Quartier Sans Cible...Changeons l'image de la banlieue !

L'association Quartier Sans Cible décortique se qui se fait de mieux dans les banlieues. Elle essaye d'analyser les problématiques urbaines et donne la parole à tous les acteurs des quartiers populaires. Ensemble, changeons notre regard sur la banlieue !

lundi 30 novembre 2009

Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois : "La logique du ghetto arrange tout le monde"

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Depuis les émeutes de l'automne 2005, Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), est une des figures de la politique de la ville en France. Egalement président de l'association Ville et banlieue, qui réunit des élus de droite et de gauche, il tente de porter la voix des quartiers populaires, mais observe avec inquiétude le désintérêt de la société française.

Comment vont les quartiers sensibles ?

Claude Dilain : Comme tous les maires de banlieue, je suis inquiet. Nous faisons face à un phénomène nouveau: la colère ne touche plus uniquement les jeunes, ceux qui étaient en première ligne pendant les émeutes de 2005, mais elle s'étend désormais aux adultes, en particulier aux trentenaires qui ont fait des études, se sont mariés, ont des enfants, mais sont retombés au chômage avec la crise. En 2005, il y avait un débat un peu théorique pour savoir si on se trouvait face à une émeute ou une révolte sociale. Aujourd'hui, dans certains cas, je sens qu'on est passés au stade de la révolte sociale et c'est dangereux.

Il y a eu beaucoup d'annonces politiques sur les banlieues depuis 2005. Quels sont les effets ?

Ce qui frappe, avec le recul, c'est l'absence de volonté politique au-delà des discours généreux. Je regarde les statistiques de Clichy-sous-Bois, elles sont très mauvaises : le revenu annuel moyen par famille est de 9.000 euros par an, la proportion de non-diplômés demeure à 45 %, le taux de chômage reste deux fois plus élevé qu'au niveau national, la ville n'est toujours pas desservie correctement par les transports. Nous sommes toujours dans un ghetto. Le seul point positif concerne la rénovation urbaine lancée par Jean-Louis Borloo avant les émeutes de 2005. Sur ce point, les habitants ont enfin le sentiment qu'on s'occupe d'eux, et ils voient leurs logements et leur cadre de vie s'améliorer.

Comment jugez-vous l'action de Fadela Amara ?

Elle fait ce qu'elle peut, mais les effets de son plan Espoir banlieue sont invisibles sur le terrain. Je crois qu'elle commet une erreur fondamentale en pensant que Nicolas Sarkozy veut agir. Quand il vient en banlieue, c'est uniquement pour parler de vidéosurveillance ou d'immigration. Et les transports? Le logement? L'emploi? La question de fond est: veut-on simplement que les banlieues soient calmes ou veut-on résorber les ghettos? Je crois que le président a donné sa réponse: seule la sécurité l'intéresse.

Dans ce contexte, un secrétariat d'Etat à la ville ne sert à rien, quoi que fasse son titulaire. La politique de la ville devrait soit relever directement du premier ministre, soit être portée par un délégué à la ville, très puissant, comme ont pu l'être dans le passé des délégués à l'aménagement du territoire, capables d'imposer l'intérêt des banlieues face aux ministères. Que pèse Fadela Amara face à un ministre de l'intérieur ou au premier ministre? Rien.

Quels sont les blocages ?

En réalité, la logique du ghetto arrange tout le monde. La société fabrique des situations extrêmes, mais ce qui compte, aux yeux des classes moyennes et supérieures, c'est que cela reste invisible et qu'on n'en parle pas trop. Les pauvres, surtout s'ils sont noirs et arabes, on les met à Clichy-sous-Bois en pensant, sans trop le dire ou se l'avouer à soi-même, qu'on préfère les avoir là-bas, à distance, plutôt que dans la classe de sa fille ou de son fils.

Lorsqu'il s'occupait de la ville, Jean-Louis Borloo disait que les banlieues sensibles sont le cancer de la République: c'est toujours le cas.

Constatez-vous un repli communautaire ?

Oui, de toute évidence. La référence au pays d'origine – même pour des habitants qui sont en France depuis deux ou trois générations – n'a jamais été aussi forte. Je ne sais pas si nos jeunes ont vraiment envie d'aller vivre en Algérie mais regardez leur enthousiasme après le match Algérie-Egypte.

Même chose pour les signes ostentatoires d'appartenance religieuse ou les demandes communautaristes. Le message est simple: puisque vous ne m'aimez pas, puisque vous ne m'acceptez pas, je choisis d'exister en tant qu'"Algérien" ou musulman. Si on laisse faire, on prend le risque de voir la fracture s'approfondir toujours plus.

Le problème, c'est que la France n'a plus de politique vis-à-vis de l'immigration. Le gouvernement met en scène les charters de clandestins renvoyés dans leur pays. Mais, dans la réalité, on continue de les entasser à Clichy et dans quelques dizaines de villes de banlieue en espérant les cacher aux yeux de la société. Tout ça dans des conditions indécentes et avec des moyens dérisoires pour leur apprendre le français. Qui peut ensuite s'étonner qu'il y ait un repli identitaire de ces populations?

Si on ne résorbe pas le ghetto pour des raisons éthiques, au moins qu'on le fasse par souci de compétitivité économique: la métropole parisienne ne décollera jamais si elle garde de telles poches de pauvreté et un tel potentiel de colère.

Vous êtes membre du PS. Votre parti a-t-il une réflexion sur les banlieues ?

Elle est malheureusement très insuffisante. Le PS est à l'image de la société et nous y rencontrons les mêmes difficultés pour faire entendre la voix de la banlieue.

Cette situation vous décourage-t-elle ?

Non, je continue. Le jour où je serai découragé, j'arrêterai d'être maire. Mais je suis fatigué, parfois, et en colère, souvent. En 2005, à travers le Conseil national des villes, nous avions alerté les pouvoirs publics sur la gravité de la situation. Sans résultat – ou plutôt avec le résultat que l'on connaît: trois semaines d'émeutes. Aujourd'hui, nous sommes revenus à la situation d'avant 2005. Mais, si ça doit à nouveau exploser en banlieue, nous sommes nombreux, parmi les élus de banlieue, à dire que nous ne recommencerons pas comme en 2005, nous n'irons pas passer nos nuits à rattraper les erreurs commises. Ce sera aux pouvoirs publics, aux ministres, aux préfets, à tous ceux qui sont responsables, de tenter de sauver ce qui pourra l'être.

Nous, les maires, en avons ras-le-bol de parler dans l'indifférence. J'alerte ainsi, depuis des mois, les pouvoirs publics sur la situation du Bas-Clichy, des copropriétés dégradées, en grande difficulté, où arrivent les familles les plus pauvres, les plus fragiles, presque uniquement des immigrés récents. Elles constituent une véritable bombe à retardement. Si on ne fait rien, on va vers la catastrophe. Je sonne à toutes les portes et on me répond qu'il n'existe pas d'outils adaptés. Il va falloir que ça explose pour qu'on s'y intéresse ?

Propos recueillis par Luc Bronner

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lundi 16 novembre 2009

Clichy, Montfermeil, Villiers-le-Bel : quel avenir?

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Quatre ans après les violentes émeutes qui les ont secouées, retour dans les trois villes du nord de Paris. Entre rénovation urbaine, déficit de transports en commun et chômage en hausse, elles cherchent à sortir du ghetto. (photo : la cité des Bosquets de Montfermeil)

Clichy-sous-Bois/Montfermeil/Villiers- le-Bel : trois villes qui ont connu de violentes émeutes ces quatre dernières années, après la mort de quatre adolescents (Bouna et Zied en 2005 à Clichy-sous- Bois, Mushin et Lakamy en 2007 à Villiers-le-Bel). Trois villes symboles aujourd’hui en chantier, qui tentent de se préparer à un meilleur avenir avec le projet de renouvellement urbain (PRU) signé en 2003 par Jean-Louis Borloo, alors ministre de la Ville, et le plan Espoir banlieues de Fadela Amara, annoncé en grande pompe en février 2008.

Quatre ans après les trois semaines d’émeutes qui ont embrasé toutes les banlieues françaises en novembre 2005, et deux ans après les rencontres débats organisés par Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la Ville, où en sont ces trois villes emblématiques de la fracture sociale et urbaine ? Pour nous guider, deux artistes et leurs élus : le réalisateur-acteur Ladj Ly du collectif Kourtrajmé pour le plateau Clichy-Montfermeil, et l’humoriste Donel Jack’sman pour Villiers-le-Bel. Au volant de sa voiture, Ladj Ly râle. Les petites rues de son quartier des Bosquets à Montfermeil sont impraticables : “Tout est bouché, la ville est en chantier.” Sur l’allée Paul-Cézanne, il montre la différence dans l’avancée des travaux : “Sur ce côté, ils détruisent une barre, en face, elle a été rénovée. Il y a un effort qui a été fait avec le PRU.” La voiture de Ladj slalome entre les trous de la chaussée : “C’est le chantier, rien n’est sécurisé pour les enfants, ils jouent au milieu du matériel. Là, ce sont les premières résidences qui ont été construites pour reloger les gens. Mais pour l’instant, on n’a pas vu une seule famille africaine s’y installer. On attend de voir, on a peur que le maire fasse de l’épuration ethnique, qu’il en profite pour chasser les plus pauvres et les familles africaines.” Sur quatre étages, la résidence Formigé entourée de grilles a l’air d’un havre de paix au milieu des grandes barres des Bosquets, tagguées de part en part de “Fuck the Police” ou “Fuck the CRS”. Le maire de la ville, Xavier Lemoine, UMP, avoue au téléphone qu’il a abandonné l’idée de nettoyer les tags : “Vous me prenez en défaut, c’est vrai, je préfère concentrer mes efforts ailleurs.”

