent aux colloques sur les discriminations", se félicite Claude Bartolone, convaincu que les entreprises ont pris le virage de la diversité et que cela peut aider son département à passer le cap de la crise. (Le Monde)
Faut-il repenser la politique de la ville ? Le débat agite le gouvernement et la majorité, inquiets des résultats médiocres obtenus par la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, depuis le lancement de sa dynamique Espoir banlieues.
Luc Bronner (Le Monde)
Selon nos informations, le prochain rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), qui sera rendu public en novembre, devrait montrer que l'écart entre les zones urbaines sensibles (ZUS) et le reste du territoire ne s'est pas réduit depuis les émeutes de l'automne 2005. Avec 17,9 % de chômeurs dans les ZUS fin 2008, le taux de chômage est resté deux fois plus important dans les quartiers de la politique de la ville que dans les autres zones urbaines. Plus inquiétant, le taux de chômage des hommes, entre 15 et 24 ans, atteignait 41,9 % fin 2008 contre 36,9 % fin 2006.
BILAN LIMITÉ SUR L'EMPLOI
"Si on n'avait rien fait, ce serait bien pire", défend l'entourage de Fadela Amara, devant ces piètres résultats. Le bilan des actions présentées par Nicolas Sarkozy, en février 2008, coordonnées par la secrétaire d'Etat, apparaît pourtant très limité. En particulier sur l'emploi. Les "contrats d'autonomie", censés permettre l'insertion des jeunes, n'ont pas fonctionné.
A peine 12 425 contrats avaient été signés, début septembre, sur les 45 000 prévus d'ici à 2011. Parmi eux, seules 887 "sorties positives" vers un CDD, un CDI ou une formation ont été enregistrées. "Le dispositif a été conçu avant la crise. Or, celle-ci a conduit les mieux armés à être licenciés. Et ils se sont trouvés en concurrence avec les jeunes faiblement diplômés", explique Mohammed Abdi, conseiller spécial de Fadela Amara.
Les autres dossiers (éducation, transport, santé, etc.) ont évolué au gré de la volonté des ministres en charge de chacun des secteurs. Avec, globalement, des résultats limités. "Le président de la République a demandé à chaque ministère d'établir un programme. Mais leur participation est très inégale", reconnaît M.Abdi.
Le seul point sur lequel tous les observateurs s'accordent pour souligner une avancée significative concerne la rénovation urbaine – opérations de démolition, réhabilitation ou aménagement urbain – mise en œuvre dans 470 quartiers. Mais le bénéfice politique de ce projet est mis au crédit de Jean-Louis Borloo, à l'origine de l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), lorsqu'il était en charge du dossier en 2003.
Fadela Amara a changé de stratégie. Alors qu'elle a longtemps affirmé que le problème de la politique de la ville n'était pas une question de moyens, elle a multiplié, ces dernières semaines, les demandes budgétaires. "J'ai besoin d'argent. J'ai besoin de plus de moyens pour réussir la mission que m'a confiée le président de la République", souligne-t-elle.
Elle tente actuellement de récupérer 10 millions d'euros amputés à son budget en 2010, et réclame le lancement d'une nouvelle étape de la rénovation urbaine après 2012. Elle a aussi suggéré que le grand emprunt national serve à financer des projets dans les quartiers.
REMISE À PLAT
Dans ce contexte délicat, la majorité réfléchit à une remise à plat plus large de la géographie de la politique de la ville. En dépit de ses abords techniques, le débat est fondamental : à quel niveau doit s'organiser la solidarité entre territoires riches et quartiers pauvres ? Comment répartir les moyens et déterminer les territoires prioritaires ?
Deux parlementaires UMP, Gérard Hamel et Pierre André, ont rendu, fin septembre, un rapport qui constate l'échec du modèle actuel, fondé sur une approche quartier par quartier, zone par zone (zones urbaines sensibles, zones franches urbaines, zones de redynamisation urbaine, etc.).
