Quartier Sans Cible...Changeons l'image de la banlieue !

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samedi 21 novembre 2009

Solidarité urbaine: Droite et gauche s'allient pour les banlieues pauvres

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Députés de droite et de gauche se sont unis pour que la dotation urbaine de solidarité (DSU) continue à profiter davantage aux communes les plus déshéritées.

L'événement est passé quasi-inaperçu, pourtant il est rarissime: élus de droite et de gauche se sont ligués, vendredi 13 novembre, à l'Assemblée nationale pour voter contre le gouvernement.

Le sujet de la fronde? La dotation de solidarité urbaine (DSU). Elle profite à 750 communes de plus de 10 000 habitants sur la base de critères de richesse (celle de la municipalité, celle de ses habitants).

Depuis plusieurs années, les élus des 150 communes les plus pauvres de cette liste demandent que la hausse de cette DSU leur soit réservée: vu leur situation, elles estiment en avoir plus besoin que les 600 autres, relativement mieux loties. En 2002, Jean-Louis Borloo, ministre de la Ville, leur avait donné satisfaction.

Déclaration de guerre au Sénat?

Mais cette année, le gouvernement a prévu de répartir la hausse de la DSU sur toutes les communes et non sur les plus déshéritées. Les maires de celles-ci (Clichy-sous-Bois, Sallaumines, Creil, Sarcelles, Villiers le Bel...) se sont ému de cette décision et ont convaincu Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, de partager  leur combat.

A l'initiative de Pierre Cardo, député UMP des Yvelines et maire de Chantelou- le- Vignes,  et d'autres villes de banlieues, les rebelles ont proposé un compromis: le recentrage des aides sur les 250 les plus pauvres et non sur les 150. Matignon a refusé, mais l'amendement Cardo a été voté par des députés de tout bord, ce qui a mis le gouvernement et la commission des Finances en minorité.

Le texte doit désormais passer l'épreuve du Sénat où le projet de loi de finances pour 2010 est examiné à partir du 19 novembre. Commentaire de François Pupponi, maire PS de Sarcelles: " Revenir sur ce vote serait une véritable déclaration de guerre contre la politique de la Ville. L'argument du gouvernement est de dire 'on leur a donné beaucoup d'argent et ils n'en ont pas fait grand chose', mais on voit bien qu'il y a le choc de deux sensibilités entre les élus qui incarnent la ruralité et ceux qui représentent les banlieues." Par Corinne Lhaïk

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Île-de-France : lancement des premiers projets du plan banlieue

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Le conseil régional d’Île-de-France, présidé par Jean-Paul Huchon (PS), a voté, subventions à la clé, le lancement de neuf chantiers dans le cadre du plan Espoir Banlieue, signé avec l’État en octobre 2008. Il s’agit d’accélérer les projets prioritaires de transports dans les quartiers dits « politique de la ville », là où les communes et le conseil général ont du mal à financer la part de 20 % qui leur revient. La région et l’État se sont engagés à prendre à leur charge à parité ces 20 %, pour un total de 40 millions d’euros.

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jeudi 19 novembre 2009

Abdel Aïssou : "Il faut réinventer des formes d'alternance articulant davantage entreprises et bassins d'emploi"

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Comment le Conseil national des entreprises pour la banlieue, qui rassemble aujourd'hui une dizaine d'entreprises, peut-il secouer les pesanteurs qui limitent l'accès à l'emploi des jeunes issus des quartiers défavorisés ?

En trente ans de politique de la ville, on n'a jamais autant essayé d'impliquer les entreprises. Or les économistes soulignent le rôle négatif que joue la déconnexion spatiale entre les lieux de résidence et les lieux d'emploi. Les zones de redynamisation urbaine accueillent 16 entreprises pour 1 000 habitants, contre 55 dans d'autres lieux. Il est nécessaire que les quartiers soient appréhendés comme de véritables bassins d'emploi et que les entreprises s'engagent via des stages et des contrats d'alternance. Mais nous proposons aussi qu'elles orientent 10 % de la taxe d'apprentissage en faveur des établissements de formation qui font des efforts concrets pour accueillir les jeunes des zones urbaines sensibles (ZUS).Les stages, ce n'est pas nouveau...

Trop souvent, pour les jeunes des quartiers, les stages sont mis en oeuvre en urgence et en fonction de possibilités restreintes. Nous souhaitons donc développer des banques de stages interactives, avec un traitement approfondi des descriptifs visant à une bonne adéquation entre les attentes de l'entreprise et le candidat, un classement des offres par domaine professionnel et par territoire et, surtout, une mise à jour instantanée des stages "occupés". C'est une réponse pertinente pour prévenir les discriminations.

Comment comptez-vous redynamiser l'alternance ?

Non seulement les jeunes ont du mal à accéder à un premier emploi, mais souvent ils restent bloqués dedans, faute de qualifications pour aller vers un second emploi plus intéressant. Il est nécessaire de réinventer des formes d'alternance plus courtes, articulant davantage les entreprises et les bassins d'emploi, pour proposer des parcours diplômants bien axés sur les besoins. Par exemple, l'IUT de Creil et Suez ont travaillé ensemble pour créer une "capacité" - diplôme remis à l'honneur - sur les métiers de l'environnement et du développement durable. Car ils correspondent à un potentiel d'emplois dans l'Oise ; les modules de formation ont été élaborés avec les professionnels du secteur. Le cursus dure six mois, dont 75 % du temps en entreprise. C'est ce type de projets concrets que nous allons favoriser dans les prochains mois.

Propos recueillis par Nathalie Quéruel

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lundi 16 novembre 2009

"Vis à vis de la jeunesse, il n'y a qu'un discours politique disciplinaire"

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A Athènes, Téhéran ou dans les banlieues françaises, la colère populaire ne cesse d’éclater. L’anthropologue Alain Bertho en cherche les traces sur le net, établissant la carte mondiale d’un symptôme de l’époque.

Les temps actuels sont les temps des émeutes”, écrivez-vous dans votre nouveau livre. En quoi cette grille de lecture centrée sur l’émeute nous dit quelque chose de notre monde, de notre époque ?

Il y a eu, au cours des deux derniers siècles, trois séquences de mobilisations politiques violentes simultanées en Europe ou dans le monde : le Printemps des peuples de 1848, les mouvements insurrectionnels qui ont suivi Octobre 1917, les années 60-70 restées comme “les années 68”. Nous sommes incontestablement entrés dans une période de ce type, il y a quelques années. La singularité de ce que nous vivons est double : géographiquement plus étendue, cette séquence semble aussi plus durable que les précédentes et elle est d’une certaine façon “invisible”, car il n’y a pas de sens politique commun et clair à ces innombrables accès de colère populaire. Aucune révolution mondiale ne s’y prépare d’évidence, qu’elle soit politique, sociale ou culturelle.

Pourquoi les émeutes dans les banlieues françaises, en Guadeloupe, à Athènes, Karachi, Lhassa, Téhéran… nous disent toutes quelque chose de commun sur notre temps, en dépit de leurs histoires localisées dans des contextes politiques différents ?

Il y a quelque chose de grave dans ce passage à l’acte pour les individus concernés. Ils mettent en danger leur corps, leur vie, avec la quasicertitude de perdre. La répétition du phénomène doit nous interroger. Il nous dit avec évidence l’effondrement général, mondial, de l’espace politique comme espace de représentation des souffrances et des espoirs populaires. C’est ce fil rouge qui rend si semblables les colères, les gestes, les images mises en ligne sur internet. Les émeutes sont les multiples fissures du monde globalisé. Chaque fissure a son histoire, mais c’est toute la maison qui tremble.

Vous travaillez depuis des années sur le sujet, consignant sur votre site1 toutes les émeutes qui surgissent dans l’actualité. Ces dernières semaines, des échauffourées à Chanteloup-les-Vignes, des émeutes étudiantes à Jakarta, des affrontements meurtriers au Congo, des émeutes d’après-match à Rostock… Comment opérez-vous pour dresser ce tableau complet que vous définissez pourtant comme un objet “flottant et insaisissable” ?

Ce tableau n’est certainement pas complet. Mais les émeutes de la globalisation sont visibles sur la scène même de la globalisation. Internet est une source sans précédent, parfois de première main, quand les protago-nistes eux-mêmes mettent des images sur YouTube ou Dailymotion. La veille en ligne est devenue un nouveau terrain de l’ethnologie. Et la mise en ligne des résultats de cette veille ouvre des possibilités d’effet “retour” tout à fait passionnantes. Internet est une source d’information vivante et réactive, une sorte de baromètre des fièvres du monde.