Père de deux enfants, acteur dans le film Sheitan produit par Vincent Cassel, réalisateur d’un reportage sur sa ville, 365 jours à Clichy-Montfermeil, Ladj Ly a grandi aux Bosquets, cette grande copropriété sur les hauteurs de la Seine-Saint-Denis, présentée dans les années 60 à sa livraison comme “un paradis”. Dans les années 70, ses parents viennent du Mali et s’y installent. Vingt ans plus tard, la copropriété montre déjà des signes de paupérisation, les classes moyennes partent à cause du déficit de transports publics. Pour se rendre sur leur lieu de travail à Paris, les habitants doivent passer plus d’une heure trente dans les bus et le train pour parcourir quinze kilomètres. Au début des années 90, la copropriété est en faillite, sous administration judiciaire. Deux barres sont tout de même rénovées, dont le bâtiment 5 début 2000 où habite Ladj. Une barre de dix étages que rêverait de démolir le maire qui, lui, accuse ses habitants de faire du “nettoyage ethnique” en empêchant des familles “non black” de s’y installer.

Une rue plus loin, Ladj roule vers Clichy-sous- Bois dans une autre copropriété tristement célèbre, la plus pauvre de France, la Forestière, totalement délabrée. Un ami de Ladj, Kader, 20 ans, ne croit pas beaucoup aux dispositifs du plan banlieue pour l’emploi des jeunes en difficulté : “Le plan Banlieues, c’est de la mytho. Moi, ma formation de peintre, je suis allé la chercher tout seul à l’Afpa. On m’a proposé de travailler sur les chantiers du PRU en tant que manoeuvre. Seulement là, on n’apprend pas un métier, on transporte des briques, et quand les travaux sont terminés, on se retrouve dans la même situation.”

A ses côtés, un plus jeune voudrait que sa formation dans le cadre du contrat d’autonomie, un dispositif du plan Espoir banlieues, soit un peu mieux payée (il touche 300 euros par mois). Cette entreprise d’insertion doit lui trouver un travail ou une formation qualifiante au bout de six mois. Le contrat d’autonomie ne fait pas non plus illusion auprès des élus : “Ce dispositif est loin d’avoir fait ses preuves, commente Olivier Klein, premier adjoint de Clichy, ses entreprises d’insertion privées touchent de l’argent à chaque fois qu’un jeune accompagné sort du dispositif. Du coup, on ne touche pas le public- cible annoncé par Fadela Amara, soit les jeunes les plus en difficultés loin de l’emploi. Les résultats sont très décevants.” C’est l’un des rares points d’Espoir banlieues que conteste Olivier Klein.

En conduisant, Ladj Ly montre le nouveau commissariat en construction, les fondements du nouveau gymnase, qui va remplacer celui qui a brûlé pendant les émeutes de 2005, et la Maison de la petite enfance, en face de la mairie de Clichy. Le projet de rénovation urbaine, décidé bien avant les émeutes, a mis du temps à démarrer mais il est bien en route, manque le principal : le tramway et un Pôle emploi. “Ce sont les deux promesses qui pour l’instant ne sont pas tenues”, résume Olivier Klein. Pour lancer le PRU, les villes de Clichy et de Montfermeil ont dû racheter les appartements des copropriétés et les confier à des bailleurs sociaux. Les deux villes, l’une à droite, l’autre à gauche, font face aux mêmes difficultés : des copropriétés en faillite, des transports publics déficients et des bassins d’emplois inaccessibles pour leurs administrés.

Dans certains quartiers de ces villes, le taux de chômage atteint 40 % des habitants. Depuis des années, les deux maires, Xavier Lemoine (UMP) et Claude Dilain (PS) demandent leur désenclavement grâce au prolongement du tramway T4. Mais malgré les annonces de Jacques Chirac au lendemain des émeutes, la déclaration de Nicolas Sarkozy à l’Elysée en février 2008, le tracé du tramway est bloqué par deux villes voisines : Livry-Gargan et Pavillon-sous-Bois.

Les transports publics, c’est l’un des sujets de sketches préférés de Donel Jack’sman, humoriste de Villiers-le-Bel, un temps membre du collectif Juste pour rire : “Nous, à Villiers, s’amuse-t-il, on a la ligne du RER D, D comme danger ou démon.” La rénovation urbaine est moins visible dans cette commune du Val-d’Oise qui reste dans la mémoire récente des Français comme la ville où une centaine de policiers ont été blessés par des tirs d’armes à feu lors de deux nuits d’émeutes, les 25 et 26 novembre 2007 après la mort de deux adolescents tués par une collision avec une voiture de police. Ici, le PRU concerne l’ensemble HLM le plus ancien de la ville, les Carreaux, à côté de la gare RER, et la Cerisaie, une barre de dix étages en copropriété où les achats d’appartements par la mairie ne font que commencer.

Pour Donel, les blessures sont psychologiques dans cette ville. Les rapports entre population et police sont toujours très tendus malgré l’arrivée des Uteq (unité territoriale et de quartier), la police de proximité version plan Banlieues, installée à Villiers depuis mai 2009. Attablé au PMU de la cité du Puy, Donel tente de décrypter les rapports entre jeunes et polices : “Quand j’étais jeune, il y avait la police de proximité. Des policiers, l’été, organisaient des activités pour les jeunes. Aujourd’hui, la police de proximité, ce sont des mecs avec des flash-ball, en rang de bataille et en formation de combat. La première fois que je les ai vus en bas de chez moi à la ZAC, j’ai flippé, ils te mettent un climat de guerre, d’état de siège, c’est très hostile.”

Pour Donel, c’est ce sentiment de ghettoïsation qui n’a pas changé malgré tous les dispositifs : “On nous fait toujours ressentir qu’on est des banlieusards, dans le travail, dans la culture, dans les médias. Et ce sentiment est renforcé par cette justice à deux vitesses qui s’applique différemment, qu’on soit policier ou banlieusard.” par Stéphanie Binet /lesinrocks

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mercredi 28 octobre 2009

Seine-Saint-Denis, l'envers du décor (une enquète passionnante de Luc Broner)

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Quatre ans après la "crise des banlieues", déclenchée par le décès de deux adolescents poursuivis par la police à Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005, la Seine-Saint-Denis connaît toujours une situation exceptionnelle. Malgré la multiplication des annonces ministérielles, le département n'a pas rattrapé son retard en termes d'emploi, d'éducation et de sécurité. La nouveauté, c'est que, à côté des zones extrêmement pauvres, se sont développés des territoires en pleine explosion économique. D'où une question cruciale pour le département et ses 1,5 million d'habitants : comment faire coexister des ghettos sociaux et ethniques et des territoires plongés dans la compétition économique mondiale ?

Radiographie en six points et sans tabous du département français le plus visité par les ministres de la République.

L'immigration, comment faire face ?

Bobigny, lundi 19 octobre, 7 heures du matin, - 2 degrés. Comme tous les jours de la semaine, des grappes d'hommes attendent d'être embauchés devant l'entrée de Batkor, un dépôt de bricolage situé sur la nationale 3. Au vu et au su de tous, une trentaine de clandestins proposent leur main-d'oeuvre aux entreprises du bâtiment ou aux particuliers. A partir de 70 ou 80 euros la journée pour un plâtrier, un plombier ou un maçon. Moins cher encore en négociant les tarifs. La plupart attendent des heures sans succès. Trop de concurrence : "Il n'y a pas beaucoup de clients mais beaucoup de monde qui veut se faire embaucher", se désole Hassan, Turc d'une quarantaine d'années qui essaie de se réchauffer en attendant un éventuel client. Même si le lieu est connu de la police et des élus depuis des années, les interventions n'y font rien : comme l'immigration n'arrête jamais en Seine-Saint-Denis, porte d'entrée sur le territoire français avec l'aéroport de Roissy, de nouveaux candidats se présentent tous les jours, été comme hiver, pour tenter de gagner leur vie. Et les derniers arrivés remplacent ceux qui finissent par trouver des emplois moins exposés.

Entre 1999 et 2006, malgré les politiques de restriction affichées par l'Etat, le nombre d'étrangers dans le département a encore progressé de 22,4 % alors que, dans le même temps, le nombre de Français augmentait seulement de 3,7 %. Dans certaines villes, la proportion d'étrangers dépasse désormais les 30 %, soit près de six fois la moyenne nationale, comme à Clichy-sous-Bois (37,2 %) ou Aubervilliers (34,6 %). Voilà pour les chiffres officiels. Car les autorités estiment qu'il pourrait y avoir entre 100 000 et 300 000 sans-papiers en Seine-Saint-Denis, la plupart non recensés. Soit l'équivalent de villes comme Saint-Denis et Montreuil qui s'ajoutent à la population officielle.

"Le problème n'est pas d'arrêter les flux. C'est totalement illusoire, c'est comme de vouloir arrêter la marée avec ses bras. Le problème, c'est de savoir ce qu'on fait pour ces populations. Or, aujourd'hui, on n'a pas suffisamment de moyens pour assurer leur intégration", relève le maire (PS) d'Aubervilliers, Jacques Salvator. Conséquence : à Aulnay-sous-Bois, Villetaneuse, Clichy, La Courneuve, Stains, Montfermeil, Aubervilliers, notamment, certains quartiers se ghettoïsent et ne comptent quasiment plus de "Blancs". Uniquement des Maghrébins ou des Noirs, parfois des Asiatiques.