"L'intervention par zonage enferme les quartiers sur eux-mêmes plutôt que de contribuer à leur meilleure insertion dans la ville", constatent les parlementaires. Dans cette logique, ils préconisent de supprimer les ZUS et d'organiser la politique de la ville à l'échelle des communes. Ces dernières signeraient des contrats avec l'Etat, à charge pour les maires de mettre en œuvre, ensuite, leurs propres actions en fonction de leurs priorités.
Une partie de la politique de la ville serait ainsi décentralisée au niveau communal. L'entourage de Fadela Amara s'oppose à cette approche, jugée "dangereuse". "Il faut sans doute faire l'inventaire des territoires pour voir ceux qui doivent être aidés ou pas. Mais il faut que l'Etat continue à cibler les quartiers les plus difficiles et y concentre les moyens", explique M. Abdi.
Prudent, le premier ministre François Fillon a annoncé une "large concertation" sur le sujet avant des décisions en 2010. Le comité interministériel des villes (CIV), qui devait avoir lieu début octobre, a été repoussé à une date indéterminée.
Jean-Pierre Mignard, avocat
Un éternel recommencement. Un quartier de Fréjus (Var) vient de connaître deux nuits de violences urbaines après le décès d'un jeune homme qui avait voulu échapper à un contrôle routier, dimanche 25 octobre. Ces explosions de colère récurrentes interviennent quelques mois après des épisodes similaires à Bagnolet, Firminy et Amiens. Elles font aussi écho aux nuits d'émeutes provoquées par le décès de deux jeunes à Villiers-le-Bel en novembre 2007 et à Clichy-sous-Bois en octobre 2005.
Dans le premier dossier, la juge d'instruction vient de rendre une ordonnance de non-lieu en faveur des policiers. Dans le second dossier, la justice n'a toujours pas terminé l'instruction, quatre ans après les faits. Avocat des familles dans ces deux affaires, Jean-Pierre Mignard, par ailleurs membre du conseil national du PS, s'interroge sur l'attitude des pouvoirs publics face à ces situations de crise.
La justice fonctionne-t-elle correctement sur les affaires impliquant jeunes de banlieue et policiers ?
A l'évidence, non. Je constate des similitudes pour Clichy-sous-Bois et Villiers-le-Bel. Dans les deux dossiers, le pouvoir n'a pas immédiatement désigné de juge d'instruction pour conduire des investigations indépendantes. Sa logique était de confier les affaires au parquet, dont on sait qu'il est subordonné à l'exécutif. Dans les deux cas, cela a contribué à alimenter un climat de suspicion sur l'impartialité de l'enquête et nourri les violences, parfois très graves, qui ont eu lieu. A Clichy-sous-Bois, il avait fallu huit jours, à Villiers-le-Bel trois jours, pour que des juges soient désignés. Même si je n'ignore pas que d'autres facteurs ont pu intervenir, à chaque fois le calme est revenu très vite dans ces deux villes après l'annonce d'enquêtes indépendantes.
La désignation d'un juge d'instruction est-elle une garantie suffisante ?
Cela change fondamentalement la situation, car cela donne aux familles des victimes la possibilité d'accéder au dossier et de comprendre ce qui s'est passé. C'est donc un facteur de pacification. Tant qu'on reste dans l'ignorance, ce sont les rumeurs qui circulent, avec le risque de favoriser les violences. Mais cela ne fait pas tout : si on prend l'exemple de Clichy-sous-Bois, l'enquête a inutilement traîné en longueur, sur plus de quatre ans. Trois juges se sont succédé, dont l'un qui a tout repris à zéro, alors que l'enquête était quasiment terminée. Cela explique qu'on ait eu deux reconstitutions et trois transports sur place. Quatre années, c'est considérable : j'y vois le signe d'une volonté d'obstruction. Comme s'il fallait absolument gagner du temps avant que l'affaire n'apparaisse publiquement devant un tribunal.
Clichy-sous-Bois et Villiers-le-Bel impliquaient les mêmes acteurs principaux : jeunes contre policiers. Les traitements judiciaires ont-ils été similaires ?
