vendredi 25 septembre 2009
- Festival « Regards Jeunes sur la Cité » (28/29/30 octobre 2009)
En 2009 « Regards Jeunes sur la Cité » aura 20 ans.
Au fil du temps, les films qui ont été réalisés ont permis d’aborder de nombreux sujets.
Pour participer au concours « Regards Jeunes sur la Cité » 2009 et enrichir cette réflexion, nous vous proposons deux nouveaux mots clés, introduisant les deux catégories en compétition pour cette 20ème édition :
« Ici et ailleurs »
« Et demain… »
| Renseignements sur Regards Jeunes | |
| par téléphone : | |
| par e-mail : | |
L’OROLEIS DE PARIS, association Loi 1901, (Office Régional des Œuvres Laïques d’Education par l’Image et le Son) s’est statutairement donné pour objectifs : "de permettre et de développer la pratique des techniques audiovisuelles et de communication afin de favoriser la culture et l’éducation permanente, de susciter la création"
samedi 22 août 2009
Banlieue Bordelaise: Ils veulent danser à Cuba
FLOIRAC, QUARTIER LIBÉRATION. Six jeunes adultes pratiquant le hip-hop à la Saga cités, la structure du bas-Floirac, s'accrochent à leur projet et rêvent de voyage
Un grand écran, « Azur et Asmar » ou « Les Aventures de Kirikou » vues par Michel Ocelot, la soirée cinéma en plein air, initialement prévue à la mi-juillet n'a pas déplacé les foules jeudi soir. Un détail pour un petit public familial et pour la municipalité qui tient à ce que le cinéma soit présent dans les cités. Rappelons le dispositif Passeur d'images, lequel permet au public, en particulier des jeunes, de participer à des ateliers vidéo, de découvrir les métiers du cinéma, etc.
En marge de la projection, jeudi, une petite table située à proximité de la Saga cités, la structure ouverte aux jeunes du bas-Floirac, faisait office de comptoir à boissons (non alcoolisées) et à glaces. Parmi les prix affichés, on pouvait lire aussi la mention toute sobre, « Cuba ».
« Nous nous sommes lancé le défi d'aller dans ce pays », résume Géraldine, l'une des six jeunes adultes bien décidés à concrétiser leur rêve au moment des prochaines vacances de Noël. Tous ont en commun de pratiquer ensemble le hip-hop.
De Cuba à Santiago
« En 2006, nous avions monté un projet pour un voyage en Espagne au cours duquel nous avions découvert Madrid, Malaga, Marbella, Grenade, Alicante et Barcelone, une super expérience que l'on a eu envie de renouveler », explique la jeune Floiracaise. « Mais en mettant la barre plus haut », précise-t-elle. Plus loin, plus coûteux aussi.
Depuis un an, les trois jeunes filles et les trois jeunes hommes ont travaillé leur projet limité à un séjour dans les villes de Cuba et de Santiago. L'association Cool'eurs du monde les a aidés, conseillés dans le montage de leurs dossiers. « Du fait que nous sommes tous étudiants, nos emplois du temps ne nous ont pas permis de nous rencontrer tous autant de fois qu'on l'aurait voulu », note Charles.
Pour l'heure, la municipalité floiracaise s'est engagée à soutenir le projet, le Conseil général de la Gironde également. Le groupe est encore loin du compte. « À l'automne, nous soutiendrons notre projet devant le ministère des Affaires étrangères avec l'espoir qu'il nous subventionne. » Une aide déterminante, environ le tiers d'un budget prévisionnel dépassant les 20 000 euros.
Le groupe qui sera accompagné par deux animateurs reste confiant. « Nous avons très envie de danser. Nous avons un contact à Paris qui nous assure que l'on pourra trouver des scènes pour danser », se réjouit à l'avance Géraldine rêvant d'« échanges ». Charles, lui, donne encore plus l'eau à la bouche. « J'y suis allé l'an passé avec des camarades étudiants de Tech de Co. Il y a une richesse artistique très intéressante, les gens sont très chaleureux, ils n'ont pas grand-chose mais partagent tout », retient le jeune Floiracais.
Contact : 06 65 49 59 38 ou 06 10 27 50 99.Auteur : dominique andrieux
jeudi 4 juin 2009
La mémoire des Aubiers / Mémoire d'une cité
UTOPIE EN BÉTON. Né dans la cité, Omar M'Ballo a recueilli les souvenirs des pionniers. Un travail qui va déboucher sur le tournage d'un documentaire pour la télé
Il y a huit ans, quand la rumeur de la destruction des tours s'est mise à courir, Omar M'Ballo a paniqué : « Je suis né ici, il y a trente et un ans. Je me suis dit qu'il fallait absolument reconstituer l'histoire de cette cité. La mienne. Alors je me suis mis à fouiller dans les archives municipales. Je n'y ai pas trouvé grand-chose. J'étais choqué. » Aussitôt Omar s'est tourné vers les pionniers des Aubiers pour recueillir leurs souvenirs. Pendant deux ans, il accumule les notes.