"La spécialisation du département se renforce. Tant qu'il n'y aura pas de solidarité régionale ou nationale sur l'accueil de l'immigration, je ne vois pas comment on pourra s'en sortir", regrette Bénédicte Madelin, directrice de Profession banlieue, une des figures de la vie associative départementale. Un constat confirmé par l'Insee : entre 1999 et 2006, la Seine-Saint-Denis a absorbé autant d'étrangers que tous les autres départements d'Ile-de-France réunis, en dehors de Paris.

Les bureaux de cadres blancs, la face cachée du "9-3"

La devanture est discrète. Mais l'intérieur est chic et raffiné et on y croise des Japonais et des Américains, venus pour leur business. Comme à Singapour, New York, Pékin ou... Neuilly-sur-Seine, la chaîne de luxe Marriott vient d'ouvrir un de ses hôtels dans un immeuble moderne de 150 chambres à Saint-Denis au coeur du quartier Pleyel, non loin de la future cité du cinéma de Luc Besson. A 159 euros minimum la nuit, la chaîne vise la clientèle des hommes d'affaires qui fréquentent les quartiers autour du Stade de France, un des territoires les plus dynamiques de la région parisienne.

Depuis dix ans, le nombre de mètres carrés de bureaux a littéralement explosé dans cette zone grâce aux transferts d'entreprises attirées par le faible coût de l'immobilier et l'importance des réseaux de transport. "On sort de décennies de marasme lié à la désindustrialisation", relève Stéphane Peu, vice-président de la communauté d'agglomération de Plaine-Commune, qui regroupe sept villes autour de Saint-Denis. Des sociétés comme Generali, EDF, la Société générale, La Banque postale, par exemple, ont transféré une partie de leurs services ces dernières années. Soit 27 000 emplois privés de plus en dix ans sur le seul secteur de Saint-Denis. D'autres prévoient d'arriver à plus ou moins long terme, comme Orange (2 000 emplois début 2010) et peut-être la chaîne Radisson pour un immense complexe hôtelier autour d'un nouveau palais des congrès.

C'est la face cachée de la Seine-Saint-Denis, en quelque sorte. Mais aussi un nouvel enjeu pour les élus : comment faire cohabiter ces territoires en pleine expansion avec les zones défavorisées, parfois situées à quelques centaines de mètres à peine ? Et comment faire bénéficier les habitants du développement de cette "Défense bis" ? "Les entreprises sont venues en Seine-Saint-Denis avec leurs salariés. Aujourd'hui, le challenge c'est qu'elles se tournent vers les viviers locaux de diplômés, notamment nos 65 000 étudiants", souligne Francis Dubrac, président de l'agence de développement du département.

Un défi considérable tant ces nouveaux quartiers d'affaires ressemblent aujourd'hui à des enclaves. Le matin, entre 8 et 10 heures, les RER amènent de Paris des wagons entiers de cadres blancs, qui repartent le soir par la même voie ; ils croisent les employés de nettoyage ou de sécurité, souvent noirs ou maghrébins, qui arrivent la nuit et repartent le matin aux aurores quand les bureaux se remplissent. Un indice de la puissance des ségrégations ethnique et sociale. Un signe aussi de l'extraordinaire retard de la Seine-Saint-Denis, département le plus jeune de France, en matière de formation. A peine 10 % de la population de plus de 15 ans dispose d'un diplôme supérieur. Contre 38 % à Paris. "C'est un point sur lequel rien, ou presque, n'a bougé depuis quinze ans", regrette Bénédicte Madelin. La conséquence est logique : les entreprises qui voudraient embaucher des diplômés sur place sont parfois contraintes de se tourner vers d'autres départements.

Un département sous perfusion publique

Un immense chantier. Une nationale déviée, des tours rasées, d'autres reconstruites. Des espaces publics transformés. A Aulnay-sous-Bois, comme dans 21 autres villes de la Seine-Saint-Denis, les grues occupent le ciel et les ouvriers s'affairent dans un ballet de camions. Ça démolit, ça creuse, ça bétonne, ça reconstruit depuis des mois, et encore pour des années. Les énormes chantiers de la rénovation urbaine vont mobiliser un peu plus de 4 milliards d'euros sur le département d'ici à 2012. Si les objectifs sont tenus, près de 10 000 logements doivent être détruits, 12 000 reconstruits, 27 000 réhabilités, 33 000 "résidentialisés", comme si une guerre silencieuse était passée par là.

Dans les villes symboles de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, où les investissements publics atteignent près de 500 millions d'euros, les transformations positives sont en cours. "Ça dépasse nos espérances. Tout le monde voit que les grues ont envahi les quartiers et peut sentir que c'est en train de bouger", se réjouit le maire (PS) de Clichy, Claude Dilain. Mais à peine une crise est-elle en voie de résorption qu'une autre risque de surgir : les copropriétés dégradées du bas Clichy, qui n'ont bénéficié d'aucune aide publique : "C'est là qu'arrivent tous ceux qui n'ont pas droit au logement social. Les plus pauvres, ceux qui sont sans papiers. Ils se retrouvent dans des conditions de vie intolérables et voient, en plus, qu'ailleurs c'est en train de changer."

De fait, la rénovation urbaine est loin de tout régler. D'abord parce que plus de 80 % des appartements démolis sont reconstruits sur place, dans les mêmes quartiers, sans que la sociologie de la population évolue. "On repeint les ghettos", selon l'expression de Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité. Ensuite, parce que les financements n'étant pas réactualisés, beaucoup de maires doutent de la réalisation effective de tous les travaux programmés. Enfin parce que la rénovation urbaine a aussi contribué à aspirer une bonne part des crédits publics. Les associations, en particulier, continuent de manquer de moyens et doivent se battre, au quotidien, pour décrocher des subventions. Les communes les plus pauvres ne parviennent à boucler leurs budgets qu'en réduisant au maximum leurs dépenses. Le conseil général, lui-même à court de crédits, ne s'en sort plus. La préparation du budget 2010 se révèle kafkaïenne : avec les chutes de recettes dues à la crise de l'immobilier et les transferts de charges de l'Etat vers les collectivités, le conseil général estime qu'il lui manque 100 millions d'euros sur un budget de 1,5 milliard.

Un laboratoire du futur qui manque de moyens pour le présent

Ils sont plus d'une centaine d'enseignants à manifester devant le siège de l'inspection académique de Bobigny, ce jeudi 22 octobre. Des professeurs des écoles qui protestent contre l'insuffisance des moyens dans l'éducation nationale. A commencer par le manque de remplaçants. "Aujourd'hui, il y a beaucoup de classes sans maître parce qu'il n'y a pas assez de remplaçants", insiste François Cochain, secrétaire départemental du SNUipp, principal syndicat du premier degré. Comme beaucoup de fonctionnaires, les enseignants s'alarment du décalage entre la frénésie des "annonces" ministérielles dans le département et les moyens réels des services publics.

Depuis 2005, il est vrai, tous les plans communication des ministres passent par le "9-3", département à la mauvaise presse mais photogénique pour les hommes politiques. En 2008, la Seine-Saint-Denis a enregistré 174 déplacements ministériels, soit un tous les deux jours en moyenne. Un rythme invraisemblable qui se maintient en 2009 : rien que pour le mois de septembre, la préfecture a comptabilisé 25 visites. Tous les prétextes sont bons : la pose de la première pierre des Archives nationales (François Fillon), l'inauguration de logements étudiants (Valérie Pécresse), la lutte contre les trafics de stupéfiants (Brice Hortefeux), le plan jeunes (Martin Hirsch), une visite de collège privé (Luc Chatel)...

Présentée comme un "laboratoire" du futur, la Seine-Saint-Denis manque paradoxalement de moyens pour le présent. Année après année, les élus locaux se mobilisent pour s'opposer aux fermetures de classes, obtenir des moyens policiers, dénoncer la faiblesse de la pédopsychiatrie, défendre les postes d'adultes-relais, sauver les crédits des associations... "De tous les côtés, discrètement, presque clandestinement, l'Etat pompe de l'argent. Il y a beaucoup de communication et d'agitation médiatique. Mais, dans la réalité, les moyens sont retirés en permanence", explique le maire (PS) d'Aulnay-sous-Bois, Gérard Ségura, contraint de se battre lors de chaque rentrée pour tenter d'éviter des suppressions de classes.

"On est dans la schizophrénie la plus complète. Les ministres viennent tous pour vanter leurs plans. Mais il n'y a plus de moyens de droit commun, notamment sur l'éducation : on avait obtenu 3 000 postes avec le plan d'urgence pour la Seine-Saint-Denis en 1998. Mais, depuis, on les a reperdus", ajoute Claude Bartolone, président (PS) du conseil général, en donnant l'exemple de la scolarisation des enfants de 2 ans dans les ZEP, qui ne concerne plus que 5 % des élèves contre 22 % en 1999.

