dimanche 14 juin 2009
ENA et discriminations
Par Mehdi Thomas Allal, doctorant à l’université de Paris-IV.
La récente décision de l’École nationale d’administration d’ouvrir une classe intégrée réservée aux personnes issues des milieux populaires a tout l’air d’une bonne réforme pour enfin entamer le monopole des élites dans l’accès aux grandes écoles. Contrairement à la signature de conventions d’éducation prioritaire par Sciences-Po avec des lycées de banlieue (2001), elle n’a guère suscité de commentaires critiques d’ampleur : aucun responsable politique ne s’est offusqué de l’introduction d’une dose de « discrimination positive » au sein de l’un des symboles de la France républicaine ; certains se sont même félicités de l’avènement du « critère des inégalités socio-économiques » pour sélectionner des étudiants, en lieu et place de hasardeux facteurs tels que la race, l’origine ethnique ou la confession religieuse - légitimement prohibées par l’article premier de la Constitution de la Ve République.
Pourtant, cette décision se présente comme une réforme en trompe-l’oeil. Plusieurs observateurs, lecteurs assidus des écrits de Pierre Bourdieu sur la « reproduction des élites », se sont émus de l’insuffisance d’une telle décision pour changer la donne : ils se sont aperçus que la création de cette classe intégrée s’accompagnait de mesures visant à développer les modes de recrutement issus du secteur privé…
Il n’est pas contredit ici que les mesures d’ « action préférentielle » - une expression qui semble mieux correspondre à l’esprit de cette politique publique que celle de « discrimination positive » - ont fait l’objet de controverses les unes toujours plus fratricides que les autres. Ce que nous nommons la « bataille des critères », entre la couleur de la peau, le genre, l’origine géographique, l’opinion politique ou syndicale, a de fait sévi sur de nombreux campus anglo-saxons et français, au sein même des juridictions nationales, parmi les différents courants de pensée de la « nouvelle gauche ». Cette « bataille des critères » a même été désignée par certains comme responsable de la défaite du camp progressiste face à la montée du néolibéralisme durant la première moitié des années 1980. En France, la rhétorique républicaine a refusé de s’habituer à la « dictature des minorités », au « politiquement correct », à la « pensée unique », à « l’idéologie multiculturelle ».
Comment peut-on rétablir une forme d’unité au sein de la gauche, en vue notamment de réconcilier les minorités issues de l’immigration avec différents partis accusés d’avoir sacrifié toute une génération de « Blacks, Blancs, Beurs »… ? La potion miracle existe-t-elle ? Faut-il se contenter, s’agissant précisément de l’ENA, de renforcer les autres voies d’accès que sont le concours interne et la « troisième voie » (introduite par Anicet Le Pors, un des ministres communistes du premier gouvernement de François Mitterrand), qui permet à des personnes ayant exercé des responsabilités associatives, militantes, syndicales, de postuler ? Faut-il compliquer encore un peu plus les techniques de sélection des étudiants et risquer de créer des réflexes identitaires parmi la jeunesse de notre pays ?
Il nous semble que la révolution des grandes écoles, et en particulier de l’ENA, n’est pas pour demain. Plutôt que de rêver au « grand soir » de l’enseignement supérieur, les principaux intéressés ont plutôt intérêt à mieux comprendre le caractère byzantin des méthodes de préparation et de formation existant déjà à l’heure actuelle, et à mieux défendre leurs intérêts. Il s’agit également de proposer un choix assez clair et compréhensible, mais suffisamment ambitieux, pour les citoyens en général, en faveur d’une politique d’action préférentielle, menée essentiellement au niveau local, dont les outils et les effets importent davantage que les objectifs.
En d’autres termes, comme pour nombre d’autres politiques publiques, les critères ou le choix de cibles prioritaires importent moins que la qualité des outils à disposition des décideurs et mis en oeuvre sur le terrain. En particulier, les collectivités territoriales sont un remarquable champ d’intervention pour encourager la promotion des publics défavorisés. L’intégration sociale pourrait même susciter une certaine émulation, notamment parmi les conseils généraux, plutôt que de chercher, au contraire, trop souvent, à pratiquer une forme de dumping social vis-à-vis, par exemple, des bénéficiaires de minima sociaux. Beaucoup trop de temps a été perdu à tenter de réconcilier le modèle national français avec les revendications postcoloniales : un nouveau modèle social est à portée de main, saisissons-le !
vendredi 5 juin 2009
Polytechnique accueille des lycéens de banlieue.