Sa rencontre avec Lydia Hervel, directrice de Cap citoyenneté, l'association de promotion de la diversité dont le siège est au pied d'un immeuble, se révèle déterminante. La jeune femme est réalisatrice et lui propose de transformer ses liasses de papiers en documentaire. Omar dit banco. Les subventions arrivent de l'État, de la Région, du Département et de la Ville. Des contacts sont pris avec France 3 pour diffuser le film en trois volets : « Les Aubiers, une utopie en béton. » « On entame le scénario du premier dédié à la construction de ce quartier populaire », précise Lydia. Les interviews sont déjà dans la boîte.
Immeubles en béton blanc
L'équipe est allée voir l'architecte Xavier Arsène-Henry, à Paris. C'est lui qui remporta le concours international pour son projet intitulé « La ville dans la nature, la nature dans la ville ». « Il nous a parlé de son envie de construire des éléments qui bougent, de ne pas verrouiller l'espace. Les Aubiers ont profité de quelques idées novatrices. Il y a utilisé du béton blanc et aménagé les intérieurs du Lauzun avec des cloisons mobiles. Dès le début, il avait insisté pour que l'on détruise le pont de Cracovie qui coupait la cité du centre de Bordeaux. »
Sous la houlette de ses confrères André Sabron, Bertrand Delorme et Pierre Dugravier, les 1 033 logements de « la clairière des Aubiers » sortent de terre en 1971, à proximité du lac créé sur mille hectares de marais en 1967.
Souleymane, star du slam
Autre première dans ces années 1970, la cohabitation de Maghrébins, de Portugais, d'Espagnols, de Turcs, de Cambodgiens et d'Africains. Boubakar Diamanka est de ceux-là : « Je suis arrivé du Sénégal en 1974 pour chercher du travail. J'en ai trouvé chez Ford comme opérateur. J'y suis resté jusqu'en 1996. Ici je me suis toujours senti chez moi. Il n'y a jamais eu la moindre hostilité. Si je quittais les Aubiers, ce serait pour une petite maison parce qu'à mon âge, un appartement en duplex c'est fatigant. C'est vrai qu'on a toujours été un peu loin de Bordeaux mais maintenant, avec le tram, j'y vais souvent pour me balader. » Boubakar est fier de son fils : Souleymane anime l'atelier slam de la Star Academy. Une vedette. Un exemple d'intégration.
Didier Abad réside aux Aubiers depuis 1977. Il venait d'Espagne. « J'ai connu le bar, aujourd'hui remplacé par la poste, où j'allais téléphoner. Aussi les soirées merguez qui rassemblaient des centaines de voisins sur le terrain de foot. Avec ma camionnette, j'amenais les gosses du club disputer les tournois sur l'agglo. Tous les soirs, avec trois copains, on faisait la tournée de sécurité autour des immeubles pour empêcher les vols de voitures. Aux Aubiers, on s'est toujours bien défendus. Moi, j'y suis bien et j'y reste ! »
« On veut qu'on nous aime »
Le deuxième volet du documentaire abordera la période 1980-1990, celle des banlieues : « Cette cité est emblématique, assure Lydia Hervel. La moitié de la population est au chômage, le taux le plus élevé de la ville. La troisième partie sera consacrée à la nouvelle génération. » Omar s'empresse d'ajouter : « Qui en a marre qu'on parle d'elle quand ça va mal. Le but de ce film est de redorer l'image du quartier. Moi-même je n'ai appris que récemment nous faisions partie de Bordeaux. Ici, on dit qu'on est des Bordelais des Aubiers. »
Utopique, l'aventure ? « C'était un pari de mêler autant de populations dans peu de mètres carrés, résume Lydia. Mais c'était risqué de ne pas effectuer de suivi. Il n'y a pas eu de réelle volonté politique d'améliorer la vie ici. Compte tenu du peu d'efforts réalisés, j'estime qu'il y règne un assez bon esprit. »
Tous les « acteurs » de ce documentaire espèrent bien faire bouger les choses : « On veut qu'on s'occupe de nous comme on l'a fait pour embellir les quais. Juste qu'on nous montre qu'on nous aime ! » Voilà, c'est dit.
Auteur : DOMINIQUE MANENC
mercredi 20 mai 2009
Trouver le terrain d'entente
PARC SAINT-MICHEL. Les nouveaux espaces sportifs des berges de Garonne, en accès libre, ont déjà conquis leur public. Au point qu'il convient d'éviter les conflits d'utilisation
«Avant on n'avait rien et on jouait au foot sur l'herbe du tramway ! Maintenant c'est trop bien, avec le foot, le basket... » Ahmed est un adolescent de Saint-Michel qui, comme des dizaines d'autres, apprécie les espaces sportifs ouverts au début de ce mois sur les quais, face aux quartiers Saint-Michel et Sainte-Croix, bouclant quasiment la rénovation des quais du Port de la Lune.