Peut-on établir une typologie de l’émeute ? Affrontements avec la police, émeutes de la faim, révoltes urbaines, paysannes… ? Quels sont les divers répertoires d’actions utilisés par les émeutiers ?

Il y a à travers le monde des fils directeurs très forts. Celui de la jeunesse assassinée en est un qui touche aussi bien le Sénégal, le Portugal, la Chine, la Grèce, le Brésil que la France. Le fil rouge de la colère contre les logiques financières en est un autre qui prend des formes variées : émeutes contre la vie chère, contre les coupures d’électricité, contre la spéculation foncière... Le mode opératoire, le répertoire pratique si on veut, est, lui, assez général. Fini la barricade d’antan. Nous sommes à l’heure des cagoules, du blocage, du feu, du harcèlement mobile et de la mise en ligne des images.

L’émeute est-elle un symptôme du rapport de la jeunesse à la politique, le “signe criant de son absence” ?

C’est surtout un symptôme du rapport du monde contemporain à sa jeunesse. L’échec des révolutions du XXe siècle et la menace écologique ont aboli l’idée moderne de progrès historique, qu’il soit politique ou social. La jeunesse n’est plus considérée comme l’avenir du monde, mais comme une menace pour l’ordre au présent. Il n’y a plus, vis-à-vis de la jeunesse, qu’un discours politique disciplinaire. Elle réagit en conséquence. Dans le monde entier, les mobilisations étudiantes (ou lycéennes), comme les manifestations festives et sportives, tournent à l’affrontement de plus en plus violent avec les pouvoirs. Les mêmes gestes et la même rage se retrouvent sur tous les continents.

L’émeute menace-t-elle profondément l’Etat moderne ? Ou ses techniques de contrôle social et de répression le préservent-elles de toute instabilité ?

L’émeute est le miroir de l’Etat contemporain. Elle est son produit, parfois son double lorsqu’elle prend pour cible le voisin, l’autre, l’étranger. Par-delà les régimes et les traditions nationales, les nouveaux dispositifs dits de “gouvernance” qui se mettent en place dans la globalisation sont des dispositifs de “gouvernement à distance”. Ils combinent bureaucratie, autoritarisme, mépris des gens et procédures diverses de discrimination. L’Etat y perd beaucoup de légitimité. Face à la dissidence souvent silencieuse des populations, il répond partout et de plus en plus par une logique de contrôle sécuritaire. L’exaspération populaire est à la hauteur de l’arrogance des pouvoirs étaticofinanciers et de l’autisme des organisations politiques. Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour que la séquence de l’affrontement soit durable. Et face à la révolte, c’est une logique militaire qui l’emporte à São Paolo comme à Urumqi, à Athènes comme à Villiers-le-Bel, à Alger comme à Dakar. Quand la guerre devient d’une certaine façon un mode de gouvernement, on peut craindre l’escalade. De part et d’autre.

Jean-Marie Durand (lesinrocks)

1. berthoalain.wordpress.com Le Temps des émeutes (Bayard), 271 pages, 19 €

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Clichy, Montfermeil, Villiers-le-Bel : quel avenir?

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Quatre ans après les violentes émeutes qui les ont secouées, retour dans les trois villes du nord de Paris. Entre rénovation urbaine, déficit de transports en commun et chômage en hausse, elles cherchent à sortir du ghetto. (photo : la cité des Bosquets de Montfermeil)

Clichy-sous-Bois/Montfermeil/Villiers- le-Bel : trois villes qui ont connu de violentes émeutes ces quatre dernières années, après la mort de quatre adolescents (Bouna et Zied en 2005 à Clichy-sous- Bois, Mushin et Lakamy en 2007 à Villiers-le-Bel). Trois villes symboles aujourd’hui en chantier, qui tentent de se préparer à un meilleur avenir avec le projet de renouvellement urbain (PRU) signé en 2003 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Ville, et le plan Espoir banlieues de Fadela Amara, annoncé en grande pompe en février 2008.

Quatre ans après les trois semaines d’émeutes qui ont embrasé toutes les banlieues françaises en novembre 2005, et deux ans après les rencontres débats organisés par Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Ville, où en sont ces trois villes emblématiques de la fracture sociale et urbaine ? Pour nous guider, deux artistes et leurs élus : le réalisateur-acteur Ladj Ly du collectif Kourtrajmé pour le plateau Clichy-Montfermeil, et l’humoriste Donel Jack’sman pour Villiers-le-Bel. Au volant de sa voiture, Ladj Ly râle. Les petites rues de son quartier des Bosquets à Montfermeil sont impraticables : “Tout est bouché, la ville est en chantier.” Sur l’allée Paul-Cézanne, il montre la différence dans l’avancée des travaux : “Sur ce côté, ils détruisent une barre, en face, elle a été rénovée. Il y a un effort qui a été fait avec le PRU.” La voiture de Ladj slalome entre les trous de la chaussée : “C’est le chantier, rien n’est sécurisé pour les enfants, ils jouent au milieu du matériel. Là, ce sont les premières résidences qui ont été construites pour reloger les gens. Mais pour l’instant, on n’a pas vu une seule famille africaine s’y installer. On attend de voir, on a peur que le maire fasse de l’épuration ethnique, qu’il en profite pour chasser les plus pauvres et les familles africaines.” Sur quatre étages, la résidence Formigé entourée de grilles a l’air d’un havre de paix au milieu des grandes barres des Bosquets, tagguées de part en part de “Fuck the Police” ou “Fuck the CRS”. Le maire de la ville, Xavier Lemoine, UMP, avoue au téléphone qu’il a abandonné l’idée de nettoyer les tags : “Vous me prenez en défaut, c’est vrai, je préfère concentrer mes efforts ailleurs.”

Père de deux enfants, acteur dans le film Sheitan produit par Vincent Cassel, réalisateur d’un reportage sur sa ville, 365 jours à Clichy-Montfermeil, Ladj Ly a grandi aux Bosquets, cette grande copropriété sur les hauteurs de la Seine-Saint-Denis, présentée dans les années 60 à sa livraison comme “un paradis”. Dans les années 70, ses parents viennent du Mali et s’y installent. Vingt ans plus tard, la copropriété montre déjà des signes de paupérisation, les classes moyennes partent à cause du déficit de transports publics. Pour se rendre sur leur lieu de travail à Paris, les habitants doivent passer plus d’une heure trente dans les bus et le train pour parcourir quinze kilomètres. Au début des années 90, la copropriété est en faillite, sous administration judiciaire. Deux barres sont tout de même rénovées, dont le bâtiment 5 début 2000 où habite Ladj. Une barre de dix étages que rêverait de démolir le maire qui, lui, accuse ses habitants de faire du “nettoyage ethnique” en empêchant des familles “non black” de s’y installer.

Une rue plus loin, Ladj roule vers Clichy-sous- Bois dans une autre copropriété tristement célèbre, la plus pauvre de France, la Forestière, totalement délabrée. Un ami de Ladj, Kader, 20 ans, ne croit pas beaucoup aux dispositifs du plan banlieue pour l’emploi des jeunes en difficulté : “Le plan Banlieues, c’est de la mytho. Moi, ma formation de peintre, je suis allé la chercher tout seul à l’Afpa. On m’a proposé de travailler sur les chantiers du PRU en tant que manoeuvre. Seulement là, on n’apprend pas un métier, on transporte des briques, et quand les travaux sont terminés, on se retrouve dans la même situation.”

A ses côtés, un plus jeune voudrait que sa formation dans le cadre du contrat d’autonomie, un dispositif du plan Espoir banlieues, soit un peu mieux payée (il touche 300 euros par mois). Cette entreprise d’insertion doit lui trouver un travail ou une formation qualifiante au bout de six mois. Le contrat d’autonomie ne fait pas non plus illusion auprès des élus : “Ce dispositif est loin d’avoir fait ses preuves, commente Olivier Klein, premier adjoint de Clichy, ses entreprises d’insertion privées touchent de l’argent à chaque fois qu’un jeune accompagné sort du dispositif. Du coup, on ne touche pas le public- cible annoncé par Fadela Amara, soit les jeunes les plus en difficultés loin de l’emploi. Les résultats sont très décevants.” C’est l’un des rares points d’Espoir banlieues que conteste Olivier Klein.