Au fond, l'institution judiciaire a du mal à penser qu'un jeune de banlieue puisse aussi être une victime. Elle agit comme s'il ne fallait pas porter atteinte au moral des fonctionnaires de police, comme on disait, en temps de guerre, qu'il ne fallait pas porter atteinte au moral des troupes. Je crains que cette logique de guerre mentale, qui ne dit pas son nom, produise des effets délétères et qu'on vive bientôt ce que les Etats-Unis ont connu il y a quelques décennies en termes de violences. Cette situation est très dangereuse. Pour les jeunes, bien sûr. Pour les policiers, qui sont les victimes directes de ces rumeurs. Pour la République, aussi, parce que la loi perd sa force. Il est impératif de chercher à restaurer un climat de confiance. Car, sans justice, les politiques sociales, scolaires, urbaines ne pourront jamais être efficaces.
Propos recueillis par Luc Bronner (Le Monde)
Festival Cinébanlieue 2009
Organisé dans trois lieux : Le cinéma L'Écran à Saint-Denis, l'Université Paris 13 et Confluences à Paris le 4ème Festival Cinébanlieue proposent 30 films surprenants qui seront suivis par des échanges avec les réalisateurs et les acteurs. A travers des histoires de désirs, d'exil, de révolte, de famille et d'aventures nous vous invitons à redécouvrir les relations uniques et complexes qui unissent Paris et sa banlieue. Parmi les 30 films, deux avant-premières : "Qu'un seul tienne et les autres suivront" de Léa Fehner et "Tenir Tête" de Julia Cordonnier.
*Une séance CinéSlam animée par les comédiens Sabrina Ouazani et Salim Kéchiouche qui mélangeront la poésie des mots à celle des images.
*A voir l' exposition photographique collective "Diverses Cités" présentée par le texte de François Bégaudeau, à l'Espace Confluences du 16 octobre au 15 novembre 2009
*Un hommage tout au long du festival à l'acteur Yasmine Belmadi, disparu cet été.
A noter aussi, parmi les rencontres des réalisateurs et des acteurs avec le public, la présence des acteurs Tahar Rahim et Adel Benchérif autour du film "Un prophète" , celle de Sébastien Lifshitz autour de son film "Terres froides" et celle de Léa Fehner autour de l'avant-première de son film "Qu'un seul tienne et les autres suivront".
Durant ces dix jours, vous pourrez aussi rencontrer : Fleur Albert, Marie Amouchekeli, Claire Burger, Julia Cordonnier, Jalil Lespert, Boris Carré, Noel Simsolo, Florence Miettaux, Jérôme Maldhé...
Aurélie Cardin
Programmatrice du festival CinéBanlieue
site du festival : http://cinebanlieue.
Cliquer pour obtenir le programme en pdf
Programme_2009
BÈGLES. Destruction, hier, de la troisième des quatre tours de la cité Yves-Farge
Devant l'entrée de ce qui fut la chapelle Sainte-Marie, les anciens combattants de la Fnaca se retrouvent pour un déjeuner entre amis. Gérard n'a pas oublié son appareil photo : « De là, on va voir le nuage de poussière ! » André, le clairon, reste curieux, mais pas plus ému que cela : « Il y avait quatre tours construites au milieu des années 60 ; alors voilà, on monte et puis après on démolit quand ça plaît plus ! » Un troisième « aurait beaucoup à dire », mais préfère ne rien dire. Inutile d'insister.
Nous sommes à Bègles, tout près du boulevard Jean-Jacques Bosc, à quelque 300 mètres de la cité Yves-Farge dont la troisième des quatre tours est promise à la destruction par explosion dans les minutes qui suivent. Cela dans le cadre de l'Opération de rénovation urbaine.
« Mes meilleures années » Pour rejoindre les sites à « point de vue », on passe devant le bar-PMU « des Boulevards ».