Un jour férié, au printemps, des centaines d'adultes s'y promènent, des centaines d'enfants et d'adolescents s'y agitent, dans un relatif désordre. Terrain de hockey sur patins à roulettes (très calme, au demeurant), ateliers de musculation, jeux pour enfants, terrain de basket, mini-terrain de football en gazon synthétique, terrain ensablé pour le foot dit de plage, le volley ou le badminton et enfin, un fronton : en voilà pour tous les goûts. En semaine, tôt le matin, il n'est pas rare de voir des « joggers » se relayer aux agrès afin de travailler leur musculature. Quand la foule est là, la mairie a prévu des « régulateurs ». Depuis le 1er mai, trois jeunes - Sandrine, Adrien et Vincent - sont ici en charge d'éviter, autant que faire se peut, les conflits d'utilisation.
Tout en accès libre
Pas difficile, en effet, de s'apercevoir qu'un adolescent de forte stature tourne nerveusement autour des balançoires, irrité que les enfants s'en servent ! Pas difficile non plus de constater qu'il se trouve toujours des footballeurs à n'accepter de quitter le terrain qu'à condition d'en sortir... vainqueurs. « Sur le terrain de basket, ils se régulent seuls, expliquent Sandrine Séguillon et ses deux collègues, car ils ont l'habitude du " street ball ", sport sans contact, avec un état d'esprit particulier. »
« Le matin, avec le beau temps, nous recevons toujours des candidats au beach-volley ou au sand-ball (foot ou hand sur le sable) et si on nous le demande, nous installons le filet de badminton. C'est aussi plus de promenades en famille. Évidemment, en semaine, les créneaux horaires sont en fonction du travail. Mais les jours d'école, on en voit ici qui, visiblement, sèchent les cours ! Tout ici est en accès libre. » Au point qu'en cette saison, il ne serait pas surprenant de voir encore des sportifs en action à la nuit tombée, même si l'éclairage n'est pas conçu pour cela.
La majorité des utilisateurs vient du quartier Saint-Michel. « Visiblement, tout le monde trouve cela super et nous n'avons enregistré aucune dégradation. » Présents de 9 heures à 20 heures en juin et de 10 heures à 22 heures pendant les mois de juillet et août, les régulateurs ont déjà évalué la situation. Ils savent que c'est au niveau du terrain de football que peuvent se poser le plus de problèmes. « Contrairement au basket de rue, le football, c'est toujours là où tout le monde veut gagner, où tout le monde veut être champion. Et nous devons veiller aussi à ce que tout monde puisse jouer un minimum de temps. » Tous trois s'efforcent donc de définir des règles. Mais il faut souvent réexpliquer, voire hausser le ton. « Les jeunes commencent à nous connaître et puis souvent, c'est nous qui prêtons les ballons, alors... »
Se fabriquer son terrain
Les associations et les scolaires peuvent réserver des créneaux horaires auprès du service des sports de la ville de Bordeaux, et il sera veillé à un échelonnement de l'occupation des lieux. En cas de conflits d'utilisation, il existe toutefois une véritable soupape de sécurité : trois ou quatre espaces enherbés, libres de toute structure. Là, entre un père et son fils, ou un groupe de copains, rien de tel que deux vestes roulées en boule pour se fabriquer son terrain de foot !Auteur : Patrick Faure
mardi 12 mai 2009
« Vies d'ici Vues d'ici », le journal du projet urbain
CENON, QUARTIER DU 8 MAI 1945. Pendant plus de quatre ans, « Vies d'ici Vues d'ici », le journal du projet urbain, aura reflété inquiétudes, souvenirs, paroles et quotidien de sa population
En exergue du onzième et dernier numéro : « Les humains projettent leur humanité sur les espaces qu'ils habitent. » On se moque un peu de savoir qui est l'auteur de la phrase mais on le remercie parce qu'elle illustre particulièrement bien l'esprit de « Vies d'ici Vues d'ici », journal du projet urbain du quartier du 8 Mai 1945. Une publication trimestrielle municipale mais investie par des habitants au service d'autres.
Automne 2004. Depuis quelques années, le projet de rénovation urbaine est connu sur le quartier : la destruction des trois tours du Grand Pavois et de la « barre » André-Gide : des centaines de logements remplacés par d'autres, neufs et logiquement plus adaptés. Ce sont aussi des vies bouleversées par cette rénovation-révolution.
Accessible à tous
« L'idée était de donner la parole aux habitants pour qu'ils expriment leurs sentiments les plus divers sur ce qui allait se passer. » Moussa Diop a grandi à André-Gide, s'investit dans le quartier depuis des années et quand la mairie recrute son ancrage local et ses compétences en sociologie, elle lui confie cette mission qui devient ce journal. « Penser à la cohorte des gens qui n'ont pas accès aux réunions d'information, pas les codes de la concertation, pas la pratique de la langue pour comprendre. »
Dans le numéro 0, l'interview d'un Cenonnais de la Marègue... nommé Alain David, des paroles d'habitants du Grand Pavois, des productions d'ateliers d'écriture, une présentation du service de proximité et une rencontre avec l'interlocutrice d'Aquitanis, le bailleur présidant aux relogements à venir. De grandes photos, plusieurs niveaux de lecture, une construction qui ne changera guère au fil des années.