Dans le cadre de l’opération «Une grande école pourquoi pas moi», Polytechnique accueille des lycéens de banlieue. Un après-midi sur le campus, entre ateliers sur les codes sociaux et séances de tutorat.
Par VÉRONIQUE SOULÉ
Un air de salsa résonne dans le hall. Une vingtaine de Polytechniciens prennent leur cours de danse du mercredi. Ils s’arrêtent pour écouter le prof puis repartent par deux, très concentrés. On est loin de l’atmosphère enfiévrée des Caraïbes : les polytechniciens se trémoussent, mais sans folie. Les lycéens de Corbeil, des Ulis et de Sainte-Geneviève-des-Bois, trois communes de l’Essonne, en banlieue parisienne, qui traversent le hall, n’y prêtent même pas attention. Ils ont leurs habitudes sur le campus de l’X, à Palaiseau (Essonne). Chaque mercredi après-midi, ils y passent trois heures dans le cadre du programme «Une grande école pourquoi pas moi» (GEPPM). Les plus anciens, en terminale, y viennent pour la troisième année. Depuis janvier 2006, Polytechnique a mis en place le programme lancé par l’Essec en 2001 pour promouvoir la diversité sociale dans l’enseignement supérieur, et à terme au sein des élites.
Art contemporain
Dans une salle, les terminales suivent un atelier sur les «codes sociaux». Durant les vacances de la Toussaint, ils ont visité des galeries d’art contemporain dans le Marais, à Paris, notamment celle d’Yvon Lambert. Et ils ont vu l’exposition de l’artiste russe anticonformiste Oleg Kulik. «Ils n’osaient pas entrer dans les galeries, se souvient Christophe Guichet, l’acteur qui anime l’atelier, ils pensaient qu’on allait les regarder.» Aujourd’hui, les lycéens doivent inventer un message publicitaire. Le but : leur apprendre qu’on peut tout dire mais pas n’importe comment. A deux, ils ont quinze minutes pour préparer un texte vantant un produit, sans employer de termes négatifs, en évitant les «on», les verbes affectifs (comme aimer), etc. Deux lycéens font l’éloge d’un nouveau préservatif, «Erectus». Complices, ils se passent la parole, ne dérapent pas. Après, deux filles proposent une crème de beauté «New Skin», efficace en cinq minutes. Elles n’évitent pas les clichés qu’il faudra ensuite décrypter.
La plupart des grandes écoles ont désormais ce type de dispositif. Mais à l’X, on fait tout à fond et très sérieusement - peut-être à cause du caractère militaire de l’école - et le programme GEPPM est particulièrement riche. Au total, 73 lycéens, issus des trois établissements partenaires classés en Education prioritaire ou en Zone prévention violence, y participent : 29 élèves de seconde, 22 de première, autant de terminale. Recrutés en seconde, ils doivent s’engager pour trois ans. La sélection se fait sur deux critères : la motivation des élèves - ils doivent être impliqués dans leurs études sans être nécessairement les premiers de la classe - et l’origine sociale - ils doivent être boursiers ou juste au-dessus.
A l’Opéra, à l’Assemblée…
Chaque semaine, en petits groupes, ils ont droit à des séances de «tutorat» animées par deux ou trois polytechniciens - les «tuteurs» qui doivent, eux, s’engager pour l’année (trois heures hebdomadaires plus deux heures de préparation). Plutôt que du soutien scolaire, il s’agit d’offrir une ouverture culturelle et intellectuelle, de combler le fossé avec ceux nés du «bon côté». On y fait des revues de presse, en français et plus tard en anglais. On prépare et l’on commente des sorties - à l’Opéra, au théâtre, à l’Assemblé nationale… Il y a aussi des ateliers pour travailler l’oral et l’expression corporelle, pour décrypter la publicité et les discours politiques, ainsi que des journées consacrées à l’orientation, avec visites de labos de recherche ou d’écoles d’ingénieurs, ou au «shadowing» - une journée sur le terrain avec un professionnel dans un métier auquel l’élève aspire.
Dans le car qui les prend chaque mercredi à 15 h 45, les lycéens d’Albert-Einstein, à Sainte-Geneviève-des-Bois, évoquent la semaine qu’ils ont passée à Douai, durant les vacances de Pâques, pour réviser leur bac. Un stage, gratuit, proposé par Polytechnique. «On a vraiment bossé du matin au soir, mais ça manquait d’activités sportives pour les filles», dit une lycéenne athlétique qui rêve de devenir kiné. Kamel et Morgane mettent au point sur un cahier un programme de révisions heure par heure pour les semaines jusqu’au bac : «On va bosser en groupe, c’est bien plus efficace.»
