samedi 22 novembre 2008
Villiers-le-Bel reste groggy un an après la mort de deux adolescents
Un an après le drame de Villiers-le-Bel où deux adolescents s'étaient tués lors d'une collision entre leur mini-moto et une voiture de police, si les traces des violences qui s'en suivirent ont été effacées, le souvenir reste vif dans une ville encore groggy.
Cette collision dans laquelle deux adolescents de 15 et 16 ans au moment des faits, prénommés Moshin et Lakami, avaient trouvé la mort le 25 novembre 2007 avait provoqué deux jours de violences dans cette banlieue et l'ouverture, trois jours après les faits, d'une information judiciaire contre X pour "homicides involontaires".
"Nous avons été reçus par le juge une fois. Depuis, pas de nouvelle. L'enquête va trop lentement. Cela me fait de la peine que la justice ne passe pas", a déclaré à l'AFP Araf Sehhouli, le père de Moshin.
Mardi, une marche silencieuse et une veillée avec des débats seront organisées dans la ville pour rendre hommage aux deux garçons.
Au cours des violences qui avaient éclaté, des policiers avaient été blessés par des tirs d'armes à feu, un commissaire avait été roué de coups, une école, une bibliothèque, une antenne de police et des commerces avaient été détruits.
Cinq informations judiciaires ont été ouvertes pour ces violences et 27 personnes ont été mises en examen dont cinq écrouées. Aucune enquête n'a été bouclée et aucun procès n'est en vue.
L'antenne de police incendiée a été remplacée en mai, comme cela était prévu de longue date, par un grand commissariat aux allures de bunker noir. Ouvert la nuit et le week-end contrairement à l'antenne de police, ce commissariat abrite 57 agents dont 31 affectés à la sécurité de Villiers (28 auparavant).
Le ministère de l'Intérieur a annoncé l'implantation d'une unité territoriale de quartier (Uteq) au premier semestre 2009.
Depuis les évènements, les policiers tentent de mettre fin à des bagarres récurrentes entre bandes de quartiers de la ville qui "débouchent quasi systématiquement sur des affrontements avec la police", selon le cabinet du préfet pour qui "ces actes hostiles sont plus fréquents en 2008".
La bibliothèque Louis Jouvet incendiée pendant les violences a été remplacée par une nouvelle, baptisée "Aimé Césaire" inaugurée en septembre. L'école mitoyenne a été rasée et remplacée en mai par des pré-fabriqués en attendant l'ouverture d'une nouvelle école en 2010.
"A part l'école et la bibliothèque, rien n'a changé. Les évènements sont toujours dans les têtes. La colère a laissé place à l'incompréhension. On se demande où sont passés les gens qui avaient promis d'investir ici", remarque Thibaut Baka, un "grand frère" qui vient de monter une structure pour favoriser l'implantation d'entreprises à Villiers.
M. Baka souligne qu'il y a dorénavant une "étiquette Villiers-le-Bel" difficile à porter quand on demande un prêt à la banque ou qu'on envoie son CV.
"Les politiques et les médias ont fait de l'émotion mais rien n'a suivi, c'est un peu désespérant", relève Marie-Michèle Pisani, directrice de la mission locale. Depuis un an, la mission locale a mis en place des aides pour passer le permis de conduire et favoriser l'accès des jeunes aux entreprises "mais sans moyens exceptionnels", précise-t-elle.
"Ce qui s'est passé en 2007, ce n'est pas le Villiers de tous les jours. La ville est toujours en déficit de services publics mais on a progressé", estime le maire, Didier Vaillant (PS), qui s'apprête à inaugurer en janvier une chambre des commerces.
© 2008 AFPCommentaires
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