Le comité d'habitants se crée dès le second numéro. « Je faisais partie d'un groupe d'habitants-médiateurs, volontaires dans la gestion des conflits et le dialogue avec les jeunes », explique Jamila Amrouni. « J'avais envie de m'impliquer dans la vie citoyenne d'une commune dans laquelle j'aime vivre. Le journal était une belle occasion. » Pour Monique Morisset, « l'envie d'apprendre, de rencontrer.»
Au fil de la rénovation
« Moussa a grandi avec mes enfants, et on ne peut pas échapper à Moussa quand il veut vous faire participer à quelque chose », sourit doucement Céphas Mbada Mabaye. Objectif commun : mettre en lumière les gens discrets, un autre quotidien que celui qu'idées courtes et médias paresseux cataloguent vite dans la rubrique des quartiers difficiles. Sarah, Binta, Éric, Amineta et Maguy sont aussi dans l'aventure. Va s'en suivre quatre ans de reportages, portraits d'acteurs du quartier (commerçants, enseignants, artistes et bien sûr habitants), rencontres, débats relayés par O2 Radio. L'objectivité n'est pas forcément la recherche prioritaire, la parole de ceux qui vivent le quartier. La hausse des loyers des relogés, la problématique du déménagement : autant de thèmes sensibles déclinés de manières diverses, au plus près des habitants et de leur ressenti.
« J'étais aussi bénévole à la confédération générale des locataires », raconte Éric Paysse, habitant du Grand Pavois et dans l'équipe du journal dès la première heure. « J'avais des informations que les habitants avaient beaucoup de mal à avoir sur le relogement : elles étaient ainsi dans le journal. »
« Pourquoi pas nous ? »
La distribution des 4 000 exemplaires se fait au porte-à-porte. « Avec Maguy, on avait donné quelques exemplaires à des jeunes devant André-Gide », raconte Monique. « Quelques minutes plus tard, ils nous ont félicités, c'était un moment fort. » « On a fait un travail de terrain, les gens racontaient leur vie dont un pan s'en allait : c'était important », résume Éric.
Douze numéros plus tard, les tours et barre sont tombées, des résidences ont poussé, des lignes à haute tension ont été enterrées, des Cenonnais du haut sont partis en bas, Saint-Médard, Lourdes même... ou à la Marègue. « Des habitants d'autres quartiers nous ont dit "pourquoi pas nous ?", raconte Moussa. En suivant les relogés, nous étions déjà allés dans d'autres quartiers et le projet urbain étant bien avancé : il convenait de trouver une autre formule. »
« Tempo » et site internet
Ce sera une rubrique dans « Tempo », le nouveau trimestriel de la ville de Cenon. Ce sera aussi des reportages vidéos mis en ligne sur le site Internet de la ville. Jamila a été relogée à Tresses, mais n'a qu'une hâte, revenir habiter à Cenon. Monique a réussi « à remercier la ville qui m'a accueillie il y a quelques années ». Céphas est heureux aux Jardins d'Estrée où il retrouve « l'ambiance de village » qu'il affectionne. Moussa salue ses collègues du service communication qui l'ont soutenu dans la démarche. Et ne manquera pas une occasion d'emmener Monique, Jamila, Céphas ou les autres dans d'autres aventures. À échelle chaleureusement humaine.
Auteur : YANNICK DELNESTE
mercredi 22 avril 2009
Échanges poétiques en zone libre
À Annecy, une vingtaine d’élèves de 1re S ont rencontré deux membres du groupe Zone Libre, le rappeur Hamé et la rappeuse Casey, pour discuter écriture poétique, production musicale et engagement de l’artiste. Reportage.
« Avant, pour moi, le rap, c’était très stéréotypé avec des paroles peu élevées, des insultes… Les rappeurs que nous a présentés notre professeur ont changé mon regard. J’ai entendu des messages et des textes engagés et poétiques. J’ai rencontré deux personnes qui parlent avec franchise, avec leur coeur et écrivent de façon indépendante. » Coralie est la classe de 1re S4 au lycée Baudelaire situé à la périphérie d’Annecy (Haute-Savoie). Elle fait partie de la vingtaine d’élèves à avoir pu questionner les deux rappeurs en question : Hamé et Casey. La rencontre a eu lieu au Brise-Glace, salle de concert qui accueillait le groupe Zone Libre et son dernier album l’Angle mort, avec Serge Teyssot-Gay (guitariste de Noir Désir), Marc Sens (guitariste de Yann Tiersen), Cyril Bilbeaud (batteur ex-Sloy) et les deux chanteurs de rap.