En conduisant, Ladj Ly montre le nouveau commissariat en construction, les fondements du nouveau gymnase, qui va remplacer celui qui a brûlé pendant les émeutes de 2005, et la Maison de la petite enfance, en face de la mairie de Clichy. Le projet de rénovation urbaine, décidé bien avant les émeutes, a mis du temps à démarrer mais il est bien en route, manque le principal : le tramway et un Pôle emploi. “Ce sont les deux promesses qui pour l’instant ne sont pas tenues”, résume Olivier Klein. Pour lancer le PRU, les villes de Clichy et de Montfermeil ont dû racheter les appartements des copropriétés et les confier à des bailleurs sociaux. Les deux villes, l’une à droite, l’autre à gauche, font face aux mêmes difficultés : des copropriétés en faillite, des transports publics déficients et des bassins d’emplois inaccessibles pour leurs administrés.

Dans certains quartiers de ces villes, le taux de chômage atteint 40 % des habitants. Depuis des années, les deux maires, Xavier Lemoine (UMP) et Claude Dilain (PS) demandent leur désenclavement grâce au prolongement du tramway T4. Mais malgré les annonces de Jacques Chirac au lendemain des émeutes, la déclaration de Nicolas Sarkozy à l’Elysée en février 2008, le tracé du tramway est bloqué par deux villes voisines : Livry-Gargan et Pavillon-sous-Bois.

Les transports publics, c’est l’un des sujets de sketches préférés de Donel Jack’sman, humoriste de Villiers-le-Bel, un temps membre du collectif Juste pour rire : “Nous, à Villiers, s’amuse-t-il, on a la ligne du RER D, D comme danger ou démon.” La rénovation urbaine est moins visible dans cette commune du Val-d’Oise qui reste dans la mémoire récente des Français comme la ville où une centaine de policiers ont été blessés par des tirs d’armes à feu lors de deux nuits d’émeutes, les 25 et 26 novembre 2007 après la mort de deux adolescents tués par une collision avec une voiture de police. Ici, le PRU concerne l’ensemble HLM le plus ancien de la ville, les Carreaux, à côté de la gare RER, et la Cerisaie, une barre de dix étages en copropriété où les achats d’appartements par la mairie ne font que commencer.

Pour Donel, les blessures sont psychologiques dans cette ville. Les rapports entre population et police sont toujours très tendus malgré l’arrivée des Uteq (unité territoriale et de quartier), la police de proximité version plan Banlieues, installée à Villiers depuis mai 2009. Attablé au PMU de la cité du Puy, Donel tente de décrypter les rapports entre jeunes et polices : “Quand j’étais jeune, il y avait la police de proximité. Des policiers, l’été, organisaient des activités pour les jeunes. Aujourd’hui, la police de proximité, ce sont des mecs avec des flash-ball, en rang de bataille et en formation de combat. La première fois que je les ai vus en bas de chez moi à la ZAC, j’ai flippé, ils te mettent un climat de guerre, d’état de siège, c’est très hostile.”

Pour Donel, c’est ce sentiment de ghettoïsation qui n’a pas changé malgré tous les dispositifs : “On nous fait toujours ressentir qu’on est des banlieusards, dans le travail, dans la culture, dans les médias. Et ce sentiment est renforcé par cette justice à deux vitesses qui s’applique différemment, qu’on soit policier ou banlieusard.” par Stéphanie Binet /lesinrocks

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dimanche 15 novembre 2009

Karim Kacel Banlieue



Karim Kacel est sans doute le premier chanteur issu de l'immigration nord-africaine à avoir émergé dans le paysage musical français au tout début des années 80. Mais il se distingue aussi par le fait que contrairement à Rachid Taha plus tard, puis à Faudel, son répertoire n'a guère à voir avec sa culture maternelle. Au contraire, ses chansons s'inscrivent de plain-pied dans le patrimoine le plus classique de la chanson française, celle des Brel et Brassens, des grands textes, d'une certaine poésie et d'une interprétation sans faille.

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vendredi 13 novembre 2009

Azzeddine et Benchetrit font parler les cités

Difficile de romancer la banlieue. Encore plus d'en faire parler les jeunes. Samuel Benchetrit et Saphia Azzeddine s'y sont essayés. Avec des bonheurs divers.

Ils pourraient former un beau couple : à ma gauche, Samuel Benchetrit, 36 ans, look d'éternel ado ténébreux, écrivain, cinéaste, dramaturge et ex-compagnon de Marie Trintignant ; à ma droite, Saphia Azzeddine, 29 ans, belle comme le jour, romancière, actrice à ses heures, bientôt cinéaste et ex de Jamel Debbouze. Si le premier s'est déjà fait un nom avec ses films (Janis et John, J'ai toujours rêvé d'être un gangster) et ses livres (Chroniques de l'asphalte), la seconde est en passe d'acquérir une jolie notoriété, après le succès en librairie et au théâtre de Confidences à Allah(2008), le subtil monologue d'une bergère marocaine condamnée à la prostitution.

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Hasard de l'édition, les voici réunis en cette rentrée littéraire avec deux romans aux accents "petitnicolaesques" sur la banlieue vue à travers les yeux d'un gamin de la cité. Celui de Benchetrit, Le Coeur en dehors, a bénéficié d'un coup de projecteur avec la curieuse opération "satisfait ou remboursé" des magasins Virgin, qui s'est soldée par de bonnes ventes (28 000 exemplaires à ce jour) mais aussi par quelques critiques incendiaires dans la presse. Excès d'honneur ou de déshonneur que n'a pas connu Mon père est femme de ménage, signé Saphia Azzeddine. Dommage ! Car, disons-le tout net, ce dernier a notre préférence. Mais reprenons.

On peut naviguer parmi les beautiful people et avoir été fils de serrurier de banlieue. On n'en disconviendra pas : Samuel Benchetrit a trouvé le juste ton pour faire parler son Charles Traoré, dit Charly, 10 ans, né de parents maliens et élève de sixième dans l'une de ces cités franciliennes où fleurissent les tours aux doux noms de poètes. Le père est parti depuis longtemps ; Joséphine, la mère - aimante - est femme à tout faire chez un couple âgé de gentils Français, et le frère aîné, Henry, se drogue allègrement. L'action se déroule entre 8 heures et 23 h 40. Joséphine, sans-papiers, vient de se faire arrêter. Désespéré, Charly cherche son frère partout, tout en songeant à Mélanie, la petite Française de son coeur qui habite, elle, dans un quartier pavillonnaire. L'occasion de nous faire une visite guidée de sa cité, de ses violences, de son inhumanité, de sa bibliothèque Proust... C'est là où le bât blesse, d'autant que, par magie, Charly - toujours 10 ans - nous parle de Baudelaire, Sartre, Beauvoir, Picasso ou encore de Rimbaud. Tout y passe, ce n'est plus un roman, mais un documentaire appliqué et didactique à l'attention des pauvres lecteurs du VIIe arrondissement.

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On peut être d'origine marocaine et ne jamais avoir vécu en banlieue. Tel est le cas de Saphia Azzeddine, plus familière des rives du lac Léman et des quais de Seine que de l'asphalte de la Seine-Saint-Denis. Son narrateur, Paul, dit Polo, 14 ans, élève de troisième, a migré avec sa famille de la campagne normande vers une cité francilienne. A la sortie de l'école, il va souvent aider son père, homme de ménage dans les bibliothèques ou les entreprises. Une image paternelle guère reluisante, d'autant que Polo, amoureux des mots, joue les intellectuels (trop peut-être, était-il nécessaire qu'il cite Kundera et Borges ?) Pourtant, ce père vaut mille fois mieux que sa mère, "paralysée et moche", et sa bimbo de soeur à la petite cervelle. Cette dernière rêve d'être noire. Lui, Polo, se verrait bien musulman, histoire d'avoir des vrais dîners de famille et des vacances au bled. Le style est enlevé, enjoué. Loin des poncifs habituels, Polo, que l'on voit évoluer au fil des ans, entre peines de coeur et engouements, nous amuse. Et décrit mille fois mieux, finalement, les maux des déshérités d'aujourd'hui que l'enfant du bitume Samuel Benchetrit.

Le Coeur en dehors, par Samuel Benchetrit. Grasset, 304 p., 18 euros.