Sécurité : la violence, un combat jamais terminé

Dans la nuit tombante, les hommes de la police scientifique fouillent la ruelle et le petit square. On voit leurs lampes qui balaient le sol à la recherche d'indices. Deux jeunes de Saint-Ouen viennent de mourir, ce samedi 26 septembre, tués par balles, probablement à cause d'un trafic de stupéfiants. Le corps d'une des victimes est toujours allongé au sol, entre deux voitures. Un policier relève les plaques d'immatriculation des véhicules situés à proximité. Un habitant l'interpelle : "C'est pas trop pénible de ramasser les morts ?" Le policier : "Ça s'était calmé. Mais, en ce moment, il y en a un tous les trois jours." Fin du dialogue.

L'accumulation de faits divers graves, ces dernières semaines, a relancé les interrogations sur la délinquance en Seine-Saint-Denis. Les élus de droite comme de gauche ont réagi en exigeant des moyens supplémentaires. La préfecture de police a rétorqué que les effectifs n'ont jamais été aussi importants (4 913 fonctionnaires en 2009, contre 4 340 en 2003) et que la mise en place du Grand Paris de la sécurité, depuis septembre, va permettre la reconquête des territoires.

De fait, les chiffres ne sont pas bons. Les vols avec violences et les agressions physiques, qui ont le plus gros impact sur les habitants, restent en effet nettement plus élevés que dans le reste de l'Ile-de-France. Deux fois plus fréquents, par exemple que dans les Hauts-de-Seine. "La situation n'est pas satisfaisante. Les habitants souffrent dans certains quartiers de la présence d'individus qui se sont octroyés tous les droits", reconnaît Alain Gardère, directeur de la sécurité de proximité à la préfecture de police.

Sur le front des violences urbaines, la tension n'est jamais retombée depuis 2005, pourtant considérée comme une année exceptionnelle. Le nombre de dégradations et de destructions de voitures, notamment par incendie, n'a pas diminué. Idem pour les violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique, notamment les policiers : 1 472 agressions recensées en 2008 contre 1 137 en 2005. "La situation est maîtrisée mais c'est toujours assez tendu. On sait qu'il faut toujours être vigilant et que ça peut s'envenimer pour trois fois rien", souligne Philippe Prunier, directeur territorial de la sécurité de proximité, en faisant état d'une augmentation significative du nombre de policiers blessés en intervention.

La situation est aussi délicate pour la lutte contre la criminalité. Notamment les réseaux de drogue, que l'Etat promet de faire tomber depuis des années, mais qui sont toujours aussi présents. Il suffit d'ouvrir les yeux. A Saint-Ouen, dans les ruelles à proximité de la mairie. A Drancy, dans la cité du Nord, à côté de la gare RER du Bourget. A Sevran, aux Beaudottes, pas très loin du supermarché. A Stains, au Clos-Saint-Lazare. A Saint-Denis, près de la gare RER - mais depuis la visite sur place du ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, fin septembre, les trafics de crack se sont déplacés sur les villes voisines. "On va travailler sur les trafiquants et sur leur patrimoine", prévient Christian Flaesch, directeur de la police judiciaire parisienne, en annonçant la mise en place d'un "plan stups". Une promesse déjà entendue à de nombreuses reprises par les élus locaux : "Le problème, c'est que chaque fois que la police fait tomber un réseau, l'appât du gain et la misère sociale sont tels que d'autres prennent immédiatement la place", remarque Claude Bartolone. Dans le "9-3", les combats ne s'arrêtent jamais.

La crise, ultime paradoxe

Les hypermarchés pour pauvres ne désemplissent pas. A Villemomble, le week-end, devant un des principaux hard-discounters de la Seine-Saint-Denis, les voitures se garent par centaines, sur le parking et dans les rues aux alentours. Dans les allées, c'est une étonnante cohue pour réussir à circuler entre des rayons encombrés. Après des heures de file d'attente, les clients repartent le coffre plein de nourriture à bas coût. Souvent des produits proches de la date de péremption mais à des prix imbattables.

La Seine-Saint-Denis reste en effet un département pauvre, très pauvre : 50 000 allocataires du RSA, 12 % de la population qui bénéficie de la couverture médicale universelle (CMU), un revenu moyen de 18 800 euros par famille. "Les pauvres sont concentrés en Seine-Saint-Denis. Au fond, ça a l'air d'arranger tout le monde - sauf quand ça explose. Mais ceux qui pensent qu'il suffit d'ériger une ligne Maginot entre les villes riches et les villes pauvres se trompent complètement. Comme en 1940 !", prévient Claude Dilain.

De façon paradoxale, pourtant, le "9-3" échappe pour l'instant, en partie, à la crise économique actuelle. Le taux de chômage n'a pas explosé depuis le début de l'année 2009. Car la vieille image d'un département industriel est fausse. Il reste certes des bastions ouvriers - comme l'usine PSA à Aulnay-sous-Bois -, mais l'industrie et le bâtiment ne représentent plus que 100 000 emplois contre 500 000 pour les services et le commerce. Le département est désormais tiré par le secteur tertiaire et les PME, y compris dans des filières porteuses comme l'assurance, la santé et l'audiovisuel.

Comme un clin d'oeil, BNP Paribas, qui vient d'installer une de ses filiales (3 200 salariés) à Pantin, communique désormais à grand renfort de publicités sur le fait d'être le premier employeur privé du département. "Il y a dix ans, je m'engueulais avec les patrons des grands groupes. Aujourd'hui, c'est eux qui viennent nous démarcher ou qui participent aux colloques sur les discriminations", se félicite Claude Bartolone, convaincu que les entreprises ont pris le virage de la diversité et que cela peut aider son département à passer le cap de la crise.  (Le Monde)

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La politique de la ville sur la sellette, faute de résultats

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Faut-il repenser la politique de la ville ? Le débat agite le gouvernement et la majorité, inquiets des résultats médiocres obtenus par la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, depuis le lancement de sa dynamique Espoir banlieues.

Luc Bronner (Le Monde)

Selon nos informations, le prochain rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), qui sera rendu public en novembre, devrait montrer que l'écart entre les zones urbaines sensibles (ZUS) et le reste du territoire ne s'est pas réduit depuis les émeutes de l'automne 2005. Avec 17,9 % de chômeurs dans les ZUS fin 2008, le taux de chômage est resté deux fois plus important dans les quartiers de la politique de la ville que dans les autres zones urbaines. Plus inquiétant, le taux de chômage des hommes, entre 15 et 24 ans, atteignait 41,9 % fin 2008 contre 36,9 % fin 2006.

BILAN LIMITÉ SUR L'EMPLOI

"Si on n'avait rien fait, ce serait bien pire", défend l'entourage de Fadela Amara, devant ces piètres résultats. Le bilan des actions présentées par Nicolas Sarkozy, en février 2008, coordonnées par la secrétaire d'Etat, apparaît pourtant très limité. En particulier sur l'emploi. Les "contrats d'autonomie", censés permettre l'insertion des jeunes, n'ont pas fonctionné.

A peine 12 425 contrats avaient été signés, début septembre, sur les 45 000 prévus d'ici à 2011. Parmi eux, seules 887 "sorties positives" vers un CDD, un CDI ou une formation ont été enregistrées. "Le dispositif a été conçu avant la crise. Or, celle-ci a conduit les mieux armés à être licenciés. Et ils se sont trouvés en concurrence avec les jeunes faiblement diplômés", explique Mohammed Abdi, conseiller spécial de Fadela Amara.

Les autres dossiers (éducation, transport, santé, etc.) ont évolué au gré de la volonté des ministres en charge de chacun des secteurs. Avec, globalement, des résultats limités. "Le président de la République a demandé à chaque ministère d'établir un programme. Mais leur participation est très inégale", reconnaît M.Abdi.

Le seul point sur lequel tous les observateurs s'accordent pour souligner une avancée significative concerne la rénovation urbaine – opérations de démolition, réhabilitation ou aménagement urbain – mise en œuvre dans 470 quartiers. Mais le bénéfice politique de ce projet est mis au crédit de Jean-Louis Borloo, à l'origine de l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), lorsqu'il était en charge du dossier en 2003.

Fadela Amara a changé de stratégie. Alors qu'elle a longtemps affirmé que le problème de la politique de la ville n'était pas une question de moyens, elle a multiplié, ces dernières semaines, les demandes budgétaires. "J'ai besoin d'argent. J'ai besoin de plus de moyens pour réussir la mission que m'a confiée le président de la République", souligne-t-elle.

Elle tente actuellement de récupérer 10 millions d'euros amputés à son budget en 2010, et réclame le lancement d'une nouvelle étape de la rénovation urbaine après 2012. Elle a aussi suggéré que le grand emprunt national serve à financer des projets dans les quartiers.

REMISE À PLAT

Dans ce contexte délicat, la majorité réfléchit à une remise à plat plus large de la géographie de la politique de la ville. En dépit de ses abords techniques, le débat est fondamental : à quel niveau doit s'organiser la solidarité entre territoires riches et quartiers pauvres ? Comment répartir les moyens et déterminer les territoires prioritaires ?

Deux parlementaires UMP, Gérard Hamel et Pierre André, ont rendu, fin septembre, un rapport qui constate l'échec du modèle actuel, fondé sur une approche quartier par quartier, zone par zone (zones urbaines sensibles, zones franches urbaines, zones de redynamisation urbaine, etc.).

"L'intervention par zonage enferme les quartiers sur eux-mêmes plutôt que de contribuer à leur meilleure insertion dans la ville", constatent les parlementaires. Dans cette logique, ils préconisent de supprimer les ZUS et d'organiser la politique de la ville à l'échelle des communes. Ces dernières signeraient des contrats avec l'Etat, à charge pour les maires de mettre en œuvre, ensuite, leurs propres actions en fonction de leurs priorités.