Depuis quelques semaines, les élèves préparent activement l’événement en analysant à travers le cycle poésie, les textes d’Hamé, Casey, Noir Désir mais aussi Aimé Césaire, Kateb Yacine, Aragon, Émile Verhaeren ou Victor Hugo. Des pistes de réflexion ont été lancées par le professeur de français Michel Gautier : quelles sont les ressources de la poésie ? En quoi l’écriture poétique est-elle d’actualité ? En quoi nous concerne-t-elle ?
D’abord intimidés, puis mis en confiance par la décontraction des artistes, les élèves se sont prêtés au jeu de l’entretien. Un peu plus tard dans la soirée, ils ont pu apprécier le groupe sur scène et son projet expérimental de fusion du rock et du rap.
« Pensez-vous écrire de la poésie ? » À la première question, les réponses des rappeurs en ont surpris plus d’un. Casey se lance : « Quand j’écris, je ne me dis pas que je fais de la poésie. Je trouve qu’il y en a trop qui s’octroient ce titre. J’essaie d’écrire librement. Le rap, c’est quoi ? C’est la fréquence, le rythme, une façon de slalomer dans les mots, c’est créer un motif avec sa voix, éliminer la répétition. Il faut qu’il y ait une dextérité, c’est ça le flow, c’est être proche de sa façon de parler, de respirer, c’est écrire en plaçant les mots comme personne ne peut le faire à part toi… » Voilà pour la technique. Et sur le contenu ? Pour Hamé, c’est très clair : si la poésie se définit comme un slam version polie et sortable du rap, alors il n’en fait pas. « Le slam comme celui d’Abd Al Malik est purement idéologique. Il met en accusation les quartiers en disant que les jeunes sont coupables de ne pas s’en sortir. C’est du pétainisme appliqué aux cités », lâche-t-il sans détour.
Dévoyée, cette poésie-là, Hamé ne la reconnaît pas. Pour lui, la poésie est ailleurs, là où on ne l’attend pas : « Je suis contre la mentalité de musée. Je préfère les petits sauvageons qui crachent leur colère sur la police en rimes. Je préfère dire que les choses vont mal, dénoncer des situations injustes. » Et les élèves savent de quoi il parle. Ils ont étudié un de ces textes : Premier Matin de novembre, extrait de l’album de La Rumeur l’Ombre sur la mesure (2002). Ils savent qu’Hamé y écrit les commotions de l’Algérie, son pays d’origine : « Du haut des massifs jusqu’aux plaines pillées, des cités suppliciées aux villages craquelés, voilà l’histoire prise au cou par vos visages couleur d’ambre quand enfin retentit ce premier matin de novembre. » Pour le chanteur, ce texte est un des plus littéraires, confidentiel presque. D’une filiation poétique, Casey se réclame aussi : « Je suis de Martinique. Pour moi, Aimé Césaire et Frantz Fanon sont très importants… » Hamé et Casey n’hésitent d’ailleurs pas à citer ces « noms de géant » dans les Mains noires, un des textes de leur dernier album. Très vite les lycéens comprennent à quel point ce rap-là est relié à un vécu marqué par une vie sans cesse sous contrôle, par des violences symboliques répétées et une histoire coloniale pas si lointaine et encore trop étouffée.
Sincère, un élève précise que le rap qu’il entend parfois à la télévision ne lui plaît pas. « Les paroles ne sont pas très poussées. Je ne sais pas si je vais aimer le concert. Par contre, je trouve que votre rap, c’est du bon rap. » Une occasion pour Hamé de parler du formatage : « Le rap français a été récupéré par l’industrie du disque. Le formatage est très puissant. C’est la même chose pour le rock, il n’y a plus rien de subversif. Mais je ne veux pas défendre le rap indépendant non plus parce que ce n’est pas un gage de qualité », soutient-il. Pour le rappeur, la différence se joue sur la prise de risque. « On se nourrit dans les marges, dans des démarches alternatives. »
Pourtant, au début des années 1990, Hamé et Casey auraient pu surfer sur la vague du succès commercial. Mais leur conception du rap était déjà très éloignée d’une mode quelconque : « Comme Casey, on voulait construire autre chose, explique Hamé. On s’est retrouvé entre pestiférés… Je suis très fier de ce qu’on a refusé de faire. »
Une des lycéennes interrompt le chanteur : « Si vous n’êtes pas dans les circuits habituels, est-ce que vous n’avez pas peur d’avoir moins de public ? » Immédiatement, Casey se saisit du mot : « La peur ? Je ne connais pas. Si tu as peur, tu acceptes le formatage. Si tu as peur, tu feras le bon refrain. La machine de l’industrie du disque est là pour broyer. Elle sait amadouer et placer les artistes dans l’appât du gain. » Et Hamé de pointer ce mythe de l’argent facile qui circule dans les cités : « Sans chercher des excuses au rap le plus pourri, c’est très dur de résister à l’argent quand on est issu d’un milieu précaire. Juger, c’est bien, mais il faut aussi comprendre le contexte. »