Là, en ce dimanche matin, personne ne s'intéresse à cette destruction promise comme spectaculaire. Qu'est-ce qui pourrait détourner d'une petite « mousse » bien fraîche? Dans ce secteur, 350 à 400 personnes sont en attente du déclenchement de l'explosion de la tour F avec ses 54 logements, opération techniquement définie comme « foudroyage ». 110 kg d'explosifs ont été installés, sous la direction de la société spécialisée SAEMCIB.
Le public est maintenu hors d'un périmètre de 200 mètres sécurisé par la police, appareils photo en batterie. D'anciens habitants de ces tours, mais aussi pas mal de curieux venus d'autres communes. Moura, jeune mère de famille, est émue : « Cette tour, c'est l'histoire de mes grands-parents arrivés d'Algérie en 1964 et installés là depuis 1967. J'y ai passé mes meilleures années ; je pleurais pour venir chez eux. Il y avait aussi, à l'époque, plus de lien social ; maintenant, c'est du chacun pour soi ! »
110 kilos d'explosifs
La sirène retentit ; les appareils photo s'arment. « Trois coups » lancent les mieux informés. Les 110 kg d'explosifs sont activés successivement, dans la seconde. Une déflagration comme la foudre à vos pieds ! Les « mousses » du bar des Boulevards vacillent. Deux jeunes filles se mettent à pleurer, stressées par ce bruit de tonnerre.
La foule se disperse lentement en même que la fumée sur le tas de gravats. La dernière des quatre tours disparaîtra dans un an. Les Terres Neuves se reconstruisent... à hauteur d'homme.
PATRICK FAURE
« A nos parents » Les Cenonnaises Malika Makhoukhi et Fatima Kouider leur dédient leur réussite
Un week-end à Paris, et quel week-end ! Les Cenonnai- ses Malika Makhoukhi et Fatima Kouider ont été sacrées Grand Prix Talents des cités 2009 Espoir banlieues un an après avoir créé Easy Paye, une entreprise spécialisée dans le traitement de la paye et la gestion des ressources humaines. L'événement se déroulait au Sénat, un partenaire majeur dans l'organisation des Talents des cités, un concours destiné à promouvoir les initiatives économiques solidaires dans les quartiers populaires. « C'est un peu comme les Oscars et le fameux "And the winner is" », s'amusait hier soir Fatima Kouider.
Sur le moment, c'était un autre sentiment. Elle raconte : « La surprise, on s'est regardé avec Malika et on s'est pris dans les bras avant d'aller chercher notre prix. » Et de poursuivre : « Nous avons toutes les deux dédié cette récompense à nos parents qui étaient présents dans la salle, pour leur éducation, leurs efforts pour que l'on fasse des études, tout en nous inculquant la valeur du travail. »
La tête sur les épaules
Après avoir franchi les échelons régional et national (1), Malika Makhoukhi et Fatima Kouider accèdent à une suprême distinction dans laquelle elles voient « la récompense d'un parcours ». « Ça nous conforte dans l'idée que l'on ne s'est pas trompé », apprécient-elles. Il ne fallait quand même pas manquer de convictions pour lancer cette affaire au moment où l'économie ne pouvait plus cacher sa crise.
Non seulement elles l'ont fait, mais en plus elles tournaient le dos à leur emploi salarial. Il leur a apporté un enseignement déterminant au moment de créer leur entreprise. « Beaucoup de nos clients exprimaient le besoin d'avoir un référent », explique Fatima Kouider. Le message n'est pas tombé dans l'oreille de sourdes. Les deux jeunes femmes proposent un service complet de paye externalisé, mais elles font la différence avec la concurrence dans le conseil qu'elles apportent à leurs clients. Elles ont « une approche humaine » et ça fonctionne d'autant plus que ce n'est pas le point fort de ce domaine.