Une partie de la politique de la ville serait ainsi décentralisée au niveau communal. L'entourage de Fadela Amara s'oppose à cette approche, jugée "dangereuse". "Il faut sans doute faire l'inventaire des territoires pour voir ceux qui doivent être aidés ou pas. Mais il faut que l'Etat continue à cibler les quartiers les plus difficiles et y concentre les moyens", explique M. Abdi.

Prudent, le premier ministre François Fillon a annoncé une "large concertation" sur le sujet avant des décisions en 2010. Le comité interministériel des villes (CIV), qui devait avoir lieu début octobre, a été repoussé à une date indéterminée.

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"La justice a du mal à penser qu'un jeune de banlieue puisse aussi être une victime

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Jean-Pierre Mignard, avocat

Un éternel recommencement. Un quartier de Fréjus (Var) vient de connaître deux nuits de violences urbaines après le décès d'un jeune homme qui avait voulu échapper à un contrôle routier, dimanche 25 octobre. Ces explosions de colère récurrentes interviennent quelques mois après des épisodes similaires à Bagnolet, Firminy et Amiens. Elles font aussi écho aux nuits d'émeutes provoquées par le décès de deux jeunes à Villiers-le-Bel en novembre 2007 et à Clichy-sous-Bois en octobre 2005.

Dans le premier dossier, la juge d'instruction vient de rendre une ordonnance de non-lieu en faveur des policiers. Dans le second dossier, la justice n'a toujours pas terminé l'instruction, quatre ans après les faits. Avocat des familles dans ces deux affaires, Jean-Pierre Mignard, par ailleurs membre du conseil national du PS, s'interroge sur l'attitude des pouvoirs publics face à ces situations de crise.

La justice fonctionne-t-elle correctement sur les affaires impliquant jeunes de banlieue et policiers ?

A l'évidence, non. Je constate des similitudes pour Clichy-sous-Bois et Villiers-le-Bel. Dans les deux dossiers, le pouvoir n'a pas immédiatement désigné de juge d'instruction pour conduire des investigations indépendantes. Sa logique était de confier les affaires au parquet, dont on sait qu'il est subordonné à l'exécutif. Dans les deux cas, cela a contribué à alimenter un climat de suspicion sur l'impartialité de l'enquête et nourri les violences, parfois très graves, qui ont eu lieu. A Clichy-sous-Bois, il avait fallu huit jours, à Villiers-le-Bel trois jours, pour que des juges soient désignés. Même si je n'ignore pas que d'autres facteurs ont pu intervenir, à chaque fois le calme est revenu très vite dans ces deux villes après l'annonce d'enquêtes indépendantes.

La désignation d'un juge d'instruction est-elle une garantie suffisante ?

Cela change fondamentalement la situation, car cela donne aux familles des victimes la possibilité d'accéder au dossier et de comprendre ce qui s'est passé. C'est donc un facteur de pacification. Tant qu'on reste dans l'ignorance, ce sont les rumeurs qui circulent, avec le risque de favoriser les violences. Mais cela ne fait pas tout : si on prend l'exemple de Clichy-sous-Bois, l'enquête a inutilement traîné en longueur, sur plus de quatre ans. Trois juges se sont succédé, dont l'un qui a tout repris à zéro, alors que l'enquête était quasiment terminée. Cela explique qu'on ait eu deux reconstitutions et trois transports sur place. Quatre années, c'est considérable : j'y vois le signe d'une volonté d'obstruction. Comme s'il fallait absolument gagner du temps avant que l'affaire n'apparaisse publiquement devant un tribunal.

Clichy-sous-Bois et Villiers-le-Bel impliquaient les mêmes acteurs principaux : jeunes contre policiers. Les traitements judiciaires ont-ils été similaires ?

Au fond, l'institution judiciaire a du mal à penser qu'un jeune de banlieue puisse aussi être une victime. Elle agit comme s'il ne fallait pas porter atteinte au moral des fonctionnaires de police, comme on disait, en temps de guerre, qu'il ne fallait pas porter atteinte au moral des troupes. Je crains que cette logique de guerre mentale, qui ne dit pas son nom, produise des effets délétères et qu'on vive bientôt ce que les Etats-Unis ont connu il y a quelques décennies en termes de violences. Cette situation est très dangereuse. Pour les jeunes, bien sûr. Pour les policiers, qui sont les victimes directes de ces rumeurs. Pour la République, aussi, parce que la loi perd sa force. Il est impératif de chercher à restaurer un climat de confiance. Car, sans justice, les politiques sociales, scolaires, urbaines ne pourront jamais être efficaces.

Propos recueillis par Luc Bronner (Le Monde)

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mercredi 21 octobre 2009

«Des médias encore périphériques»

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Julie sedel. sociologue, juge les expériences de journalisme en banlieue.

Par THOMAS HOFNUNG

Auteur des Médias et la Banlieue (éditions l’INA/Le Bord de l’eau), la sociologue Julie Sedel revient sur le malaise entre médias et quartiers.

Le regard des médias sur les banlieues a-t-il changé depuis les émeutes de 2005 ?

Pas réellement. Les journalistes, paradoxalement, ne font plus beaucoup de terrain. Pris dans des contraintes économiques et de délais, ils n’ont pas le temps d’enquêter et de recouper les informations. Ils ont souvent recours à des informations fournies clés en main par les institutions. Du coup, les journalistes relaient en grande partie leur vision des banlieues.

Les médias font toujours face à une grande méfiance dans les quartiers. Que faire pour rétablir la confiance ?

Les banlieues sont devenues un enjeu médiatique et politique depuis les années 90. Les reportages se sont multipliés. Et les erreurs aussi. Or les habitants des quartiers ont de la mémoire. Quand j’ai enquêté, pour mon livre, sur un reportage à Gennevilliers, les gens ne cessaient de faire référence à un autre reportage, tourné dix ans plus tôt. Ils sont très sensibles à leur image. Par exemple, mettre l’accent sur la délinquance, c’est pointer quelque chose de honteux pour les familles. Cela dit, il y a une vraie ambivalence : on appelle aussi les journalistes pour qu’ils mettent en valeur une initiative. Les journalistes ne sont pas perçus collectivement comme des ennemis.

L’intégration dans les rédactions de journalistes issus des quartiers peut-elle changer la donne ?

Montrer à ces jeunes qu’ils y ont leur place est certes très important, encore faut-il savoir combien d’entre eux bénéficient de ces mesures, quel statut ils occupent dans les rédactions. Il ne faudrait pas que le thème de la «diversité» se substitue à celui des inégalités sociales. En France, on observe une fermeture du milieu journalistique sur lui-même, semblable à celle de la sphère politique. Par exemple, on ne parle plus du monde ouvrier. Cela traduit l’éloignement des journalistes de cette réalité-là du fait de leur recrutement social. Le modèle de journalisme «professionnel», ayant une compétence technique, a pris le pas sur une forme de journalisme plus militant, mettant en avant des dispositions plus «intellectuelles». Résultat : dans les journaux, ce sont souvent les petits jeunes qui se collent aux questions sociales. Ce n’est pas valorisant et valorisé dans les rédactions.

Faut-il, dès lors, sous-traiter cette information à des médias installés dans les quartiers populaires ?

L’expérience du BondyBlog et d’autres sites de journalisme participatif créés dans la foulée des émeutes de 2005 ont eu un impact sur le traitement de ces quartiers. Mais les médias de quartiers restent périphériques. Par ailleurs, qu’est-ce qu’une information «des quartiers» ? C’est une catégorie qui ne va pas de soi. Cependant, s’ils permettent d’offrir à certaines fractions des milieux populaires la possibilité de s’exprimer, donc, de participer au débat public, ces médias pourront insuffler le cours des représentations. (Libération.fr)

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mercredi 30 septembre 2009

Saïd Bouamama « La stigmatisation des quartiers populaires empêche toute critique sociale »

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Entretien avec le sociologue Saïd Bouamama, chargé de recherche à l’IFAR (Intervention, formation, action, recherche) de Lille.

Auteur de nombreux ouvrages, Saïd Bouamama revient dans son dernier livre (1) sur vingt ans d’observation et de - recherche concernant les rapports entre la paupérisation des quartiers populaires, leur ethnicisation et les idéologies libérales qui en tirent profit. Le sociologue dissèque le culturalisme, présenté souvent comme la seule explication des problèmes des quartiers populaires : leurs habitants ne s’en sortiraient pas du fait d’une religion, d’une culture ou d’un mode de vie différents. Saïd Bouamama dénonce cette posture stigmatisante qui évacue les causes socio-économiques du contexte difficile dans lequel évoluent certains territoires.

L’idéologie de la méritocratie républicaine est de plus en plus prégnante et sans cesse mise en avant par Nicolas Sarkozy, notamment à destination des quartiers populaires. Comment analysez-vous ce discours ?

Saïd Bouamama. Il y a deux manières de - répondre aux revendications d’une population qui vit une injustice. La première consiste à s’attaquer aux causes structurelles et à ce qui produit de la précarité. La seconde permet de ne pas toucher à la structure du système inégalitaire, tout en donnant l’illusion d’agir. C’est-à-dire - ouvrir le système à la marge en faisant monter une couche moyenne issue des milieux populaires et de l’immigration. Ce fonctionnement n’est pas sans rappeler la formation d’une élite indigène à l’époque coloniale. Automatiquement les personnes promues deviennent individualistes et reproduisent le discours d’une réussite uniquement due à leurs propres efforts. Les dominants n’ont guère besoin de leur demander de cracher sur les milieux populaires, ils le font spontanément.