Sur le campus - des bâtiments modernes et sans charme plantés au milieu d’un parc et de pelouses impeccables -, le car de Sainte-Geneviève-des-Bois, qui a aussi ramassé les élèves du lycée de l’Essouriau aux Ulis, rejoint celui des lycéens de Robert-Doisneau à Corbeil. Tout le monde s’éparpille alors dans les salles avec ses tuteurs.
Dans la 125, cinq élèves de seconde disposent les bureaux en U, face au tableau. Seule décoration au mur, une affiche avec des chevaux annonçant le «4e jumping international de l’X». La séance de tutorat commence, comme toujours, par une revue de presse. Alexis, des Ulis, regard vif derrière ses lunettes, va se planter face au groupe, dos au tableau, une feuille à la main. «Le 1er mai, pour la première fois, les syndicats ont défilé tous ensemble, commence-t-il, les hard discounts profitent de la crise financière, devant Carrefour…» Les deux tuteurs, âgés de 22 ans, prennent des notes. Une autre élève propose sa revue de presse : «Moi,c’est d’abord l’actualité dans le monde. Aux Pays-Bas, un homme fonce dans la foule lors d’un défilé de la famille royale…» Puis elle passe aux différentes rubriques - «côté fait divers», «côté cinéma», «côté sports», etc.
Safae, la tutrice, les félicite. «Mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec le classement. Peut-on ranger la grève des gardiens de prison dans les faits divers comme vous l’avez fait ? Est-ce que ce n’est pas plus grave que cela ?», demande-t-elle. Ou encore : «Pourquoi Fiat intervient-il ? Est-ce que c’est vraiment pour sauver Chrysler de la faillite ?» La discussion est lancée, les élèves questionnent, argumentent. Safae a préparé sur son ordinateur des résumés sur les grands sujets d’actualité qu’elle projette au tableau. Sur la grippe H1N1, elle détaille le nombre de pays touchés, les sept niveaux d’alerte, etc.
Suit un parallèle entre les 100 jours de Barack Obama et les deux ans de pouvoir de Nicolas Sarkozy - 65 % des Français se disent déçus. Safae demande pourquoi. «Il réforme à toute allure», «il a trop promis», «on ne gagne pas plus en travaillant plus», etc. «Mais pouvait-il prévoir la crise ?», lance Safae. Les élèves admettent que non mais ils n’en démordent pas : «Il favorise les riches.»
On passe au Parlement européen qui veut réformer son règlement intérieur afin, notamment, d’empêcher Jean-Marie Le Pen, 84 ans, de présider la session inaugurale - en tant que doyen, cela lui revient automatiquement. «Est-ce que ça ne pose pas un problème de changer la loi à cause d’une personne précise ?» demande Safae. «Mais pas du tout, les députés représentent le peuple», répond Alexis. «Le Pen est antisémite, négationniste et c’est un crime, complète son voisin, il veut la France pure, sans les immigrés» Safae insiste : n’y a-t-il tout de même pas là une distorsion de la démocratie ? Les élèves, souvent issus des «minorités visibles», font bloc : «Il ne devrait même pas être en politique.»
En plus des tuteurs bénévoles, Polytechnique fait appel à cinq intervenants extérieurs à l’année. «Mes élèves ont été étonnés lorsque je leur ai dit que nous étions payés, souligne Christophe Guichet, j’ai dû leur expliquer que ça valait la peine de payer pour eux.»Le programme a un budget annuel d’environ 130 000 euros, 70 000 euros sont fournis par l’Etat, via la délégation interministérielle à la Ville, 35 000 euros par la région Ile-de-France, le reste étant réparti entre le département, Polytechnique et les mairies. Cela revient à 2 000 euros par lycéen, sans compter les trente tuteurs volontaires et les bénévoles de la vingtaine de partenaires - entreprises, hôpitaux, cabinets d’avocat… Le prestige et le carnet d’adresses de l’X comptent ici.
Président comme Obama
L’école met aussi à disposition des lycées un stagiaire pendant un an - un polytechnicien de première année qui fait du soutien en maths et suit les élèves du dispositif. Elle vient aussi de lancer un programme de parrainage pour la première promotion, avec des bourses de 1 000 à 4 000 euros. Sur les 18 qui ont eu le bac en 2008, 7 sont allés à l’université, 6 en prépas, 2 en institut universitaire de technologie (IUT), 2 en brevet de technicien supérieur (BTS) et 1 à Sciences-Po.