Au Sénat, les lauréates des Talents des cités ont rencontré Gérard Larcher, le président, Fadela Amara, la secrétaire d'état chargée de la politique de la ville, et des représentants de grandes entreprises. Dont certaines du CAC 40. Les deux jeunes femmes ont reçu de leur part de vifs encouragements. Et ça s'arrêtera là pour des Cenonnaises « lucides sur la fragilité d'une entreprise qui n'a qu'un an ». Leur volonté est de passer par une croissance maîtrisée, de sorte que les 15 000 euros procurés par leur brillant parcours au Talents des cités ira en partie seulement dans le développement d'un site Internet. « L'emploi reste un objectif mais chaque chose en son temps », glissent les deux Cenonnaises qui se disent à la fois « différentes et complémentaires ».
De retour dans leur bonne ville de la rive droite, Fatima Kouider tient à « remercier Mustafa Yildiz pour son aide et ce qu'il est ». Mustafa Yildiz, l'artisan électricien, le Cenonnais qui avait été sacré Grand Prix Talents des cités en 2005.
(1) Les Cenonnais Saïd Saidani et Azzedine Archaoui postulaient également pour le titre.
Une quarantaine de joueurs de rugby, de 8 à 13 ans, des quartiers de la CUB et autant d'accompagnateurs ont envahi samedi le terrain annexe du stade Moga.
C'était à l'occasion de la seconde édition du tournoi de rugby Aquitanis, organisé par l'association mérignacaise Drop de Béton, avec le soutien de l'Union Bordeaux Bègles.
Il s'agissait du « point de départ des actions de l'année avec l'ensemble des quartiers de l'agglomé- ration », a expliqué Ronan Appriou, chef de projet à Drop de Béton. C'était aussi jour de match en Pro D2, l'occasion d'inviter les petits Bordelais à donner la main aux joueurs de l'UBB pour une inoubliable entrée dans l'arène. En raison du mauvais temps, la moitié des équipes de quartiers initialement prévues a renoncé à se crotter sur le pré.
Pourtant, l'organisation parfaite et la chaleur humaine ont permis de célébrer le jeu et le « vivre ensemble » si chers aux animateurs de l'association.
La journée était également parrainée par le corps arbitral multisports girondin, qui a scrupuleusement observé le respect mutuel sur et autour du terrain.
Victoire de Bordeaux-Lac
L'équipe de Bordeaux-Lac a remporté le tournoi, devant Beutre et deux autres groupes de Mérignac, suivis d'Astrolabe (Belcier).
Les gamins de Queyries ont fini bons derniers, mais exemplaires premiers au challenge du fair-play, remportant le bouclier inspiré du Brennus. En fin de tournoi et avant la remise des prix en présence d'Olivier Brouzet et le goûter offert par l'Union, les accompagnateurs adultes ont disputé une partie de « rugby flag », sans les plaquages, mais avec le sourire.
La convention qui unit le bailleur social historique de l'agglomération bordelaise et Drop de Béton existe depuis trois ans et sera renouvelée en décembre pour trois années de plus.
Grégory Larcher, responsable du lien social à Aquitanis, a loué le travail accompli dans les quartiers, centres de loisirs et écoles par le président Jean-Claude Lacassagne, les Appriou et l'équipe de sept salariés, aidés par de nombreux bénévoles.
L'association a essaimé dans les agglomérations de l'Aquitaine et ouvrira en janvier une antenne en région parisienne. Ce sera dans le « 93 », une banlieue de référence.
Auteur : Frédéric Descoubes

Le 27 mai 2000, la 'Muraille de Chine', bâtiment de 280 mètres de longueur, situé dans le quartier de Montchovet, au sud-est de Saint-Etienne, s'effondre, par une technique de foudroyage et basculement.
Par Catherine Gouëset
Voilà plus de trente ans que les pouvoirs publics tentent de remédier aux maux des quartiers difficiles. Des dizaines de programmes ont été mis en place, avec des résultats inégaux, aboutissant à un empilement de mesures dont l'efficacité est difficilement mesurable. Rappels des principaux chantiers lancés depuis le début des années 80.
Selon un bilan de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles paru en 2008, les milliards injectés dans les banlieues ont eu des effets positifs. Si le taux de chômage des jeunes reste élevé dans les quartiers -deux fois plus qu'ailleurs- il a néanmoins baissé au fil des ans.