Le contexte, ce sont des quartiers laissés à l’abandon, des quartiers où se concentrent pauvreté, vexation et colère. Pour les deux rappeurs, les émeutes de 2005 ont marqué un tournant. C’est à partir de là que la musique a servi d’outil de pacification. C’est là que le slam complaisant a fait son apparition médiatique. À contre-courant, Hamé et Casey dénoncent dans leurs textes les humiliations quotidiennes. « Ici la périphérie est au centre / Et des territoires libérés s’inventent / Au point du soir / Au point d’y voir / Clair dans le noir / Clé en main, claustro, clandestin / Les clebs au train / J’ai fait de l’angle mort / De ma vie une métaphore ». Alors intervient Romain, élève de 1re : « Comment ne pas tomber dans le travers du tout-commercial ? » Hamé tente une explication : « Des groupes porteurs d’un rap engagé comme NTM, IAM ou Secteur A sont entrés dans les majors et ont cessé de déranger. C’est à nous d’écrire et de proposer ce que le rap n’aurait jamais dû cesser d’être. Notre liberté, on l’a acquise grâce à notre label indépendant. On s’est créé un espace politique, on est des électrons libres. » Pour Casey, il y a trop de posers qui servent de supports à des marques et qui deviennent des biens de consommation. Une lycéenne demande : « Est-ce qu’on vous empêche de dire ce que vous voulez et est-ce que vous avez déjà eu des problèmes à cause d’un texte ? » La rappeuse sourit : « Non, en France, c’est plus vicieux que ça. Personne ne t’empêche de parler mais on ne te passe pas à l’antenne. Tu peux le sortir ton disque, mais on ne le trouvera pas dans les bacs. On te met à l’écart, comme en quarantaine. »
La quarantaine, la banlieue en connaît un rayon. C’est précisément ce cloisonnement que les deux chanteurs combattent. Leur rapport décomplexé et irrévérencieux aux « grands poètes » semble plaire aux élèves. Méfiants envers une culture figée et écrasante, ils racontent une relation d’ennui et d’amertume à l’école. « Quand la culture sert à humilier ceux qui n’y ont pas accès, ça me pose problème », dit Casey. Pour Hamé, l’école est trop associée à la sujétion : « Avant, je détestais certains auteurs parce qu’on me demandait de faire allégeance. On te fout la gerbe avec des trésors… Bien après, j’ai repris goût aux livres par le rap. Je suis réconcilié. » Les deux artistes insistent : il faut cultiver le doute et la curiosité, saisir les valeurs de la poésie. Pour comprendre en quoi des écrivains peuvent devenir des éclaireurs de chemins, et trouver sa « propre façon d’être au monde ».
Ixchel Delaporte
jeudi 15 janvier 2009
Centre social: Deux générations côte à côte sur les touches
Ils étaient une dizaine pour six places. Des jeunes des quartiers de Bègles postulaient hier pour donner des cours d'informatique aux personnes âgées de la commune. Depuis 2005, le centre social de l'Estey a mis en place des ateliers intergénérationnels qui ne désemplissent pas.
« L'idée est née après les "émeutes" des banlieues, explique Yannick Combes, animateur du bureau info-seniors au centre social de l'Estey. Les jeunes des quartiers nous expliquaient qu'ils ne trouvaient pas de petits boulots. En face, nous avions une forte demande d'initiation à l'informatique de la part des personnes âgées. Alors on s'est dit qu'on allait rassembler les deux publics. »
Pour chaque session de dix séances, des binômes sont constitués. Ils se retrouvent les mercredis après-midi pour deux heures de cours ponctués d'un « cyberthé ». « Au début, chacun appréhende un peu le contact avec l'autre, raconte Yannick Combes. Mais très vite, ils s'apprivoisent. C'est notre objectif : faire tomber les idées reçues sur ces deux tranches d'âge. » L'atelier marche si bien que les seniors de Bègles doivent s'inscrire sur une liste d'attente. Quant aux jeunes, âgés de 16 à 18 ans, ils viennent d'abord chercher un peu d'argent de poche. « Et une expérience à mettre sur mon CV », raconte Aurélien, qui passait l'entretien d'embauche hier. Elève en Terminale STG au lycée Gustave-Eiffel, il a déjà participé à la session précédente.