Ce mercredi soir, dans l’amphi Becquerel, les parents des premières ont été invités à voir les vidéos réalisées par leurs enfants. Deux groupes ont choisi de traiter des préjugés, du racisme, etc. A la fin d’un des films, ils s’imaginent plus tard : l’un professeur, l’autre médecin, l’autre président, comme Obama.
Chaque semaine, deux mondes se rencontrent ainsi : les polytechniciens, dont certains le sont de père en fils, et les lycéens de banlieue dont beaucoup ne savaient pas en seconde ce qu’était une classe prépa. Le programme de l’X est aussi une vitrine pour vanter la politique officielle en faveur de l’égalité des chances. Le 17 décembre, Nicolas Sarkozy a choisi ce campus pour prononcer un discours sur ce thème. Le commissaire à la Diversité Yazid Sabeg est venu le 16 mai pour expliquer comment relancer l’ascenseur social. Mais pour certains, ce type d’initiative est une goutte d’eau dans un océan d’injustices sociales. Avant que les lycéens de la «diversité» soient autant représentés à l’X que «les fils de…», il est clair qu’il faudra encore du temps. A la différence de Sciences-Po, qui a instauré une voie d’accès spéciale pour les lycéens de ZEP, les grandes écoles sont hostiles à toute discrimination positive. Au nom des valeurs républicaines, elles tiennent à garder le même concours pour tous.
«Le but n’est pas d’en faire des bêtes à concours, expliquent les deux professeurs qui les suivent à Sainte-Geneviève-des-Bois, Christophe Rivière et Emmanuelle Bigot, ce programme leur apporte de la confiance en eux, de l’assurance, on les voit s’épanouir dans leurs études. Du coup, ils poussent des portes qu’ils n’auraient jamais osé pousser.»
lundi 30 mars 2009
Polémique autour de la prime « collège sensible »
Éducation . Le rectorat de Créteil propose 6 000 euros aux jeunes profs qui acceptent de s’installer et d’enseigner en Seine-Saint-Denis.
Une carotte de 6 000 euros pour convaincre les profs d’aller en Seine-Saint-Denis ! C’est la dernière trouvaille du rectorat de Créteil, qui espère ainsi « stabiliser » les enseignants dans les établissements sensibles du département, confrontés à un important turnover. Expérimenté à la rentrée prochaine, le dispositif cible douze collèges répartis dans quatre villes (Pierrefitte, Saint-Denis, Stains et Villetaneuse). Et suscite déjà la polémique.
Concrètement, seulement les enseignants néotitulaires, affectés pour la première fois dans l’un de ces établissements, peuvent y prétendre, à la condition qu’ils trouvent un logement dans l’une des villes du département. Ils recevront alors 2 000 euros par an, pendant trois ans. « Il ne s’agit pas d’une prime mais d’une aide au logement pour renforcer le bien-être de nos enseignants », résume Philippe Reymond, le nouveau directeur des ressources humaines au rectorat.
Aussitôt annoncée, son initiative a provoqué la colère de la FSU, première fédération enseignante. Pour cause : l’idée a été lancée sans aucune concertation. « Le DRH assure que sa proposition a été faite en accord avec le préfet et les maires concernés, note Guy Trésallet, secrétaire départemental de la FSU 93. J’ai interrogé ces derniers, ils n’étaient pas au courant… » Surtout, selon le syndicat, ce projet témoigne d’une parfaite méconnaissance du sujet. « Outre son aspect stigmatisant pour les établissements et toute la Seine-Saint-Denis, cette aide laisse entendre que l’offre de logement existe dans le département, mais ce n’est pas du tout le cas », relève encore Guy Trésallet.
De fait, la Seine-Saint-Denis compte déjà quelque 60 000 demandeurs de logement social. En 2007, sur les 500 demandes formulées par les enseignants, seulement 25 % ont été satisfaites. Et chaque année, de plus en plus d’enseignants, étouffés par la hausse continue des loyers et la baisse de leur pouvoir d’achat, optent pour la colocation. « Cela fait des années que l’on réclame une table ronde sur ce sujet compliqué qui ne peut se régler qu’avec les départements voisins, explique la FSU. Et là, nous avons un DRH qui prétend avoir seul la solution ! » Furieux, le syndicat réclame l’annulation de cette prime et son remplacement par une - indemnité « pour tous, à 1 500 euros », en cas d’installation à Paris et en banlieue.