Dans les zones franches urbaines, l'activité économique a été stimulée par les exonérations fiscales. Mais chaque embrasement des banlieues rappelle l'ampleur des ségrégations sociales et ethniques qui persiste en France que les nombreux programmes n'ont pas suffi à réduire.
La politique de la ville démarre en 1981, après les troubles de la banlieue lyonnaise, notamment à Vénissieux. Des programmes de développement social des quartiers (DSQ) sont mis en place dans une vingtaine de cités. En 1984, le nombre de quartiers concernés passe à 142, puis à plus de 500 en 1989.
Parallèlement, l'axe est mis sur l'éducation avec la création de zones d'éducation prioritaire (ZEP) créées par Alain Savary, ministre de l'Éducation. Il s'agit d'adopter des programmes spécifiques pour les enfants en difficulté scolaire dans les zones sensibles. On s'engage aussi dans la lutte contre la délinquance en mettant l'accent sur la prévention, avec la création du Conseil national de la prévention de la délinquance (CNPD), sous la houlette de Gilbert Bonnemaison, avec en particulier les opérations "prévention été".
En 1983 est lancée la mission " Banlieues 89" dirigée par Roland Castro et Michel Cantal Dupart, dont l'objectif est de réhabiliter et relier entre elles les banlieues.
En 1988 est créée la Délégation interministérielle à la ville (DIV), qui regroupe les ministres concernés, des maires et des personnes qualifiées et accorde à 400 quartiers les bénéfices des dispositifs de la seconde génération des DSQ.
En 1990, après les troubles de Vaulx-en-Velin, François Mitterrand annonce la création d'un ministère de la Ville, confié à Michel Delebarre. Plusieurs lois sont votées pour accompagner cette politique : la loi du 13 mai 1991 sur la solidarité financière entre les communes, qui vise à renforcer la solidarité entre communes riches et communes pauvres; la loi d'orientation pour la ville (LOV) du 13 juillet 1991, qui entend remédier à la ségrégation urbaine en préservant l'habitat social dans les centres villes.
En 1993, sont lancés une dizaine de grands projets urbains (GPU) qui prévoient une profonde restructuration des grands ensembles les plus dégradés.
En 1994, sous l'impulsion de Simone Veil, les premiers contrats de ville sont signés. Ils prévoient l'élaboration d'un projet global de développement de l'aménagement urbain, de l'action sociale, culturelle et de formation, ainsi que de prévention de la délinquance. 185 sites sont choisis.
En 1996, le gouvernement d'Alain Juppé crée le pacte de relance pour la ville (PRV) qui met l'action sur la création d'emploi. Plus de 700 zones urbaines sensibles (ZUS) sont créées, concernant 4,5 millions de personnes; elles offrent des exonérations fiscales aux entreprises qui s'y installent. Sont également créées 400 zones de redynamisation urbaine (ZRU) où les entreprises bénéficient d'exonération de taxe professionnelle et de cotisations sociales. 44 zones franches urbaines (ZFU) doivent bénéficier d'avantages supplémentaires.
En 1999, le gouvernement Jospin met l'accent sur la qualité de vie. Cinquante sites sont sélectionnés pour bénéficier de grands projets de villes (GPV), dotés d'un financement global de 840 millions d'euros sur six ans. L'effort de l'Etat pour les contrats de ville est en hausse de 44% (2,6 milliards d'euros sont prévus pour la période 2000-2006).
En 2000, la loi solidarité et renouvellement urbains (SRU) a pour objet de mieux répartir les logements sociaux et de résorber l'habitat insalubre, le mitage des périphéries et le développement anarchique des transports urbains. Elle impose aux communes de plus de 3500 habitants 20% de logements sociaux.
En 2003, la loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, dite "loi Borloo", met l'accent sur la rénovation urbaine avec son programme national de rénovation urbaine (PNRU) et la création de l'agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU, 30 milliards d'euros sur cinq ans) qui lance un vaste programme de démolition, afin de "casser les ghettos". Le dispositif des zones franches urbaines (44) est prolongé pour cinq ans et doit être élargi pour parvenir à 85.