En dix leçons, il a appris à Pierre, son binôme de 65 ans, à communiquer par Internet avec son fils et sa petite-fille. « Dès la première séance on a commencé à parler d'autres choses. Pierre était cheminot, alors on allait voir les sites consacrés aux trains. Il avait plein d'histoires à me raconter. » En quatre ans, Yannick Combes ne se souvient que d'une « erreur de casting » vite rattrapée. Mais il a plein de bons souvenirs. « Une dame m'a raconté qu'elle avait revu son binôme dans un bus. Il a laissé ses copains pour venir lui dire bonjour. Imaginez comme elle était contente ! »
Sophie Lemaire
samedi 10 janvier 2009
Des jeunes du quartier lance une invitation à une après-midi dansante

BÈGLES, THOREZ-LES GOÉLANDS. Dimanche un groupe de jeunes du quartier lance une invitation à une après-midi dansante pour financer ses vacances et faire bouger les mentalités
Ce n'est pas forcément la musique ni la danse préférée de Mélissa, Cindy, Maxime, Benjamin, Romain, et Mickaël, les six copains qui organisent l'événement. Elles et ils sont au lycée en bac pro, étudiante en géographie, apprenti maçon ou animateur sportif en formation.
Tous vivent là depuis toujours ou presque, et se souviennent d'un temps où on s'y ennuyait moins. « Dans d'autres quartiers, ça vit plus. Quand j'étais petite, il y avait de l'animation. Des barbecues derrière Les Goélands » se souvient Mélissa. Mais voilà, « ça, c'est dispersé », constate Maxime.
Faire vivre le quartier
Donc même s'ils préfèrent ACDC, Diams ou Kenny Arkhana, ce thé est leur façon de « faire bouger les mentalités ». « On dit trop que les jeunes et les vieux ne s'entendent pas ici. On veut montrer autre chose ».
L'objectif est aussi de financer leurs vacances. Avec l'appui de Anne-Lise Saumur, l'éducatrice de l'Association de prévention spécialisée de Bègles, le groupe a décidé de réunir de quoi partir ensemble l'été prochain, au bord d'une mer : Méditerranée si la tirelire et bien pleine, Atlantique sinon. Quand on part de zéro, ce n'est pas simple. « Ils ont plus de 16 ans, c'est l'âge de l'autonomie. Ils sont venus à l'APSB, on leur a expliqué qu'ils pouvaient se financer. Un autre groupe était parti comme ça, il y a trois ans », explique Anne-Lise Saumur.
En décembre dernier, les six Béglais ont organisé un tournoi de play station à la Maison partagée de Thorez. Résultat mitigé : « des gens sont venus par curiosité, on a eu une dizaine de joueurs, mais d'autres n'ont pas voulu sous prétexte que le jeu ne leur plaisait pas », soupire Mélissa, que ça a agacée.
Muguet le 1er mai
Après le bal, ils et elles comptent beaucoup sur la vente du muguet du 1er mai. « On l'a déjà fait. Ça marche bien. L'autre fois, ça avait presque suffi ». Les revenus du tournoi et du thé serviront d'ailleurs à acheter les fleurs de la Fête des travailleurs. Le groupe y ajoute une cagnotte à laquelle ils versent 5 euros à chacune de leurs réunions, chaque mois. Et comme ces réunions ont lieu dans la salle prêtée par « Goëlands.com », une association d'habitants, c'est le contact avec « les mamies » qui a fait naître l'idée du thé. Parce qu'il paraît que dans le quartier, même les seniors trouvent que ça manque d'animations.
Auteur : Gilles Guitton
Dimanche à 15 heures, à la Maison partagée de Thorez, il y aura thé dansant. Ce sont des jeunes du quartier Thorez-Les Goélands qui invitent. Au menu, thé et autres boissons, gâteaux, valse, tango, rock et musique des années 1980
lundi 17 novembre 2008
En banlieue, la volonté est forte de "taper à la porte de la République"
L'onde de choc de l'élection de Barack Obama, mardi 4 novembre, a touché les banlieues françaises de plein fouet. De l'émotion. De la joie. La fierté d'être noir ou maghrébin. Et la volonté décuplée, parmi les trentenaires des cités, de faire naître des Obama français d'ici quinze ou vingt ans. Que les élites françaises le veuillent ou pas.
"Les jeunes de la diversité vont aller taper à la porte de la République, s'extasie Dawari Horsfall, 33 ans, formateur, ancien directeur de centre social, originaire de Massy (Essonne). Jusque-là, on leur disait que ce n'était pas possible, qu'on ne pouvait pas leur laisser la place. Demain, on pourra aller voir les hommes politiques et leur dire : regardez, ils l'ont fait aux Etats-Unis."
Comme dans une douzaine d'autres villes de la banlieue parisienne, M. Horsfall avait conduit une liste "indépendante" lors des municipales de mars 2007. Pour s'affranchir de la tutelle des partis. Pour que les "grands frères" ne soient plus dépendants des "grands pères" blancs. Pour faire comme aux Etats-Unis et commencer par conquérir la scène politique depuis la base, les mairies, avant de s'intéresser au sommet.
A Massy, la liste a obtenu près de 10 % des voix. A Grigny (Essonne), elle a dépassé 26 %. A Goussainville (Val-d'Oise), 14 %. "On ne veut plus subir la politique", résume Almamy Kanouté, 29 ans, leader d'une liste indépendante à Fresnes (Val-de-Marne), qui a recueilli 11 % des voix au premier tour.