Un autre argument laisse songeur. Avec cette prime, le rectorat pense pouvoir « stabiliser » les équipes enseignantes. Or, pour la rentrée 2009, il a prévu 51 suppressions de postes en Seine-Saint-Denis, dont près de la moitié (24) dans les collèges visés par la mesure ! « Si on veut stabiliser les équipes, commençons par ne pas supprimer les postes de titulaire ! » s’agace Guy Trésallet. Il soupire : « Tout le monde travaille pour changer l’image du 93 et, coup sur coup, on a Sarkozy à Gagny sur les bandes et maintenant ce DRH qui délimite des zones rouges… »
Laurent Mouloud
samedi 24 janvier 2009
Les associations désespèrent d’« Espoir banlieue »…
Quartiers populaires . Alors que Fadela Amara faisait hier la semaine dernière son action, les associations alertent sur la diminution des moyens. Reportage.
Sur la devanture d’Accueil Goutte-d’Or (AGO), dans le 18e arrondissement de Paris, fleurissent les papiers colorés - invitant à la danse, à l’alphabétisation, à l’accompa- gnement scolaire… à une multitude d’activités. Dans ce quartier populaire, l’association, agréée centre social, est, depuis 1979, un lieu incontournable de la vie sociale : sa permanence attire quelque 700 personnes chaque année, 140 allocataires du RMI sont accompagnés ici, une halte-garderie est à la disposition des femmes qui suivent les cours d’alphabétisation… et des milliers de personnes participent aux fêtes régulièrement organisées par AGO.
Depuis quelques jours, un placard supplémentaire orne la baie vitrée de la rue des Gardes : le collectif Associations en danger appelle à un rassemblement devant Matignon pendant le Comité interministériel des villes, qui était consacré, hier, à un bilan intermédiaire du plan « Espoir banlieue ». En cause : la diminution des moyens et la précarisation des associations.
« Je ne suis pas inquiète pour la survie d’AGO, mais toute réduction budgétaire signifie moins de personnes accueillies, et pour toutes les petites associations qui, grâce à un emploi aidé par exemple, font du suivi scolaire, toute diminution de financement peut provoquer l’arrêt de l’activité », précise Christine Ledesert, qui dirige AGO. Pierre Vergnolle, directeur de la salle Saint-Bruno, venu en voisin, s’interroge, lui, sur les emplois tremplin, largement utilisés dans les associations, et de leur devenir plus qu’aléatoire. Tous les deux ont signé l’appel du collectif Associations en danger, qui demande un renforcement et une sécurisation des financements publics et une révision profonde des réformes en cours.
Le démantèlement programmé de l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé) - qui clame sur son site être au service de la dynamique « Espoir banlieue » - et le transfert de certaines de ses compétences vers l’Office français de l’immigration et de l’intégration ne laissent pas d’inquiéter Christine Ledesert. « Ce transfert a déjà permis une baisse de 20 % des financements pour l’intégration. D’autre part, le gouvernement nous impose un mode de fonctionnement inadéquat. Jusqu’ici, le conseil d’administration des associations, formé de citoyens du quartier et au fait de ce qui s’y passe, interpellait la puissance publique, qui le suivait ou non ; maintenant, l’administration fait un appel d’offres, en s’appuyant sur un cahier des charges que l’on doit respecter à la lettre. Et, de plus, elle met les différents acteurs en concurrence entre eux. » Pierre Vergnolle rappelle que les « contrats urbains de cohésion sociale » (CUCS), autre source de financement, ont baissé de 50 % en 2008. Si les associations venaient, misère aidant, à restreindre, par exemple, leur accompagnement à la scolarité, les conséquences seraient terribles pour les plus pauvres, « ceux qui n’auront pas accès aux boîtes comme Acadomia ».
Dany Stive
mercredi 24 décembre 2008
Le droit de rêver à l’X en banlieue
Dans l’Essonne, le lycée Albert-Einstein est en lien avec Siences-Po et Polytechnique
VÉRONIQUE SOULÉ
Kamel s’est assis au premier rang. A côté sa mère a l’air tout intimidée en face du tableau noir. Ce soir-là, neuf élèves de terminale, accompagnés de leurs parents, assistent dans une salle du lycée à la présentation du dispositif «Une grande école pourquoi pas moi» mis en place par Polytechnique. «Le coût des études que vous envisagez ne doit pas être un obstacle, explique Aymeric O’Cornesse de l’X, car il existe des bourses de l’enseignement supérieur, il y a aussi des emprunts à taux zéro et des systèmes d’aide dans chaque école, mais il faut se bouger.»