Mon père est femme de ménage, par Saphia Azzedine. Léo Sceer, 176 p., 17 euros.

Par Marianne Payot

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jeudi 12 novembre 2009

Expo urbaine Diverses Cités

Un regard sensible sur des quartiers. Des instants de vie, entre rires et larmes, entre rêves et réalités, d’hommes de femmes et d’enfants qui se racontent dans un univers urbain dit difficile...

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mercredi 11 novembre 2009

Julien Dray réclame 10 milliards pour les banlieues

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Le député socialiste Julien Dray souhaite que le gouvernement consacre dix milliards d'euros pour "casser les ghettos" des banlieues dans le cadre du futur grand emprunt.

Sur i>Télé, il a jugé sévèrement le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité, critiquant notamment l'idée avancée par le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux d'un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans ayant déjà commis un acte de délinquance.

"La mesure est impraticable et c'est la traduction d'un échec en matière de lutte contre les violences. Quand on en est là à accumuler des gadgets impraticables, ça veut dire que sur le fond, on a perdu du terrain", a déclaré le député de l'Essonne. "C'est un gros échec parce qu'il y a eu un gros espoir".

Deux ans et demi après l'accession de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, "il y a une démoralisation des forces de police (...), on a des délinquants endurcis (...), un trafic qui s'est installé, une économie souterraine, et je pense que c'est dramatique", a ajouté Julien Dray.

"Puisqu'on parle de grand emprunt, il y a une priorité absolue pour moi, c'est qu'on mette enfin l'argent nécessaire pour casser les ghettos. Il nous faut à peu près dix milliards d'euros. On a des architectes extrêmement compétents, tout un encadrement social qui est prêt", a-t-il ajouté.

Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, "n'est pas à la hauteur de ce qu'il faudrait faire pour les cités", a-t-il jugé.

"Elle n'a pas réussi à bouger les lignes (...), la situation devient très difficile. Les associations n'en peuvent plus, on leur a coupé beaucoup de financements, or c'est un élément essentiel de reconquête du terrain".

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lundi 9 novembre 2009

Se sentir français dans les "quartiers"




De nombreux jeunes issus des "quartiers" affirment ne pas se sentir français. Or ils sentent souvent plus français qu'ils ne le prétendent. Qu'en est-il et comment l'expliquer ?
Maurad Cheurf, entrepreneur et spécialiste des quartiers sensibles, a grandi à Montfermeil. Ecoutez sa réponse dans le cadre du projet "Qu'est-ce qu'être français ?" de l'Institut Montaigne.
En savoir plus sur l'événement : www.institutmontaigne.org

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samedi 7 novembre 2009

La nouvelle carte scolaire crée bien des ghettos

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L'assouplissement de la carte scolaire devait libérer les familles. Au risque, que vient confirmer cette semaine un rapport de la Cour des comptes, de nuire à la mixité sociale

C'est la première confirmation par les chiffres d'un effet pervers redouté. L’assouplissement de la carte scolaire risque de créer des «ghettos scolaires», alerte la Cour des comptes.

En 2008, sur les 254 collèges «ambition réussite», 186 établissements ont perdu des élèves, «ce qui s’est traduit par une plus grande concentration dans ces collèges des facteurs d’inégalités contre lesquels doit lutter la politique d’éducation prioritaire», peut-on lire dans cette enquête, pésentée mardi, sur les dispositifs scolaires dans les quartiers sensibles, réalisée à la demande de la commission des Finances du Sénat.

En clair, les collèges difficiles semblent bien perdre leurs bons élèves. Depuis la politique d’assouplissement de la carte scolaire engagée en 2007 par Xavier Darcos, nombre d'observateurs le redoutaient, mais il s’agit là des premières statistiques à caractère officiel à ce sujet.

Le réseau «ambition réussite», créé après les émeutes de 2005, regroupe les établissements les plus en difficulté du système d’éducation prioritaire.

«Compte tenu d’une augmentation des demandes de dérogation de 29% en 2008, les effectifs des collèges ont évolué de façon fortement différenciée selon les établissements: certains ont pu enregistrer des pertes d’effectifs pouvant aller jusqu’à 10%, alors que d’autres connaissaient des progressions allant jusqu’à 23%», écrit encore la Cour des comptes.

«Ecart excessif entre établissements»

Dans un même «bassin de formation», la Cour appelle donc à une plus grande «coordination» entre les établissements scolaires, afin de «lutter contre l’existence ou la constitution de "ghettos scolaires", en corrigeant les effets éventuellement négatifs des modalités de sectorisation scolaire».

«A défaut, en effet, les effets de la concurrence aboutiraient à un écart excessif entre les établissements, ce qui, comme l’enquête PISA de l’OCDE le montre clairement, constitue une des caractéristiques du système éducatif français les plus défavorables à sa performance», conclut la Cour à ce sujet.

Au ministère de l’Education nationale, on précise que le ministre Luc Chatel attend d’ici fin 2009 une étude «plus détaillée» de ses services.

Sans contester l’enquête de la Cour, le ministre veut mettre l’accent sur les quelque 50 établissements «ambition réussite» qui ont gagné des élèves et sont devenus «plus attractifs», ainsi que sur la «satisfaction» des familles concernant l’assouplissement de la carte scolaire.

(Source AFP)

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vendredi 6 novembre 2009

"Crise de conscience" Kool Shen

Après une reformation scénique remarquée avec NTM, c'est en solo que Bruno Lopes revient avec un deuxième opus sombre.

Son show au Zénith de Paris, en 2005, était censé annoncer sa retraite puisque Kool Shen désirait par la suite se consacrer pleinement à l'activité de son label IV My People. Après quelques succès, la structure s'est éteinte et la plume du rappeur est ressortie du tiroir. Revenu sur le devant de la scène avec son compère JoeyStarr, fin 2008, pour une tournée de reformation avec NTM, saluée par la critique et le public, l'artiste, 42 ans au compteur, serait-il victime de cette fameuse "crise de la quarantaine" ? Pas pour un sou car avec "Crise de conscience", c'est plus à une prise de conscience que Kool Shen veut sensibiliser son public, plus de vingt ans d'activisme dans le rap derrière lui.

Sur des instrumentations entièrement jouées (guitares, basses, claviers, violons...), Kool Shen livre un album de hip-hop que certains pourront cataloguer de "old-school". Posé et certainement marqué par les changements dans sa vie - il est notamment devenu papa - le rappeur laisse exploser toute sa sincérité sur un "Vivre dans l'urgence" poignant et nostalgique. Plutôt sombre, ce disque ne laisse aucun sujet de côté : la situation sociale ("La France hallucine"), les inégalités ("Mauvaise école") ou encore le réchauffement climatique avec "Grandeur et décadence". N'oubliant pas son compère JoeyStarr, rugissant, sur un "J'reviens" véritable ego-trip décomplexé, Kool Shen laisse néanmoins une porte ouverte à l'espoir avec un "Eldorado" lumineux et sensiblement optimiste. Un grand disque de rap sans aucun doute, voire un grand disque tout court.

Tracklisting

1 · Intro
2 · J'reviens
3 · La France hallucine
4 · Interlude Vivre dans l'urgence
5 · Vivre dans l'urgence
6 · Rappelle-toi
7 · Salope.com
8 · Mauvaise école
9 · Jusqu'au bout
10 · Grandeur et décadence
11 · C'est bouillant
12 · Vendredi 13
13 · J'ai jamais eu besoin
14 · Eldorado
15 · Outro

MusicActu

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jeudi 5 novembre 2009

Hamida, une femme debout

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par Marie-Christine VERGIAT, Députée européenne du Front de gauche, Militante des droits de l’Homme.

Hamida était mon amie, ma sœur de combat. Mes premiers échanges avec elle eurent lieu lors de la deuxième affaire du foulard. Venant de rejoindre la LDH, après quelques années à SOS Racisme, elle écrivit sur la liste de discussion de la LDH un message qui me frappa par sa justesse, montrant pourquoi il était essentiel de dialoguer et surtout de ne pas couper les ponts avec les filles qui portaient le voile. Faisant sa connaissance quelques semaines plus tard, je lui dis mon admiration. Depuis nous n’avons cessé de nous croiser. Dialoguer, discuter, intervenir partout où notre parole pouvait être entendue, Hamida ne disait jamais non.