Après les émeutes de novembre 2005, Dominique de Villepin annonce un projet de loi "égalité des chances" qui propose notamment une réforme de l'apprentissage et un contrat de responsabilité parentale.Les crédits de rénovation urbaine sont augmentés (de 20 à 30 millions d'euros d'ici à 2010) et la politique de diminution des aides aux associations est remise en cause (100 millions d'euros sont débloqués).
En 2006, la loi Engagement National pour le Logement(loi ENL) promeut l'augmentation de l'offre de logements à loyers maîtrisés et l'aide à l'accession à la propriété pour les ménages modestes.
En 2007, l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances concentre les crédits participant au développement social des quartiers. L'enveloppe gérée par ce nouveau "guichet unique", de l'ordre de 500 millions annuels, s'appuie sur le FIV (Fonds interministériel d'intervention pour la ville) et les moyens du Fasild (Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations).
En 2008, le "plan espoir banlieue" présenté par Fadela Amara prévoit un "contrat d'autonomie", proposé aux "jeunes sans emploi des quartiers" de moins de 26 ans, afin de leur apprendre les "codes nécessaires à l'insertion dans l'entreprise", et des "écoles de la deuxième chance", organismes privés qui doivent accueillir 4000 jeunes en échec scolaire dans 24 départements. 4000 policiers doivent être déployés dans 200 quartiers touchés par la violence urbaines, les unités territoriales de quartier (UTQ).
Pour en savoir plus :
La politique de la ville (1970-2005), 35 ans d'expérimentations
La Documentation Française. L'Express.fr
Les yeux de Fatiha brillent. « C'est un peuple si métissé, si chaleureux », dit-elle dou- cement. « La cuisine a été un support mais les échanges ont été tellement plus riches. » Fatiha est l'une des sept femmes de la Table d'hôtes qui sont parties le mois dernier au Brésil.
Lormont, Brésil ? Pourquoi donc ? Parce que la Table d'hôtes est un rendez-vous incontournable du Carnaval des Deux Rives chaque hiver. Parce que le groupe Moleque de Rua ne l'a pas oubliée. Parce que la Table a été invitée à participer à une tournée du groupe de Banales à Cabreùva, avec les Nubians, Adama Traoré, le vidéaste Zangro et l'acteur Hassan Zahi. Parce que cette tournée s'appelle « Quitutes et Batuques » (tambours et tambouille). Parce qu'elles ont dit « banco » avec les responsables du centre social et culturel Génicart. Parce que la vie n'est parfois pas trop dégueu.
La famille de Fatiha l'a convaincue et rassurée : « Ils m'ont dit qu'ils se débrouilleraient sans moi et que je devais absolument y aller ! » Un groupe de cinq la première quinzaine, un autre de sept pour la deuxième : jolie course de relais avec les artistes et la cuisine pour témoins. À chaque halte de la troupe, des ateliers de chant, de percussions... et de cuisine ! « Nous faisions aussi les repas pour les artistes, les invités et les accompagnants », souligne Fatiha. « Parfois jusqu'à 80 personnes. »
« Naturelle ouverture »
Centres culturels au coeur de villes moyennes et bourgeoises mais aussi au coeur de favelas, communautés africaines et même monastère bouddhistes : artistes et cuisinières ont varié les plaisirs et les atmosphères. « Point commun : la naturelle ouverture des gens, le vrai intérêt pour l'autre » résume Valérie Calmels, directrice du centre et membre de la première équipe. « Nous avions aussi conscience que dans le cadre d'une tournée comme celle-ci, nous ne serions pas en contact avec tous les aspects de la société, voire les plus violents. Côté cuisine, on nous attendait visiblement sur de la tradition française, et nous sommes venues avec la cuisine de la France d'aujourd'hui, métissée ! »
À quelques milliers de kilomètres, loin des rapports forcément établis à Génicart, les repères ont aussi bougé au Brésil, entre artistes, cuisinières et encadrantes. Visiblement au profit d'une plus grande proximité : « Nous revenons encore plus soudées qu'auparavant », dit Muriel Guionie, accompagnant la deuxième équipe. Muriel Guionie qui se souviendra longtemps de ces moines bouddhistes qui regardaient Woody Woodpecker à la télé... mais qui en fait préféraient encore plus le « Plus belle la vie » local. Dieu est partout, certes mais bon.