Dans votre livre, vous constatez l’émergence d’un nouveau rapport de classes fondé sur l’ethnicisation. Comment fonctionne-t-il ?

Saïd Bouamama. Progressivement, un marché ethnicisé du travail s’est mis en place avec des secteurs et des emplois dont les modes de recrutement et de promotion interne sont fondés sur des critères ethniques. On pourrait croire à une forme de favoritisme ; en réalité, la vraie question est de savoir quelle est la nature de ces emplois ? L’immigration étant une variable d’ajustement structurelle, les populations précaires et immigrées sont les premières entrées mais aussi les premières sorties. Cette gestion ethnicisée s’appuie sur une source externe, les sans-papiers, et une source interne, les jeunes issus de l’immigration. Ces derniers sont contraints à cause de la discrimination de revoir à la baisse leurs prétentions. Combien de jeunes femmes issues de l’immigration, avec des bac+4, des bac+5, sont forcées de travailler dans le nettoyage industriel ? C’est aberrant. Le marché ethnique du travail est un outil parmi d’autres de la précarisation de la condition salariale.

Comment s’explique cette situation de discrimination par le travail ?

Saïd Bouamama. Pour que ce système puisse fonctionner correctement, il faut ajouter une idéologie qui rende cette situation non révoltante. Par exemple, les Noirs seraient meilleurs pour les emplois de - videurs, parce qu’ils seraient plus diplomates… Les Maghrébins, eux, seraient - naturellement bons dans le bâtiment ; les Asiatiques, minutieux pour la confection… Il y aurait ainsi des capacités ethniques, des qualités plutôt que des qualifications. La stratégie consiste à faire admettre au plus grand nombre l’évidence de cantonner les Noirs ou les Maghrébins à un certain profil de postes. Dans les entretiens d’embauche, il existe des mécanismes discriminatoires qui ne nécessitent pas d’être - raciste pour les appliquer. Le recruteur aura tendance à prendre quelqu’un qui lui ressemble. Mais, comme les populations issues de l’immigration n’ont pas historiquement accès à certains postes, chacun - reproduit à son niveau. Je ne pense pas que la solution soit dans la morale, dans l’éducation civique ou dans l’antiracisme. Même s’il est nécessaire de maintenir une lutte contre l’intolérance et contre les - racismes, il s’agit plus ici de combattre les inégalités socio-économiques.

L’ethnicisation des rapports s’intègre dans une grille de lecture explicative plus large, que vous appelez le culturalisme. De quoi s’agit-il ?

Saïd Bouamama. Le culturalisme est l’explication de la réalité sociale à partir du seul facteur culturel. Il s’est imposé par une - récupération libérale d’une aspiration et d’une revendication justes et progressistes : la reconnaissance de la diversité culturelle française et le refus de la logique assimilationniste. Pendant les années cinquante et soixante, les quartiers populaires d’une part et l’immigration d’autre part sont analysés à partir des concepts de « classes » et de « lutte des classes ». Les décennies 1970 et 1980 seront, elles, caractérisées par des luttes visant à intégrer la diversité des - composantes de la classe ouvrière et des milieux populaires dans les revendications. En France, la Marche pour l’égalité de 1983 et le mouvement Convergence 84 pour l’égalité revendiquent la nécessité du droit à la différence à partir de la dissociation entre citoyenneté, nationalité et culture. Et les think tanks libéraux de la décennie 1980 vont, comme pour d’autres thèmes, récupérer une revendication juste en la détournant de sa cible. En absolutisant le facteur culturel, les libéraux visent à éliminer les explications sociales et économiques des faits. Le culturalisme a alors été adopté non pas comme prise en compte de la diversité, mais comme négation du facteur social. La - culture devient peu à peu la seule explication des difficultés rencontrées dans les milieux populaires. L’État libéral y gagne considérablement puisque les difficultés ressenties sont désormais imputées à la « culture des pauvres » ou à la « culture des immigrés ». Ainsi, en novembre 2005, les - révoltes des quartiers populaires ont-elles été présentées par le chef de l’État lui-même comme « culturelles » : la polygamie, l’intégrisme, les parents démissionnaires, etc.

Ces arguments culturalistes sont souvent repris pour expliquer les violences dans les quartiers. Reprenons l’exemple des parents démissionnaires. Comment l’analysez-vous ?

Saïd Bouamama. On peut dire que l’ampleur de la crise économique amène un certain nombre de parents à gérer d’autres problèmes que ceux de l’éducation de leurs enfants. Il arrive qu’ils se sentent dépassés. Et heureusement que les mécanismes associatifs leur permettent de ne pas rester seuls face à ces questions. Si les parents peuvent se sentir impuissants, ils n’ont jamais été dans la démission. C’est un terme scandaleux. Tous les parents, qu’ils y arrivent ou pas, veulent le meilleur pour leurs enfants. Je n’ai jamais rencontré une personne souhaitant le pire à ses enfants. La thèse de la démission des parents permet, à mon sens, d’éluder la question des enjeux sociaux. On glisse un peu vite d’une fragilisation des parents issue des politiques mises en oeuvre par les classes dominantes à une vision culturaliste capacitaire selon laquelle ils ne sont pas aptes à s’occuper de leurs enfants. On - revient alors doucement à ce discours développé sur les familles ouvrières, qui avaient besoin d’être « moralisées » par des assistantes sociales. Historiquement, l’idée demeure que les gens du peuple ne savent pas éduquer leurs enfants. C’est d’un mépris - extraordinaire qui permet de justifier toutes les exclusions de droit.

En quoi cette conception culturaliste va-t-elle instaurer des divisions entre « dominés » ? Saïd Bouamama. Si le facteur culturel est la principale explication des problèmes d’une certaine frange de la population, alors quel est le point commun entre deux personnes qui ont des cultures différentes ? Lorsque le niveau de classe sociale, qui unissait auparavant les précaires, devient secondaire, il ne reste que la différence de - culture. En plus de cela, l’arrivée d’une crise économique signifie toujours une concurrence accrue pour les biens rares. Chacun va tenter de mettre en avant ce qu’il estime être des atouts pour accéder à des biens.

D’où viennent ces catégorisations essentialistes ?

Saïd Bouamama. Ces catégories viennent d’un imaginaire colonial non déconstruit et non combattu par la société française. Les manuels d’histoire ont fait l’impasse sur l’analyse de ces imaginaires. Car, une fois la guerre d’Algérie terminée, l’État français a considéré qu’il pouvait tourner la page. Or, le départ des soldats français et des colons n’ont pas du tout suffi à - décoloniser les imaginaires. Les entretenir revient à faire un excellent cadeau au libéralisme pour diviser les pauvres entre eux.

Les médias parlent souvent des « jeunes de banlieue » comme d’une entité dangereuse et violente. À quoi correspond cette diabolisation ? Saïd Bouamama. Il suffit de répondre par une autre question : quelle est la catégorie aujourd’hui qui est entrée en lutte dans toutes ses composantes : lycéennes, - ouvrières, sans-emplois ? Ce sont les jeunes. Quand on observe le traitement des mouvements lycéens et celui des quartiers populaires, la différence est flagrante. Il y a les bons jeunes et les mauvais. Imaginons qu’une diversité des jeunesses cesse de s’opposer les unes contre les autres. Imaginons que les divisions ne fonctionnent pas, ce serait un ciment de contestation à craindre par le pouvoir. Présenter la jeunesse des quartiers populaires comme une classe dangereuse relève d’une stratégie politique. Cela ne veut pas dire que la violence n’existe pas dans les quartiers populaires, ni qu’elle n’est pas de plus en plus déstructurée. Simplement, cette violence est d’abord subie avant d’être agie. Quand on interroge des jeunes des quartiers sur leurs rêves, les réponses ne sont pas irrationnelles ou désordonnées. Pour le dire vite : ils veulent un boulot, un logement et une voiture. Ce qui est scandaleux, c’est que ce minimum de « normalité » soit vécu comme inaccessible pour une grande partie de la jeunesse. Cela conduit, pour certains jeunes, à une mise en scène d’un - rejet du travail. Ils disent souvent : « Moi, je ne veux pas être un esclave. » C’est là transformer une contrainte en choix pour garder la tête haute. Il y a de l’exigence de - dignité dans tout cela.

Vous expliquez en partie le bouleversement de la sphère familiale par les déréglementations économiques. Quelles ont été les étapes de cette déstructuration ?

Saïd Bouamama. La culture ouvrière a été massivement déstabilisée dans certains territoires, où le taux de chômage est passé en vingt ans de 8 % à 45 %. Non seulement les gens ont été mis à la rue, mais on a réussi à leur faire croire qu’ils en étaient responsables. Le travail cristallisait l’image de la famille. La montée du chômage est allée de pair avec un fort recul de la fierté d’être - ouvrier. Un père que j’interrogeais me - disait : « Comment je peux interdire à mon fils de rentrer au-delà d’une certaine heure, si je ne le nourris même plus et que je vis de ses allocations ? » La perte objective des emplois n’a même pas pu être compensée par un réseau associatif, culturel ou politique valorisant. Les dégâts auraient été moindres si on avait eu une offensive culturelle - ouvrière.

Y a-t-il eu un abandon des quartiers populaires par les partis de gauche ?