Convention. Le lycée Albert-Einstein de Sainte-Geneviève-des-Bois est l’un des trois classés éducation prioritaire de l’Essonne. Pour aider à la réussite de ses élèves dont près d’un tiers sont boursiers, il a rejoint deux programmes. Il a d’abord signé une convention éducation prioritaire avec Sciences-Po qui permet à ses élèves de présenter un concours parallèle, sans épreuves écrites. Chaque année, deux ou trois intègrent ainsi l’école de la rue Saint-Guillaume.
Le lycée est aussi devenu partenaire de Polytechnique dans le cadre d’«Une grande école pourquoi pas moi», un programme lancé par l’Essec en 2001 et qui a essaimé depuis. Chaque mercredi, un car de Polytechnique vient prendre les élèves - tous des boursiers, bons élèves et surtout motivés car ils doivent s’engager sur trois ans - et les emmène à Palaiseau, siège de l’école. Les lycéens y passent l’après-midi : ils ont des ateliers théâtre pour les habituer à prendre la parole, ils passent en revue l’actualité en anglais, etc. Ils s’initient à des sports comme l’aviron ou le golf. Pendant les petites vacances, ils font des sorties culturelles, visitent une école, suivent un professionnel dans le métier qui les intéresse… L’année du bac, ils ont une semaine de révision. Polytechnique fournit deux tuteurs - des deuxièmes années - par groupe de huit élèves. Un jeune polytechnicien fait aussi son stage de première année au lycée : dans un local vitré, il est à la disposition des élèves pour les aider en maths.
«Il ne s’agit pas d’en faire des bêtes à concours, explique Christophe Rivière, professeur de maths, l’un des deux enseignants référents avec sa collègue de français, mais plutôt de leur donner davantage de confiance en eux et d’assurance. Cela leur ouvre aussi des portes qu’ils n’auraient jamais osé pousser.»
Henri-IV. Une douzaine de bacheliers d’Albert-Einstein, passés ou non par ce dispositif, se retrouvent ensuite dans des prépas : des scientifiques mais rarement des littéraires, ou des prépas intégrées par exemple dans une école d’aréonautique. Un ou deux rejoignent aussi la «prépa à la prépa» du lycée Henri-IV, une année de remise à niveau qui leur permet d’intégrer la vraie prépa. Kamel participe aux deux dispositifs. En plus des mercredis de l’X, il travaille une à deux heures par semaine avec un prof sur le dossier de presse qu’il devra soutenir lors d’un petit oral organisé dans le lycée en mai. S’il est reçu, il passera l’oral d’admission à Sciences-Po. Son but : «Faire du droit et surtout de la politique.»
lundi 15 décembre 2008
De la banlieue aux cuisines du Ritz (à ne pas manquer sur France 3)
«La meilleure façon de cuisiner» - Gaël Leiblang a filmé trois élèves de BEP hôtellerie-restauration, de leurs premiers pas derrière les fourneaux à leur stage de fin d'année. Une leçon de vie.
Prenez un journaliste de l'agence Capa, plongez-le pendant un an dans un lycée professionnel de Clichy-la-Garenne en banlieue parisienne, ajoutez deux professeurs hors du commun et trois élèves de première année de BEP, et vous obtiendrez une série documentaire aussi passionnante qu'un polar américain. Écrite et réalisée par Gaël Leiblang, « La meilleure façon de cuisiner » comprend quatre épisodes aux multiples rebondissements dont les deux premiers sont diffusés ce soir sur France 3 et les deux autres lundi prochain.
Rien à voir avec un énième documentaire sur un lycée hôtelier haut de gamme des bords du lac Léman. Nous sommes dans un lycée professionnel des Hauts-de-Seine, pas très glamour mais bien tenu, qui prépare des jeunes banlieusards au BEP hôtellerie-restauration. Pendant une année, des entretiens de motivation pour intégrer l'établissement jusqu'à leur stage de fin d'année, notamment dans les cuisines du Ritz avec le chef étoilé Michel Roth, nous suivons Tarik, jeune Franco-Égyptien surdoué, Florent, qui préfère le casque de pompier à la toque de cuisinier, et Farah, jeune fille branchée à la mère un rien possessive.
Premiers plats, premiers services, premiers coups de feu, premiers coups de gueule, ils sont guidés dans leur apprentissage par Pascal Aubrée, formidable professeur de salle qui leur donnera autant de leçons de vie que de cours de présentation, et par Yves Lahaye, professeur de cuisine en quête de l'excellence, intraitable sur la préparation, la cuisson, la décoration des plats. Entre ces cinq « héros » aux personnalités bien différentes et le réalisateur, la mayonnaise a pris. Cela donne un film aux multiples facettes, qui parle aussi bien de cuisine et d'éducation que d'adolescence et de banlieue.