Connexions culturelles
Les Brésiliens mangent très salé et très sucré : les Lormontaises l'ont réalisé au fil des ateliers et de la confection en commun des repas. Fatiha a découvert que sésame se disait de la même manière en Portugais qu'en Arabe, que la viande séchée avec des haricots était aussi une habitude locale. « L'Afrique a été pour certaines de notre groupe et de nombreux Brésiliens rencontrés là-bas, le trait d'union, de retrouvailles », ajoute Valérie Calmels.
Des dialogues, des sons, des mélodies, des rires, des engueulades, des souvenirs, des photos à la pelle. Et Muriel Abaut qui a toujours du mal avec les noms de chacun, pour le plus grand plaisir des copines. « Inoubliable », conclut la discrète en souriant.Auteur : YANNICK DELNEST

Julie sedel. sociologue, juge les expériences de journalisme en banlieue.
Par THOMAS HOFNUNG
Auteur des Médias et la Banlieue (éditions l’INA/Le Bord de l’eau), la sociologue Julie Sedel revient sur le malaise entre médias et quartiers.
Pas réellement. Les journalistes, paradoxalement, ne font plus beaucoup de terrain. Pris dans des contraintes économiques et de délais, ils n’ont pas le temps d’enquêter et de recouper les informations. Ils ont souvent recours à des informations fournies clés en main par les institutions. Du coup, les journalistes relaient en grande partie leur vision des banlieues.
Les banlieues sont devenues un enjeu médiatique et politique depuis les années 90. Les reportages se sont multipliés. Et les erreurs aussi. Or les habitants des quartiers ont de la mémoire. Quand j’ai enquêté, pour mon livre, sur un reportage à Gennevilliers, les gens ne cessaient de faire référence à un autre reportage, tourné dix ans plus tôt. Ils sont très sensibles à leur image. Par exemple, mettre l’accent sur la délinquance, c’est pointer quelque chose de honteux pour les familles. Cela dit, il y a une vraie ambivalence : on appelle aussi les journalistes pour qu’ils mettent en valeur une initiative. Les journalistes ne sont pas perçus collectivement comme des ennemis.
Montrer à ces jeunes qu’ils y ont leur place est certes très important, encore faut-il savoir combien d’entre eux bénéficient de ces mesures, quel statut ils occupent dans les rédactions. Il ne faudrait pas que le thème de la «diversité» se substitue à celui des inégalités sociales. En France, on observe une fermeture du milieu journalistique sur lui-même, semblable à celle de la sphère politique. Par exemple, on ne parle plus du monde ouvrier. Cela traduit l’éloignement des journalistes de cette réalité-là du fait de leur recrutement social. Le modèle de journalisme «professionnel», ayant une compétence technique, a pris le pas sur une forme de journalisme plus militant, mettant en avant des dispositions plus «intellectuelles». Résultat : dans les journaux, ce sont souvent les petits jeunes qui se collent aux questions sociales. Ce n’est pas valorisant et valorisé dans les rédactions.
L’expérience du BondyBlog et d’autres sites de journalisme participatif créés dans la foulée des émeutes de 2005 ont eu un impact sur le traitement de ces quartiers. Mais les médias de quartiers restent périphériques. Par ailleurs, qu’est-ce qu’une information «des quartiers» ? C’est une catégorie qui ne va pas de soi. Cependant, s’ils permettent d’offrir à certaines fractions des milieux populaires la possibilité de s’exprimer, donc, de participer au débat public, ces médias pourront insuffler le cours des représentations. (Libération.fr)