Saïd Bouamama. Pour moi, la gauche française a eu une vision essentialiste des quartiers populaires. C’est-à-dire qu’elle a sous-estimé la diversité des milieux populaires et les clivages qui pouvaient exister. Les clivages ne sont pas insurmontables si et seulement si on les travaille. Le discours du « tous des ouvriers » a masqué les inégalités qui étaient en train de se construire. Par ailleurs, la gauche française a considéré les enfants issus de l’immigration comme acquis à la gauche. Elle n’avait donc pas d’efforts à faire. Autre écueil des partis de gauche : un rapport paternaliste. La gauche n’a pas décolonisé ses esprits et n’a pas pris la mesure du combat. Pour que ces jeunes Français puissent se reconnaître dans les autres combats, encore faut-il qu’ils soient pris en compte sur leur propre oppression.

Considérez-vous le modèle d’intégration français comme un échec ?

Saïd Bouamama. Pour moi, ce n’est pas un échec mais un mythe. Le concept d’intégration nous empêche de penser la réalité. L’intégration n’est pas une formule magique. Il s’agit d’un mythe car même pour les immigrations européennes, il n’y a pas eu « d’intégration nationale » mais une « intégration de classes ». Il paraît impossible de demander aux immigrés des anciennes colonies françaises d’être dans une logique d’assimilation. Cela - impliquerait l’abandon de leur trajectoire. Le mythe est encore plus problématique et visible pour les jeunes Français issus de l’immigration qui, eux, sont nés français, socialisés et culturellement français. À ces derniers on pose toujours la question de l’attestation française. Il s’agit d’une parade pour éluder la vraie question : celle des discriminations racistes comme vecteur de la reproduction des inégalités sociales.

Pendant longtemps, l’école a été considérée comme un moyen de réussite. Pourquoi ?

Saïd Bouamama. L’école républicaine a permis à « l’élite » des classes populaires de pouvoir tirer la famille vers une promotion sociale. Mais l’école reste aussi le lieu, y compris au moment des Trente Glorieuses, où on orientait massivement les enfants d’ouvriers vers des emplois manuels. La - sélection à base de catégories sociales a toujours existé. Le système scolaire continue à fonctionner comme un mécanisme de tri des orientations en fonction de la classe sociale d’appartenance, mais aussi en fonction de la couleur de peau. On cultive cette focalisation des parents sur l’école comme fonction de réussite sociale. Du coup, lorsque l’école ne remplit pas le contrat, les parents la fustigent. Ils finissent par perdre de vue que l’école peut d’autant moins pallier les problèmes sociaux que l’État lui enlève les moyens nécessaires pour donner à tous un enseignement de qualité. Le mythe d’une école qui aurait été inégalitaire permet d’opposer parents et enseignants alors qu’ils sont victimes des mêmes politiques libérales.

L’idée des quartiers comme repaires de communautaristes fait-elle partie de la stratégie de stigmatisation d’une catégorie de la population ? Saïd Bouamama. Oui. Si on observe la manière dont se structurent les territoires, on se trouve face à des politiques sociales qui restreignent le champ des possibles pour certains. Donc, il s’agit avant tout de productions systémiques. Ceux qui précisément ne choisissent pas de vivre ensemble et dont la situation sociale ne permet pas d’aller ailleurs que dans les cités HLM sont taxés de communautaires. Or, il y a communautarisme à partir du moment où on choisit volontairement de se regrouper. S’il faut parler de communautarisme, c’est celui des riches qu’il faut analyser car eux choisissent de vivre dans l’entre-soi. Le repli communautaire serait lié à la - culture des gens et serait la cause des problèmes. Ce repli n’est en fait que la conséquence des politiques sociales. Dans le discours sur le communautarisme des quartiers populaires, il y a aussi le discours sur l’islam. Les jeunes issus de l’immigration seraient plus musulmans que leurs parents et surtout adeptes d’un islam plus agressif. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas plus - religieux que leurs parents. Simplement, ils sont Français et ne veulent plus de l’injonction d’invisibilité qui était faite à leurs parents. De manière plus globale, ces jeunes se sentent regardés comme non-Français et comme immigrés. Pourquoi l’injonction d’aimer la France leur est - demandée et pourquoi ne l’est-elle pas aux « autres jeunes ». Je ne connais aucun Français qui aime toute la France. On ne peut pas aimer à la fois les Communards et les Versaillais.

(1) Vient de paraître les Classes et quartiers populaires. Paupérisation, ethnicisation et discrimination, de Saïd Bouamama. Éditions du Cygne, 2009. 22 euros. Entretien réalisé par Ixchel Delaporte

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vendredi 21 août 2009

«Bagnolet, comme d’autres villes proches de Paris, s’américanise»

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A Bagnolet, Mohamed Hakem regrette la police de proximité, qui permettait «d'instaurer un dialogue». (VINCENT NGUYEN / RIVA-PRESS)

Dix jours après la mort d'un jeune motard poursuivi par la police, l'adjoint au maire de Bagnolet en charge de la jeunesse et des quartiers, revient sur la situation des villes de banlieue.

Le 9 août, Yakou Sanogo, 18 ans, se tuait à moto dans les rues de Bagnolet, poursuivi par la police, après avoir voulu échapper à un contrôle. Immédiatement après, plusieurs habitants de la ville avaient mis en cause la responsabilité de la police, et plusieurs voitures avaient brûlé, nécessitant une intervention policière musclée. Pour autant, le calme était revenu rapidement, contrairement à d'autres conflits urbains de ce genre dans les banlieues parisiennes. Retour avec Mohamed Hakem, adjoint au maire de Bagnolet en charge de la réussite des jeunes et de la vie sociale des quartiers, sur la situation des banlieues.

Dix jours après l'accident qui a coûté la vie au jeune Yakou Sanogo, mort en percutant à moto une barrière métallique après une course-poursuite avec la police, la tension est retombée relativement vite à Bagnolet (une trentaine de véhicules ont tout de même été incendiés). Comment l'expliquez-vous ?

Ceux qui imaginaient que des émeutes au long cours allaient se produire comme ce fut le cas sur de malheureux précédents du type Clichy-sous-Bois ou Villiers-le-Bel se sont trompés. On a coutume de dire ici que Bagnolet est «un village». Il s'agit d'une petite ville de 32 000 habitants au sein de laquelle le maillage associatif et le lien social est extrêmement fort. La municipalité est implantée dans chaque quartier par le prisme de cinq centres d'action sociale qui, depuis de nombreuses années, agissent pour créer avec les habitants des rapports humains sur du long terme. En banlieue, le seul investissement qui paye est celui des liens interculturels et intergénérationnels qui se nouent entre la ville, les animateurs, et les habitants. Ce sont ces relations privilégiées et établies sur la durée qui ont permis d'éteindre l'incendie, par la sensibilisation autour d'un message de paix.

Comment recevez-vous le message de colère exprimé par ces jeunes qui ont recours à la violence ?

Nous ne cautionnons absolument pas les événements intervenus car les premiers perdants de ce genre d'actes de violence urbaine sont les jeunes des quartiers eux-mêmes. En brûlant les voitures de leurs proches ou de leurs voisins, une minorité de perturbateurs accentue la misère de personnes qui se trouvent dans la même situation d'urgence sociale. Mais il est vrai que, de la part des jeunes, cette violence n'est pas gratuite et illustre un moyen d'exprimer un ras-le-bol face à la société actuelle. Le durcissement des rapports avec la police s'explique par l'inactivité, et l'enclavement social dont certains jeunes sont victimes. Défier la police, c'est défier la République qui depuis longtemps ne leur tend plus les bras. A ce titre, nous regrettons la police de proximité qui permettait d'instaurer un dialogue entre les fonctionnaires et la population des quartiers. A Bagnolet, dans le quartier des Malassis, 35% des 18-30 ans sont au chômage. Certains garçons issus des zones sensibles envoient parfois plus d'une centaine de CV pour postuler à des offres d'emploi, mais ne reçoivent qu'une poignée de réponses négatives. A force d'être perpétuellement rejetés, et enfermés dans ce rôle de «racaille», «d'indésirable», les jeunes finissent par endosser ce rôle, et s'enferment ainsi dans la caricature que la société se fait d'eux-mêmes. L'idée, c'est un peu : «Vous voulez que nous soyons des racailles alors nous allons vraiment le devenir.»

On sent une certaine impuissance de votre part, comment tentez-vous de rompre avec cet engrenage qui semble incontrôlable ?

Malheureusement, Bagnolet, comme beaucoup d'autres villes de la périphérie parisienne, s'américanise. Je veux dire par là que les ressentiments se radicalisent. La réalité urbaine obéit de plus en plus à un cloisonnement social. Nous assistons par exemple à une multiplication des situations de familles en détresse : des mères célibataires de plus en plus jeunes, des petits trafics, de nombreux jeunes emprisonnés pour de «petits» délits. Parfois, ça ressemblerait presque un peu au Bronx. Alors comment s'en sortir ? En mettant en place des projets, encore, et toujours. Nous ne baisserons pas les bras. Certains jeunes n'ont besoin que d'un petit coup de pouce pour se prendre en main. Aidons les à s'échapper de cette réalité morose qui les minent, en leur proposant des loisirs, des perspectives d'embauches.

Brice Hortefeux, le ministre de l'Intérieur, a déclaré qu'il désirait mettre en place le 31 août, une rencontre commune entre l'Etat et les associations, afin de discuter des relations entre les jeunes et la police. Qu'en pensez-vous ?