Une autre image que des voitures brûlées
« J'ai grandi dans le 93 et je suis triste de voir qu'à la télévision, on montre toujours la banlieue par le petit bout de la lorgnette, explique Gaël Leiblang. Je voulais filmer autre chose que des voitures brûlées et des missions de la brigade anticriminalité. La période de l'apprentissage est filmiquement riche, c'est pour cela que je l'ai choisie. » Pendant 110 jours, il a « fait un hold-up » sur la vie quotidienne des adolescents et de leurs professeurs, débarquant sans prévenir avec sa caméra, traquant les accélérations et les accidents de parcours, captant les instants de bonheur et de tension, révélant la part d'humanité de chacun. Un moment de télévision savoureux.
France 3 - Ce soir à 20 h 50 et lundi prochain 22/12/08.
CRITIQUE TELERAMA
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Série documentaire (1 et 2/4), réalisée par Gaël Leiblang (Fr, 2008). 2 x 52 mn. Inédit.

Ils s'appellent Tarik, Farah et Florent. Trois adolescents en BEP hôtellerie à Clichy-la-Garenne. Une école d'exigence à laquelle ils sont loin d'être préparés.
Nous allons les suivre durand toute une année scolaire, avec un bonheur léger, de l'émotion, du suspense, une empathie sans faille tant cette aventure, plus captivante qu'une fiction, est d'abord une question de regard.
Celui de M. Aubrée, un enseignant exceptionnel portant haut, avec une ferveur et une générosité impitoyables, l'expression éducation nationale. Celui d'Yves Lahaye, professeur de cuisine tranchant comme un couteau. Enfin, la caméra complice de Gaël Leiblang, d'une juste distance dans les cadrages, capable de saisir le cocasse de ces gamins ou leur désarroi sans une once de ridicule.
La fluidité du montage rythme pleinement cet élan collectif. Tarik, le surdoué malicieux et instable. Farah, qui cherche à tout prix à décramponner sa mère de ses basques. Florent, rêvant de devenir pompier mais rétif à toute discipline. Trois héros de leur propre destin. De la belle, de la bonne télévision.
Bernard Mérigaud
lundi 8 décembre 2008
Les élèves de banlieue délaissés
Le responsable d’une association dénonce un abandon par l’Etat.
«On craint de devoir arrêter nos activités dans le Nord-Pas-de-Calais. Avec la baisse d’un quart de nos subventions en 2008, ajoutée à l’incertitude pour 2009, nous ne pouvons plus nous permettre des activités locales trop déficitaires» : Thibaud Renaudin est le directeur de l’Afev (l’Association de la fondation étudiante pour la ville), spécialisée dans l’accompagnement éducatif des jeunes de milieux défavorisés. Pour lui, les coupes claires du ministère sont avant tout un coup dur pour les quartiers difficiles.
L’Afev compte 7 500 bénévoles, tous des étudiants, qui prennent en charge 10 000 enfants dans toute la France. Ils les suivent dans leur travail, chez eux, nouent des liens avec les familles, les emmènent à la bibliothèque, etc. Il s’agit de remotiver l’élève, de le réconcilier avec l’école, de familiariser sa famille avec l’institution scolaire, etc. Mais l’Afev, une association de taille moyenne, doit avoir des permanents pour gérer ces actions. Elle emploie 106 personnes - dont aucun enseignant détaché. Mais demain, le pourra-t-elle encore ? Elle s’attendait à recevoir 675 000 euros de subventions pour 2008. Ce sera 506 000 euros. «Le ministère met en place l’accompagnement éducatif dans les écoles après 16 heures 30 : deux heures gratuites d’aide scolaire essentiellement, avec parfois des activités culturelles et sportives. Le dispositif est intéressant car il s’attaque à l’inégalité face aux devoirs à la maison, reconnaît Thibaud Renaudin, mais nous, nous ne sommes pas partants. Pour nous, la lutte contre l’échec scolaire dans les quartiers ne peut se limiter à un soutien disciplinaire. Il faut traiter l’autocensure - ces jeunes ne s’imaginent pas faire de longues études -, leur manque de maîtrise des codes, leur besoin de trouver un sens à ce qu’ils apprennent. Enfin, il faut lutter contre le contre-modèle que représente souvent la bonne élève dans un quartier.»