Elle aimait par-dessus tout les débats avec les habitants de ces quartiers populaires qu’elle connaissait si bien. Sa parole de femme, d’origine algérienne, issue de milieu modeste et ayant grandi et presque toujours vécu en banlieue, faisait d’elle, depuis son retour en France, une féministe, militante de l’antiracisme, de la lutte contre toutes les discriminations et pour tous les droits.

D’une organisation à l’autre, elle ne renonça jamais à l’envie de peser sur le politique quels que soient les échecs. Elle était toujours prête à repartir au combat pour l’égalité réelle et la justice sociale. Même si je connaissais déjà une grande partie de son histoire, la lecture de son livre me bouleversa tant je n’avais imaginé tout ce qu’elle avait traversé. Lisez Itinéraire d’une femme française et vous rencontrerez un symbole de ces femmes qu’on ose encore dire issues de l’immigration, un symbole pour ceux et celles que révulse la manipulation du concept d’identité nationale par l’actuel gouvernement qui alimente le rejet des différences et donc les haines.

Hamida était une femme forte, une femme debout. Elle l’est restée à travers tous ses combats. Comme un exemple à suivre.Retrouvez le témoignage d’Hamida Ben Sadia dans son livre «Itinéraire d’une femme française». L’expérience, le vécu, les épreuves terribles traversées par Hamida Ben Sadia et sa famille, font de son «itinéraire » un point de repère très fort et convaincant qui peut aider des jeunes filles en conflit avec leur famille, autant que les familles concernées, pères et mères, fratries, à réfléchir à la question si délicate, douloureuse, du mariage arrangé, dit «mariage forcé», dont il faut bien saisir les tenants et les aboutissants, pour éviter les stigmatisations hâtives qui risquent d’aggraver encore la discrimination, le racisme, l’incompréhension générale. Hamida Ben Sadia a pris le recul nécessaire pour s’exprimer avec mesure, pour éviter de grandes souffrances à tous les protagonistes de ces situations souvent tragiques.
Le livre d'Hamida Ben Sadia est disponible à la Cabane à livres, 75 avenue Pierre Laroousse à Malakoff.

Cliquez ici pour lire un extrait du livre

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mardi 3 novembre 2009

La Messagerie-Les Relations Filles/Garçons en Banlieue PART1



Voila la première partie une vidéo réalisée par les jeunes de l'association Banlieus'Arts consacré à un sujet important:Les relations entre filles et garçons dans les cités.

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lundi 2 novembre 2009

Zapping Médias-Banlieues 3 : ambiance


Farid Mebarki (Président de Presse et Cité) ; Laurence Wurtz (Ressources
Urbaines) ; Chloé Juhel (radio Générations) ; François Pupponi (député-maire de Sarcelles) ; Omar Dawson (Grigny wood / I-Screen) ; Hervé Masurel (Délégué Interministériel à la ville) ; Moïse Gomis (Radio HDR) ; Etienne Bastide (Radio Galère) ; Zouina Medour (Vu d’ici) Crise des médias et crise des banlieues : quels vases communicants ? La revue de presse des médias des quartiers ; la valeur ajoutée des médias des quartiers ; « la France n’a pas envie que ça change, tout comme les médias ! » ; « le service public doit faire son taf ! » ; co-produire du contenu ; faut-il aider prioritairement les médias des quartiers ? ; le financement des médias des quartiers par le biais de l’éducation populaire, et ses limites ; financement, indépendance et devoir de réserve

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PESSAC, VIBRATIONS URBAINES.

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15 000 visiteurs ont participé à cette douzième édition. Succès en hausse pour la culture hip-hop

Les douzièmes Vibrations urbaines ont crevé le plafond. VU ? « Nous avons accueilli environ 15 000 visiteurs. L'an dernier, nous étions à 13 500. Nous sommes proches de notre capacité maximale, en terme d'infrastructures et de parkings », s'est félicité Frédéric Arnaud, coordina- teur de la manifestation et responsable du service animation jeunesse de la ville.

Car cette manifestation, exceptionnelle par le succès qu'elle rencontre auprès des jeunes, est municipale. Elle a grandi harmo- nieusement, intégrant tous les aspects des cultures urbaines et du hip-hop : graf, skate, roller, BMX, musique, DJ, danse, customisation, battle, rap, sports de rue...

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Entre terre et ciel

Cette année, les organisateurs avaient réparti les temps forts de ces différentes disciplines afin d'éviter à la fois les cohues et les temps morts. Conformément à la philosophie « street », le spectacle était aussi dans la rue, en particulier avec le BMX. Comme l'an dernier, des tonnes de terre ont été déversées sur la chaussée au coeur du site de Bellegrave, mais en plus grande quantité, pour former sept buttes. La nouveauté, c'était cette tour échafaudage, d'où les BMX s'élançaient de plusieurs mètres de haut. Immédiatement, ils bénéficiaient d'une vitesse leur permettant d'exécuter des figures époustouflantes.

De vrais courageux

La glisse a ses héros et ses bobos. Il y a eu quelques évacuations pour fractures et autres foulures. Les risques peuvent être bien plus graves et les pratiquants professionnels et amateurs, venus de toute la France et de l'étranger, sont de vrais courageux. Les meilleurs étaient là et cette qualité régulière a fait la réputation des VU.

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Les soirées de Bellegrave ont fait salle comble. Celle de samedi a offert un bouquet final original à 700 personnes. Car pour la première fois, concert et compétitions de glisse se sont succédé, réunissant à la fois les jeunes inconditionnels et des familles bluffées par cette culture à part entière. Elle s'est encore exprimée toute la journée d'hier par de nouveaux exploits sportifs et la possibilité offerte au public de participer, comme toute la semaine, aux ateliers et animations. C'est aussi le but : transformer le spectateur en acteur.Auteur : WILLY DALLAY

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dimanche 1 novembre 2009

Vibrations Urbaines : hip-hop au top

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FESTIVAL. C'est la dernière journée des Vibrations Urbaines à Pessac. Skate, BMX, roller, et hip-hop au programme

VU le monde, les cultures de la rue et du hip-hop sont bien sorties de l'ombre ! VU comme Vibrations urbaines, 12e édition, dans le quartier de Bellegrave.

Des milliers de jeunes de toute l'agglomération, la région et bien au-delà y sont venus toute la semaine et resteront jusqu'à ce soir.

Stages, spectacles, expositions, graf, performances et autres prouesses… Les compétitions de skate, roller et BMX sont particulièrement spectaculaires, dedans et dehors sur d'énormes buttes en terre. La glisse dans tous ses états s'est frottée à la musique lors de la grande soirée d'hier.

Programme sur www.vibrations-urbaines.net

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TF1 : un nouveau partenaire culturel du 93

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A la fin du mois de juin dernier, Claude Bartolone, le président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis annonçait la signature d’une convention d’un partenariat avec TFI sous l’intitulé "Médias et Diversité".

Vaste programme… À l’heure où la Seine-Saint-Denis fait ses comptes et règle de vieilles querelles politiciennes, le Conseil général veut faire table rase du passé et n’hésite pas à sabrer dans le tas les subventions du tissu associatif sur l’ensemble du département. Le président claque la porte au nez d’associations qui travaillent sur le territoire depuis des années et recherche des partenariats plus lucratifs. C’est le cas de TF1, avec qui Claude Bartolone a décidé de signer cette convention, en grande pompe, sous couvert de promouvoir "la diversité". Le mot sonne creux et renvoie en écho à la notion de "discrimination positive" chère au gouvernement.

Le 12 octobre 2009, dans les locaux de TF1, Nonce Paolini, son président, a honoré son engagement en accueillant solennellement les six jeunes sélectionnés pour deux années d’apprentissage au sein de la chaîne privée. Six jeunes : Chou, Elie, Florice, Jean-Marie, Sezen et Zineb ont été choisis en septembre et sont tous parrainés par un salarié de TF1. Ils auront selon la conjoncture des possibilités d’embauches à la fin de leur apprentissage. Maigres perspectives individuelles pour une poignée de jeunes qui ressemblent davantage à une opération de communication : un échantillon pour l’image. Une classe de troisième se verra profiter des stages de découvertes professionnelles par la chaîne. Des collégiens et des jeunes en insertion pourront effectuer des visites mensuelles d’immersion professionnelle dans les locaux. Enfin, la chaîne s’engage à soutenir le concours des Créateurs d’Entreprises, un concours organisé par le Conseil général et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Seine-Saint-Denis pour encourager la création d’entreprises liées aux métiers de l’audiovisuel.