SORTIR DU PATERNALISME DES PARTIS
L'élection d'Obama agit comme un dopant. "C'est une bouffée d'oxygène pour les quartiers. Tout le monde se dit : si lui a réussi, moi aussi je peux y arriver", explique Driss Ait Youssef, 28 ans, responsable associatif, membre d'une liste de jeunes des quartiers à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) qui avait recueilli 10 % des suffrages, face à la municipalité communiste. "C'est quelque chose de très positif qui se ressentira en France. Dans l'inconscient des gens, cela crée un précédent. Comme en droit, cela fait jurisprudence", souligne Omar Dawson, 29 ans, à l'origine d'une liste qui a obtenu cinq élus sur Grigny.
L'émergence de candidats aux plus hautes fonctions issus de la diversité ou des quartiers n'est toutefois pas pour demain. Faute de réseaux suffisants. Faute de personnalités en situation d'atteindre la dernière marche.
"On a commencé le travail. Mais c'est pas nous qui allons en bénéficier. Peut-être dans quinze ou vingt ans", ajoute Diaby Doucouré, 31 ans, élu au conseil municipal de Pantin (Seine-Saint-Denis) contre la liste socialiste sortante. Mais des élites intermédiaires, fortement diplômées, existent déjà et entendent sortir du paternalisme traditionnel des partis, notamment du PS. "On est gonflés à bloc. On sait que c'est possible et, la prochaine fois, on revient pour gagner", souligne M. Horsfall.
En arrière-plan, ressort la problématique de la "banalisation" de ceux que l'on continue de décrire comme "issus de l'immigration" bien qu'ils soient parfois en France depuis deux ou trois générations. "Le jour où on parlera de nous en termes d'Afro-Européens, comme on parle des Afro-Américains, ce sera un signe fort. Mais, pour l'instant, la France est très en retard", note M. Kanouté.
Un retard qui s'observe aussi dans la capacité des minorités visibles et des banlieues à s'organiser pour porter une parole commune. "C'est une humiliation que subit la France en voyant les Etats-Unis nous donner une leçon et nous faire passer pour des ringards. Mais une fois qu'on a dit ça, qu'est-ce qu'on fait ?, interroge le comédien Yassine Belattar, qui joue un rôle informel de coordination et de liaison entre leaders des quartiers. Sur un plan politique, la question n'est plus celle de la légitimité mais celle du leadership : qui pour nous représenter ?"
mardi 12 août 2008
Thuram s’en va le coeur gros
Atteint d’un problème cardiaque,le défenseur arrêtel a compétition mais pas l’engagement citoyen.
Il n’y avait nul besoin du diagnostic des cardiologues pour savoir que Lilian Thuram avait un grand coeur. Le défenseur des Bleus, généreux dans l’effort, l’est tout autant lorsqu’il intervient contre le travail des enfants ou en faveur des banlieues délaissées. Lilian Thuram, trente-six ans, souffrant d’une hypertrophie cardiaque évolutive, décelée il y a à peine un moins, a dû se résoudre à mettre un terme définitif à sa fabuleuse carrière. Une carrière avec bien sûr pour point d’orgue le titre de champion du monde en 1998 sous le maillot l’équipe de France. Il est surnommé « le héros de la demi-finale » pour avoir, le 8 juillet 1998, inscrit les deux buts qui propulsent la France en finale. Deux ans plus tard, il remporte l’Euro avec les Bleus. Le Guadeloupéen a disputé trois Coupes du monde et quatre championnats d’Europe. Il a été sélectionné 142 fois en équipe de France. Un record qui n’est pas près d’être battu. En club, il a été deux fois champion d’Italie avec la Juventus de Turin (2002 et 2003), a remporté avec Parme la Coupe de l’UEFA (1999), mais la Ligue des champions s’est toujours refusée à ce défenseur intraitable, solide comme un roc.
Lilian Thuram n’a jamais voulu se contenter de taper dans le ballon. Au-delà de l’action humanitaire, ce footballeur citoyen intervient plus directement dans les rapports sociaux, les rapports de production. En soutenant ainsi les organisations qui combattent le travail des enfants obligés de trimer dans les ateliers ou sur les chantiers. En novembre 2005, en pleine crise des banlieues, il prend position : « Avant de parler d’insécurité, il faut peut-être parler de justice sociale. » Des propos qui n’ont pas l’heur de plaire à Sarkozy, ministre de l’Intérieur. En septembre 2006, Thuram et son coéquipier Patrick Vieira offrent des places du match France-Italie à des personnes sans papiers qui occupent un gymnase à Cachan. Autre exemple de son engagement politique : dans l’Humanité du 21 décembre 2005, il lance un appel pour que les jeunes habitants des banlieues défavorisées s’inscrivent sur les listes électorales et aillent voter. On ne reverra plus aujourd’hui Lilian Thuram sur les terrains de football, mais on le retrouvera sur le terrain de la lutte pour l’émancipation humaine.
Bruno Vincens