Je vais être parfaitement clair. Cette annonce étant intervenue tout de suite après les événements, nous pensions que les associations de Bagnolet allaient être conviées à ce rassemblement. Mais à l'heure actuelle, ni la mairie, ni les structures collectives n'ont été contactées. C'est un peu étrange. De même, nous ne savons toujours pas si Brice Hortefeux compte venir faire une visite à Bagnolet. Cette initiative de discussion autour d'une table peut-être intéressante s'il ne s'agit pas d'un énième coup politique. Si, comme d'habitude, aucune association locale n'est invitée, et que les seuls participants se nomment SOS Racisme et Ni putes ni soumises, organismes politiques par excellence, alors cette idée ne nous intéresse pas. Elle n'apportera rien à la banlieue puisque ces acteurs sont déjà sollicités sur la question depuis un certain temps et rien ne change véritablement. Recueilli par WILLY LE DEVIN

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samedi 15 août 2009

La politique de « la racaille » ne fait plus recette

hortefeux

Après la mort d’un jeune de Bagnolet, Brice Hortefeux tente de renvoyer une image plus conciliante que celle de son mentor de l’Élysée.

Prudence. Réagissant au décès du jeune Yakou Sanogo, mort dimanche soir à Bagnolet en tentant de fuir un contrôle de police, Brice Hortefeux a adopté un ton d’une surprenante retenue. L’enquête confiée à l’IGS sur les circonstances du drame devra être « honnête, approfondie et transparente », a-t-il affirmé, mardi, au Parisien. Une posture bien différente de celle adoptée à l’automne 2005 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, au lendemain de la mort de deux adolescents poursuivis par la police à Clichy-sous-Bois. « Lors d’une tentative de cambriolage, lorsque la police est arrivée, un certain nombre de jeunes sont partis en courant, avait soutenu celui-ci. Trois d’entre eux qui n’étaient pas poursuivis physiquement par la police sont allés se cacher en escaladant un mur d’enceinte (…) qui abritait un transformateur. » Une version des faits qui s’est vite révélée mensongère. C’était quelques semaines après les tristement fameux propos sur le « nettoyage au Karcher » et sur la « racaille », véritables slogans de la droite sarkozyste dans sa conquête du pouvoir.

L’actuel hôte de la Place Beauvau, c’est certain, tente aujourd’hui de renvoyer une image plus conciliante que celle qui colle encore à son mentor de l’Élysée. D’où sa proposition de réunir, le 31 août, des associations, en vue de « faciliter et faire progresser les rapports entre la jeunesse et les forces de sécurité ». Une initiative qui contraste, du moins en façade, avec les propos que tenait Nicolas Sarkozy à Toulouse, le 4 février 2005, en s’adressant à des policiers. « Vous n’êtes pas des travailleurs sociaux. Vous êtes là pour arrêter les voyous, pas pour organiser des matchs de foot », avait-il lancé.

Le fonds de commerce du tout-sécuritaire serait-il devenu moins rentable ? « Ils sont conscients de leur échec complet dans ce domaine. Sur fond de casse sociale dans les banlieues, la suppression de la police de proximité a rompu la confiance et encouragé un rapport de confrontation », analyse Marie-George Buffet. La secrétaire nationale du PCF et députée de Seine-Saint-Denis, qui attend des « actes, et pas seulement une table ronde au ministère », a demandé à Brice Hortefeux que les élus de banlieue soient « consultés » et associés à un large débat.

Un débat qui ne saurait se réduire, aux yeux de Marc Everbecq, le maire communiste de Bagnolet, à la seule question du rapport entre les jeunes et la police. « Les discours de stigmatisation aux relents racistes ont contribué à faire de la figure du jeune issu de l’immigration l’incarnation du diable, pour entretenir dans toute la société la division, l’anxiété, la méfiance », analyse-t-il, en plaidant pour « une authentique prise de parole de la jeunesse, au-delà du filtre de représentants autoproclamés ». Pour l’élu, la posture choisie par la Place Beauvau dissimule mal une volonté de « verrouiller le débat ». Pour esquiver « les questions fondamentales de l’éducation, de l’emploi, de la formation, des services publics, des moyens consacrés aux quartiers populaires ». De ce côté, en effet, pas de rupture en vue.

Rosa Moussaoui

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samedi 11 juillet 2009

Les espoirs déçus du plan "Marschall"

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Lancé il y a tout juste un an, le plan "Espoirs banlieues" promis par le candidat Nicolas Sarkozy pour les cités n’a presque plus de réalité. À Paris comme à Vaulx-en-Velin, dans les associations, on considère que les effets négatifs l’emportent largement.

Nicolas Sarkozy, candidat, avait promis un plan « Marshall » pour les banlieue. Fadela Amara, il y a un an et demi, l’avait transformé en un plan « Espoir banlieue » qui avait déçu d’emblée par son manque d’ampleur et d’objectifs chiffrés. Aujourd’hui, Mohamed Mechmache, du collectif AC Le Feu, n’hésite pas une seconde et le qualifie de « plan désespoir banlieue ». A Vaulx-en-Velin (Rhône), le maire (PCF) Bernard Genin, ne lui reconnaît qu’un effet dans sa ville : l’ouverture de l’école de la deuxième chance… avant de préciser que le projet, bouclé par la municipalité, « était une aubaine pour le plan plutôt que l’inverse ». A Paris, Gisèle Stievenard, élue socialiste du 19ème arrondissement, cherche encore les éventuels effets du plan : « le conseiller spécial de l’Élysée, Henri Guaino lui-même, vient d’avouer qu’il n’a pas abouti. » Premier engagement du plan : 45.000 jeunes accédant à l’emploi en trois ans grâce au contrat d’autonomie. L’échec n’est pas encore patent mais presque. A Paris, 800 contrats sont programmés ; 144 sont à ce jour - à mi-chemin - signés. Les difficultés sont telles que le secrétariat d’État n’hésite pas à détourner le travail des missions locales pour arranger la situation (voir « l’Humanité » du 29 juin).

Pourtant, la crise frappe durement la jeunesse des quartiers populaires. Le chômage a progressé de 16 % dans les zones urbaines sensibles et chez les moins de 26 ans la hausse est de 27 %. A la Mission locale de Bagneux (Hauts-de-Seine), sa directrice, Valia Robin, se désole : sur les trois premiers mois de 2009, 67 jeunes sont entrés en emploi ; l’an dernier à la même époque, ils étaient 123. Si le plan Espoir banlieue n’a pratiquement pas d’influence sur le chômage, à La Courneuve, l’équipe municipale rappelle qu’il n’a pas plus d’effet sur le décrochage social des populations : « le plan, comme, globalement, la politique de la ville, n’a en rien amélioré la situation des familles qui sont, aujourd’hui, durement touchées par les conséquences de la crise ».

Second engagement, avec l’appui de l’ANRU : la rénovation urbaine. Si l’État assure - en ponctionnant au passage le 1 % logement - ses engagements, les élus s’inquiètent des différences énormes entre le montant estimé des projets et le montant réel des travaux. L’Association des maires d’Ile-de-France s’inquiète des « projets qui vont rester en panne ». Chargé de mission à Sevran (Seine-Saint-Denis), Bruno Dumond insiste sur le désir contrarié de la secrétaire d’État d’assurer la mixité sociale : « sa volonté est démentie par la loi Boutin qui, par le système des surloyers, est en train de faire fuir des cités toutes les classes moyennes. Dans les faits, les plus pauvres sont rassemblés entre eux dans ces cités ». Même discours du côté du 19 ème arrondissement où Gisèle Stievenard, du fait de la loi sur le droit au logement opposable, voit des familles en difficultés lourdes remplacer systématiquement celles qui partent parce que leur avenir professionnelle s’éclaircit. L’effet de ghettoïsation est garantie. Côté école, personne ne délivre de tableau d’honneur à Fadela Amara. Daniel Robin, du SNES, estime que l’accompagnement scolaire, décidé par le plan, a eu des effets limités et, surtout, répartis de façon très inégale. « Il repose, en fait, beaucoup sur les assistants d’éducation… dont les contrats de six ans arrivent à échéance et qui ne seront pas renouvelés. La logique du CDI n’est pas celle de l’État aujourd’hui. C’est un potentiel humain important qui va disparaître ». Quant au busing - adapté des États-Unis où des enfants sont amenés chaque jour de leur quartier pauvre vers des écoles des quartiers moins défavorisés - il a fait un flop mémorable.

Les associations, soi-disant choyées, devaient toucher des chèques en cas de besoin le jour-même, avait clamé Nicolas Sarkozy, à l’annonce du plan. Elles souffrent aujourd’hui, y compris dans les quartiers populaires. Au centre social du 18ème arrondissement de Paris, l’association Accueil Goutte d’Or, sur le front de l’emploi, a perdu 7.000 euros de subvention. « Pourtant, dit sa directrice, Christine Ledesert, les gens que nous recevons sont très loin de l’emploi ».
Pour Mohamed Mechmache, la logique même du plan, qui « concentre » son action sur une centaine de quartiers, est une grave faute. « Tous les quartiers de banlieue ont besoin, en fait, d’une politique générale avec des moyens importants. Les quartiers populaires sont dans un tel état que la tension y est grandissante. La moindre étincelle et ils s’enflamment comme en 2005. »
Un dossier à lire dans l’Humanité des débats de samedi.

Dany Stive

Posté par quartiersc à 18:58 - Débat/Analyse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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