Petite recette de démagogie

Ça ne coûte rien et c’est bon pour l’image. Depuis son élection en mars 2008, Claude Bartolone, multiplie les discours sur la jeunesse, et la richesse de la diversité : "la France de demain, diverse et multilingue, se construit dans l’incroyable laboratoire du vivre-ensemble qu’est la Seine-Saint-Denis ». Pour le président du Conseil Général, TF1 semble être le meilleur interlocuteur puisque c’est la "première chaîne à avoir osé engager pour son journal du 20h un journaliste issu de la diversité, aux compétences larges et reconnues". Il entend ainsi mettre en œuvre un dispositif d’orientation, de formation, de parrainage et de recrutement des jeunes dans les métiers de l’audiovisuel. Et les mauvaises langues de rétorquer que TF1 arrive par ce biais à prendre racine dans un département où elle cherchait des informateurs, en se rachetant une image à bas prix. « Ce que j’apprécie, c’est que lorsqu’il y a des sujets sensibles sur la banlieue, on vient me demander conseil. » explique Zineb Mirad au Parisien. A 20 ans, elle est une des heureuses élues, sélectionnée après avoir publié au Bondy Blog et participé à un atelier de journalisme organisé à Bobigny. Repérée "pour ses compétences", elle collabore aujourd’hui à la rédaction de LCI.fr.

Sans hypocrisie, la convention se voit comme une opération culturelle accompagnée par la création et la promotion d’événements artistiques. Dans les hautes sphères départementales, on se félicite de cette "petite pierre à l’édifice qui nous permet de dire à nos jeunes que tout est possible !".Le Conseil général a pourtant pris des mesures draconiennes et amputé sévèrement le budget de la culture pour l’année 2009. Les associations trinquent : licenciements des salariés, gels des projets, disparitions annoncées. Cette convention de paillettes propose un cache-misère pour une réalité complexe avec laquelle les associations composent sur le terrain depuis des années avec l’ensemble de la population. Des problèmes qui ne peuvent se résoudre d’un coup de baguette magique. Claude Bartolone, avec naïveté ou en toute conscience démagogique, applaudit le cynisme des groupes qui comme TF1 ont défini la valeur marchande de cette diversité.

L.Servin

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mercredi 28 octobre 2009

Seine-Saint-Denis, l'envers du décor (une enquète passionnante de Luc Broner)

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Quatre ans après la "crise des banlieues", déclenchée par le décès de deux adolescents poursuivis par la police à Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005, la Seine-Saint-Denis connaît toujours une situation exceptionnelle. Malgré la multiplication des annonces ministérielles, le département n'a pas rattrapé son retard en termes d'emploi, d'éducation et de sécurité. La nouveauté, c'est que, à côté des zones extrêmement pauvres, se sont développés des territoires en pleine explosion économique. D'où une question cruciale pour le département et ses 1,5 million d'habitants : comment faire coexister des ghettos sociaux et ethniques et des territoires plongés dans la compétition économique mondiale ?

Radiographie en six points et sans tabous du département français le plus visité par les ministres de la République.

L'immigration, comment faire face ?

Bobigny, lundi 19 octobre, 7 heures du matin, - 2 degrés. Comme tous les jours de la semaine, des grappes d'hommes attendent d'être embauchés devant l'entrée de Batkor, un dépôt de bricolage situé sur la nationale 3. Au vu et au su de tous, une trentaine de clandestins proposent leur main-d'oeuvre aux entreprises du bâtiment ou aux particuliers. A partir de 70 ou 80 euros la journée pour un plâtrier, un plombier ou un maçon. Moins cher encore en négociant les tarifs. La plupart attendent des heures sans succès. Trop de concurrence : "Il n'y a pas beaucoup de clients mais beaucoup de monde qui veut se faire embaucher", se désole Hassan, Turc d'une quarantaine d'années qui essaie de se réchauffer en attendant un éventuel client. Même si le lieu est connu de la police et des élus depuis des années, les interventions n'y font rien : comme l'immigration n'arrête jamais en Seine-Saint-Denis, porte d'entrée sur le territoire français avec l'aéroport de Roissy, de nouveaux candidats se présentent tous les jours, été comme hiver, pour tenter de gagner leur vie. Et les derniers arrivés remplacent ceux qui finissent par trouver des emplois moins exposés.

Entre 1999 et 2006, malgré les politiques de restriction affichées par l'Etat, le nombre d'étrangers dans le département a encore progressé de 22,4 % alors que, dans le même temps, le nombre de Français augmentait seulement de 3,7 %. Dans certaines villes, la proportion d'étrangers dépasse désormais les 30 %, soit près de six fois la moyenne nationale, comme à Clichy-sous-Bois (37,2 %) ou Aubervilliers (34,6 %). Voilà pour les chiffres officiels. Car les autorités estiment qu'il pourrait y avoir entre 100 000 et 300 000 sans-papiers en Seine-Saint-Denis, la plupart non recensés. Soit l'équivalent de villes comme Saint-Denis et Montreuil qui s'ajoutent à la population officielle.

"Le problème n'est pas d'arrêter les flux. C'est totalement illusoire, c'est comme de vouloir arrêter la marée avec ses bras. Le problème, c'est de savoir ce qu'on fait pour ces populations. Or, aujourd'hui, on n'a pas suffisamment de moyens pour assurer leur intégration", relève le maire (PS) d'Aubervilliers, Jacques Salvator. Conséquence : à Aulnay-sous-Bois, Villetaneuse, Clichy, La Courneuve, Stains, Montfermeil, Aubervilliers, notamment, certains quartiers se ghettoïsent et ne comptent quasiment plus de "Blancs". Uniquement des Maghrébins ou des Noirs, parfois des Asiatiques.

"La spécialisation du département se renforce. Tant qu'il n'y aura pas de solidarité régionale ou nationale sur l'accueil de l'immigration, je ne vois pas comment on pourra s'en sortir", regrette Bénédicte Madelin, directrice de Profession banlieue, une des figures de la vie associative départementale. Un constat confirmé par l'Insee : entre 1999 et 2006, la Seine-Saint-Denis a absorbé autant d'étrangers que tous les autres départements d'Ile-de-France réunis, en dehors de Paris.

Les bureaux de cadres blancs, la face cachée du "9-3"

La devanture est discrète. Mais l'intérieur est chic et raffiné et on y croise des Japonais et des Américains, venus pour leur business. Comme à Singapour, New York, Pékin ou... Neuilly-sur-Seine, la chaîne de luxe Marriott vient d'ouvrir un de ses hôtels dans un immeuble moderne de 150 chambres à Saint-Denis au coeur du quartier Pleyel, non loin de la future cité du cinéma de Luc Besson. A 159 euros minimum la nuit, la chaîne vise la clientèle des hommes d'affaires qui fréquentent les quartiers autour du Stade de France, un des territoires les plus dynamiques de la région parisienne.

Depuis dix ans, le nombre de mètres carrés de bureaux a littéralement explosé dans cette zone grâce aux transferts d'entreprises attirées par le faible coût de l'immobilier et l'importance des réseaux de transport. "On sort de décennies de marasme lié à la désindustrialisation", relève Stéphane Peu, vice-président de la communauté d'agglomération de Plaine-Commune, qui regroupe sept villes autour de Saint-Denis. Des sociétés comme Generali, EDF, la Société générale, La Banque postale, par exemple, ont transféré une partie de leurs services ces dernières années. Soit 27 000 emplois privés de plus en dix ans sur le seul secteur de Saint-Denis. D'autres prévoient d'arriver à plus ou moins long terme, comme Orange (2 000 emplois début 2010) et peut-être la chaîne Radisson pour un immense complexe hôtelier autour d'un nouveau palais des congrès.

C'est la face cachée de la Seine-Saint-Denis, en quelque sorte. Mais aussi un nouvel enjeu pour les élus : comment faire cohabiter ces territoires en pleine expansion avec les zones défavorisées, parfois situées à quelques centaines de mètres à peine ? Et comment faire bénéficier les habitants du développement de cette "Défense bis" ? "Les entreprises sont venues en Seine-Saint-Denis avec leurs salariés. Aujourd'hui, le challenge c'est qu'elles se tournent vers les viviers locaux de diplômés, notamment nos 65 000 étudiants", souligne Francis Dubrac, président de l'agence de développement du département.

Un défi considérable tant ces nouveaux quartiers d'affaires ressemblent aujourd'hui à des enclaves. Le matin, entre 8 et 10 heures, les RER amènent de Paris des wagons entiers de cadres blancs, qui repartent le soir par la même voie ; ils croisent les employés de nettoyage ou de sécurité, souvent noirs ou maghrébins, qui arrivent la nuit et repartent le matin aux aurores quand les bureaux se remplissent. Un indice de la puissance des ségrégations ethnique et sociale. Un signe aussi de l'extraordinaire retard de la Seine-Saint-Denis, département le plus jeune de France, en matière de formation. A peine 10 % de la population de plus de 15 ans dispose d'un diplôme supérieur. Contre 38 % à Paris. "C'est un point sur lequel rien, ou presque, n'a bougé depuis quinze ans", regrette Bénédicte Madelin. La conséquence est logique : les entreprises qui voudraient embaucher des diplômés sur place sont parfois contraintes de se tourner vers d'autres départements.

Un département sous perfusion publique

Un immense chantier. Une nationale déviée, des tours rasées, d'autres reconstruites. Des espaces publics transformés. A Aulnay-sous-Bois, comme dans 21 autres villes de la Seine-Saint-Denis, les grues occupent le ciel et les ouvriers s'affairent dans un ballet de camions. Ça démolit, ça creuse, ça bétonne, ça reconstruit depuis des mois, et encore pour des années. Les énormes chantiers de la rénovation urbaine vont mobiliser un peu plus de 4 milliards d'euros sur le département d'ici à 2012. Si les objectifs sont tenus, près de 10 000 logements doivent être détruits, 12 000 reconstruits, 27 000 réhabilités, 33 000 "résidentialisés", comme si une guerre silencieuse était passée par là.

Dans les villes symboles de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, où les investissements publics atteignent près de 500 millions d'euros, les transformations positives sont en cours. "Ça dépasse nos espérances. Tout le monde voit que les grues ont envahi les quartiers et peut sentir que c'est en train de bouger", se réjouit le maire (PS) de Clichy, Claude Dilain. Mais à peine une crise est-elle en voie de résorption qu'une autre risque de surgir : les copropriétés dégradées du bas Clichy, qui n'ont bénéficié d'aucune aide publique : "C'est là qu'arrivent tous ceux qui n'ont pas droit au logement social. Les plus pauvres, ceux qui sont sans papiers. Ils se retrouvent dans des conditions de vie intolérables et voient, en plus, qu'ailleurs c'est en train de changer."

De fait, la rénovation urbaine est loin de tout régler. D'abord parce que plus de 80 % des appartements démolis sont reconstruits sur place, dans les mêmes quartiers, sans que la sociologie de la population évolue. "On repeint les ghettos", selon l'expression de Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité. Ensuite, parce que les financements n'étant pas réactualisés, beaucoup de maires doutent de la réalisation effective de tous les travaux programmés. Enfin parce que la rénovation urbaine a aussi contribué à aspirer une bonne part des crédits publics. Les associations, en particulier, continuent de manquer de moyens et doivent se battre, au quotidien, pour décrocher des subventions. Les communes les plus pauvres ne parviennent à boucler leurs budgets qu'en réduisant au maximum leurs dépenses. Le conseil général, lui-même à court de crédits, ne s'en sort plus. La préparation du budget 2010 se révèle kafkaïenne : avec les chutes de recettes dues à la crise de l'immobilier et les transferts de charges de l'Etat vers les collectivités, le conseil général estime qu'il lui manque 100 millions d'euros sur un budget de 1,5 milliard.

Un laboratoire du futur qui manque de moyens pour le présent

Ils sont plus d'une centaine d'enseignants à manifester devant le siège de l'inspection académique de Bobigny, ce jeudi 22 octobre. Des professeurs des écoles qui protestent contre l'insuffisance des moyens dans l'éducation nationale. A commencer par le manque de remplaçants. "Aujourd'hui, il y a beaucoup de classes sans maître parce qu'il n'y a pas assez de remplaçants", insiste François Cochain, secrétaire départemental du SNUipp, principal syndicat du premier degré. Comme beaucoup de fonctionnaires, les enseignants s'alarment du décalage entre la frénésie des "annonces" ministérielles dans le département et les moyens réels des services publics.

Depuis 2005, il est vrai, tous les plans communication des ministres passent par le "9-3", département à la mauvaise presse mais photogénique pour les hommes politiques. En 2008, la Seine-Saint-Denis a enregistré 174 déplacements ministériels, soit un tous les deux jours en moyenne. Un rythme invraisemblable qui se maintient en 2009 : rien que pour le mois de septembre, la préfecture a comptabilisé 25 visites. Tous les prétextes sont bons : la pose de la première pierre des Archives nationales (François Fillon), l'inauguration de logements étudiants (Valérie Pécresse), la lutte contre les trafics de stupéfiants (Brice Hortefeux), le plan jeunes (Martin Hirsch), une visite de collège privé (Luc Chatel)...

Présentée comme un "laboratoire" du futur, la Seine-Saint-Denis manque paradoxalement de moyens pour le présent. Année après année, les élus locaux se mobilisent pour s'opposer aux fermetures de classes, obtenir des moyens policiers, dénoncer la faiblesse de la pédopsychiatrie, défendre les postes d'adultes-relais, sauver les crédits des associations... "De tous les côtés, discrètement, presque clandestinement, l'Etat pompe de l'argent. Il y a beaucoup de communication et d'agitation médiatique. Mais, dans la réalité, les moyens sont retirés en permanence", explique le maire (PS) d'Aulnay-sous-Bois, Gérard Ségura, contraint de se battre lors de chaque rentrée pour tenter d'éviter des suppressions de classes.

"On est dans la schizophrénie la plus complète. Les ministres viennent tous pour vanter leurs plans. Mais il n'y a plus de moyens de droit commun, notamment sur l'éducation : on avait obtenu 3 000 postes avec le plan d'urgence pour la Seine-Saint-Denis en 1998. Mais, depuis, on les a reperdus", ajoute Claude Bartolone, président (PS) du conseil général, en donnant l'exemple de la scolarisation des enfants de 2 ans dans les ZEP, qui ne concerne plus que 5 % des élèves contre 22 % en 1999.

Sécurité : la violence, un combat jamais terminé

Dans la nuit tombante, les hommes de la police scientifique fouillent la ruelle et le petit square. On voit leurs lampes qui balaient le sol à la recherche d'indices. Deux jeunes de Saint-Ouen viennent de mourir, ce samedi 26 septembre, tués par balles, probablement à cause d'un trafic de stupéfiants. Le corps d'une des victimes est toujours allongé au sol, entre deux voitures. Un policier relève les plaques d'immatriculation des véhicules situés à proximité. Un habitant l'interpelle : "C'est pas trop pénible de ramasser les morts ?" Le policier : "Ça s'était calmé. Mais, en ce moment, il y en a un tous les trois jours." Fin du dialogue.

L'accumulation de faits divers graves, ces dernières semaines, a relancé les interrogations sur la délinquance en Seine-Saint-Denis. Les élus de droite comme de gauche ont réagi en exigeant des moyens supplémentaires. La préfecture de police a rétorqué que les effectifs n'ont jamais été aussi importants (4 913 fonctionnaires en 2009, contre 4 340 en 2003) et que la mise en place du Grand Paris de la sécurité, depuis septembre, va permettre la reconquête des territoires.

De fait, les chiffres ne sont pas bons. Les vols avec violences et les agressions physiques, qui ont le plus gros impact sur les habitants, restent en effet nettement plus élevés que dans le reste de l'Ile-de-France. Deux fois plus fréquents, par exemple que dans les Hauts-de-Seine. "La situation n'est pas satisfaisante. Les habitants souffrent dans certains quartiers de la présence d'individus qui se sont octroyés tous les droits", reconnaît Alain Gardère, directeur de la sécurité de proximité à la préfecture de police.

Sur le front des violences urbaines, la tension n'est jamais retombée depuis 2005, pourtant considérée comme une année exceptionnelle. Le nombre de dégradations et de destructions de voitures, notamment par incendie, n'a pas diminué. Idem pour les violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique, notamment les policiers : 1 472 agressions recensées en 2008 contre 1 137 en 2005. "La situation est maîtrisée mais c'est toujours assez tendu. On sait qu'il faut toujours être vigilant et que ça peut s'envenimer pour trois fois rien", souligne Philippe Prunier, directeur territorial de la sécurité de proximité, en faisant état d'une augmentation significative du nombre de policiers blessés en intervention.

La situation est aussi délicate pour la lutte contre la criminalité. Notamment les réseaux de drogue, que l'Etat promet de faire tomber depuis des années, mais qui sont toujours aussi présents. Il suffit d'ouvrir les yeux. A Saint-Ouen, dans les ruelles à proximité de la mairie. A Drancy, dans la cité du Nord, à côté de la gare RER du Bourget. A Sevran, aux Beaudottes, pas très loin du supermarché. A Stains, au Clos-Saint-Lazare. A Saint-Denis, près de la gare RER - mais depuis la visite sur place du ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, fin septembre, les trafics de crack se sont déplacés sur les villes voisines. "On va travailler sur les trafiquants et sur leur patrimoine", prévient Christian Flaesch, directeur de la police judiciaire parisienne, en annonçant la mise en place d'un "plan stups". Une promesse déjà entendue à de nombreuses reprises par les élus locaux : "Le problème, c'est que chaque fois que la police fait tomber un réseau, l'appât du gain et la misère sociale sont tels que d'autres prennent immédiatement la place", remarque Claude Bartolone. Dans le "9-3", les combats ne s'arrêtent jamais.

La crise, ultime paradoxe

Les hypermarchés pour pauvres ne désemplissent pas. A Villemomble, le week-end, devant un des principaux hard-discounters de la Seine-Saint-Denis, les voitures se garent par centaines, sur le parking et dans les rues aux alentours. Dans les allées, c'est une étonnante cohue pour réussir à circuler entre des rayons encombrés. Après des heures de file d'attente, les clients repartent le coffre plein de nourriture à bas coût. Souvent des produits proches de la date de péremption mais à des prix imbattables.

La Seine-Saint-Denis reste en effet un département pauvre, très pauvre : 50 000 allocataires du RSA, 12 % de la population qui bénéficie de la couverture médicale universelle (CMU), un revenu moyen de 18 800 euros par famille. "Les pauvres sont concentrés en Seine-Saint-Denis. Au fond, ça a l'air d'arranger tout le monde - sauf quand ça explose. Mais ceux qui pensent qu'il suffit d'ériger une ligne Maginot entre les villes riches et les villes pauvres se trompent complètement. Comme en 1940 !", prévient Claude Dilain.

De façon paradoxale, pourtant, le "9-3" échappe pour l'instant, en partie, à la crise économique actuelle. Le taux de chômage n'a pas explosé depuis le début de l'année 2009. Car la vieille image d'un département industriel est fausse. Il reste certes des bastions ouvriers - comme l'usine PSA à Aulnay-sous-Bois -, mais l'industrie et le bâtiment ne représentent plus que 100 000 emplois contre 500 000 pour les services et le commerce. Le département est désormais tiré par le secteur tertiaire et les PME, y compris dans des filières porteuses comme l'assurance, la santé et l'audiovisuel.

Comme un clin d'oeil, BNP Paribas, qui vient d'installer une de ses filiales (3 200 salariés) à Pantin, communique désormais à grand renfort de publicités sur le fait d'être le premier employeur privé du département. "Il y a dix ans, je m'engueulais avec les patrons des grands groupes. Aujourd'hui, c'est eux qui viennent nous démarcher ou qui participent aux colloques sur les discriminations", se félicite Claude Bartolone, convaincu que les entreprises ont pris le virage de la diversité et que cela peut aider son département à passer le cap de la crise.  (Le Monde)

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La politique de la ville sur la sellette, faute de résultats

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Faut-il repenser la politique de la ville ? Le débat agite le gouvernement et la majorité, inquiets des résultats médiocres obtenus par la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, depuis le lancement de sa dynamique Espoir banlieues.

Luc Bronner (Le Monde)

Selon nos informations, le prochain rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), qui sera rendu public en novembre, devrait montrer que l'écart entre les zones urbaines sensibles (ZUS) et le reste du territoire ne s'est pas réduit depuis les émeutes de l'automne 2005. Avec 17,9 % de chômeurs dans les ZUS fin 2008, le taux de chômage est resté deux fois plus important dans les quartiers de la politique de la ville que dans les autres zones urbaines. Plus inquiétant, le taux de chômage des hommes, entre 15 et 24 ans, atteignait 41,9 % fin 2008 contre 36,9 % fin 2006.

BILAN LIMITÉ SUR L'EMPLOI

"Si on n'avait rien fait, ce serait bien pire", défend l'entourage de Fadela Amara, devant ces piètres résultats. Le bilan des actions présentées par Nicolas Sarkozy, en février 2008, coordonnées par la secrétaire d'Etat, apparaît pourtant très limité. En particulier sur l'emploi. Les "contrats d'autonomie", censés permettre l'insertion des jeunes, n'ont pas fonctionné.

A peine 12 425 contrats avaient été signés, début septembre, sur les 45 000 prévus d'ici à 2011. Parmi eux, seules 887 "sorties positives" vers un CDD, un CDI ou une formation ont été enregistrées. "Le dispositif a été conçu avant la crise. Or, celle-ci a conduit les mieux armés à être licenciés. Et ils se sont trouvés en concurrence avec les jeunes faiblement diplômés", explique Mohammed Abdi, conseiller spécial de Fadela Amara.

Les autres dossiers (éducation, transport, santé, etc.) ont évolué au gré de la volonté des ministres en charge de chacun des secteurs. Avec, globalement, des résultats limités. "Le président de la République a demandé à chaque ministère d'établir un programme. Mais leur participation est très inégale", reconnaît M.Abdi.

Le seul point sur lequel tous les observateurs s'accordent pour souligner une avancée significative concerne la rénovation urbaine – opérations de démolition, réhabilitation ou aménagement urbain – mise en œuvre dans 470 quartiers. Mais le bénéfice politique de ce projet est mis au crédit de Jean-Louis Borloo, à l'origine de l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), lorsqu'il était en charge du dossier en 2003.

Fadela Amara a changé de stratégie. Alors qu'elle a longtemps affirmé que le problème de la politique de la ville n'était pas une question de moyens, elle a multiplié, ces dernières semaines, les demandes budgétaires. "J'ai besoin d'argent. J'ai besoin de plus de moyens pour réussir la mission que m'a confiée le président de la République", souligne-t-elle.

Elle tente actuellement de récupérer 10 millions d'euros amputés à son budget en 2010, et réclame le lancement d'une nouvelle étape de la rénovation urbaine après 2012. Elle a aussi suggéré que le grand emprunt national serve à financer des projets dans les quartiers.

REMISE À PLAT

Dans ce contexte délicat, la majorité réfléchit à une remise à plat plus large de la géographie de la politique de la ville. En dépit de ses abords techniques, le débat est fondamental : à quel niveau doit s'organiser la solidarité entre territoires riches et quartiers pauvres ? Comment répartir les moyens et déterminer les territoires prioritaires ?

Deux parlementaires UMP, Gérard Hamel et Pierre André, ont rendu, fin septembre, un rapport qui constate l'échec du modèle actuel, fondé sur une approche quartier par quartier, zone par zone (zones urbaines sensibles, zones franches urbaines, zones de redynamisation urbaine, etc.).

"L'intervention par zonage enferme les quartiers sur eux-mêmes plutôt que de contribuer à leur meilleure insertion dans la ville", constatent les parlementaires. Dans cette logique, ils préconisent de supprimer les ZUS et d'organiser la politique de la ville à l'échelle des communes. Ces dernières signeraient des contrats avec l'Etat, à charge pour les maires de mettre en œuvre, ensuite, leurs propres actions en fonction de leurs priorités.

Une partie de la politique de la ville serait ainsi décentralisée au niveau communal. L'entourage de Fadela Amara s'oppose à cette approche, jugée "dangereuse". "Il faut sans doute faire l'inventaire des territoires pour voir ceux qui doivent être aidés ou pas. Mais il faut que l'Etat continue à cibler les quartiers les plus difficiles et y concentre les moyens", explique M. Abdi.

Prudent, le premier ministre François Fillon a annoncé une "large concertation" sur le sujet avant des décisions en 2010. Le comité interministériel des villes (CIV), qui devait avoir lieu début octobre, a été repoussé à une date indéterminée.

Posté par quartiersc à 22:11 - Débat/Analyse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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