Plus généralement, l’Afev s’inquiète de l’incertitude sur les plans nationaux dans les quartiers, comme le Programme de réussite éducative (PRE) dont on ignore s’il sera reconduit après 2009, ou le programme «100 000 étudiants pour 100 000 jeunes». A la place, on lance à grands renforts de publicité des initiatives comme «les cordées de la réussite» - des associations de grandes écoles et de lycées de banlieue pour aider les lycéens méritants - sans beaucoup de moyens. Alors que Nicolas Sarkozy vante «l’action extraordinaire des associations», notamment en banlieue, le bilan est sombre. Les micro-associations dans les quartiers «sont aujourd’hui au désespoir», selon Renaudin. Les crédits de la politique de la Ville, des ministères de la Jeunesse et des Sports, et de l’Education nationale sont en baisse. Et les communes, assommées par les tranferts de charges de l’Etat, ne peuvent plus les aider. Libération.fr
dimanche 23 novembre 2008
Le rugby, pilier d'une intégration réussie / association France Rugby Cité

"Démontrer que le rugby pouvait aller dans d'autres territoires, notamment dans les quartiers dits sensibles".L'objectif était ambitieux. Le succès est au rendez-vous.
Entre 3 000 et 4 000 jeunes de 11 à 17 ans, dont 200 de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), ont participé au tournoi régional des quartiers qui s'est tenu dans les huit régions ayant accueilli des matchs de la coupe du monde de rugby. Les deux meilleures équipes régionales (16 au total) se sont retrouvées au stade de Colombes pour la finale nationale.
Kévin, un jeune participant Sétois, suivi par les services de la PJJ, s'est souvenu de ce qui a déclenché son envie de faire du rugby: "j'avais l'habitude de regarder les matchs avec ma grand-mère, je me suis dit pourquoi ne pas essayer. J'ai donc chaussé les crampons et depuis je n'ai jamais arrêté. J'aime les valeurs qui y sont inculquées".
"Le rugby apprend l'esprit d'équipe, la loyauté, le respect de ses partenaires, de l'adversaire, et des règles . Tout ce qui au quotidien permet de vivre avec soi-même" a renchéri Stéphane Jourdan, président de l'association France Rugby Cité, organisatrice du tournoi.
Le tournoi justement, se compose de matchs de rugby, bien évidemment. Mais, ce n'est pas tout. Il y a également un parcours de vitesse chronométré avec saut d'obstacles, placages, passes, et marquage d'un essai. Il y a enfin, un quizz avec des questions de droit, de citoyenneté. Eduquer, intégrer, deux mots clés.
"Grâce aux partenariats associatifs (avec France Rugby Cité), et économiques (avec la SNCF et le groupe Leader Price), le tournoi nous permet d'inscrire nos jeunes, non pas dans un seul parcours judiciaire, mais, dans un parcours avec la société, avec la vie civile" a, en outre, expliqué, Philippe-Pierre Cabourdin, directeur de la protection judiciaire de la jeunesse.
Kévin a ainsi récolté récemment les fruits de son investissement rugbystique. "Je viens de décrocher un travail au service des sports de la mairie de Frontignan. Et cela grâce au rugby" a-t-il indiqué, très fier de ce que le rugby a pu lui apporter tant du point de vue personnel que professionnel.
Mais, au fait, qui est le gagnant du tournois? Vincent Delano, salarié de l'association France Rugby Cité et ancien rugbyman de haut-niveau balaye la question. "Il n'y a pas d'équipe gagnante aujourd'hui. Nous cherchons la convivialité et non pas le côté compétitif" a-t-il lâché. "Tous ceux qui sont venus à Paris sont vainqueurs. Ils ont reçu les mêmes cadeaux, et ont pu assister à la petite finale de la coupe du monde de rugby au stade de France" a précisé Stéphane Jourdan.
Pour la première édition du tournoi, les organisateurs et les participants ont transformé l'essai en succès. En avant toute, pour l'année prochaine.
Les interviews :
Kévin de Sète (mp3)
Philippe-Pierre Cabourdin, directeur de la protection judiciaire de la jeunesse (mp3)
Stéphane Jourdan, président de l'association France Rugby Cité (mp3)
mercredi 19 novembre 2008
Education: les résultats scolaires s'améliorent en banlieue, selon un rapport
Les résultats scolaires s'améliorent dans les collèges et lycées des quartiers sensibles de banlieue, même si ces résultats restent encore souvent moins bons qu'ailleurs, selon le rapport 2008 de l'observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), publié mercredi.
Selon ce rapport, en 2006-2007, 9,8% des collégiens et 8,5% des lycéens sont scolarisés en ZUS (zone urbaine sensible).
La part des élèves redoublants est en baisse dans le secondaire. Entre 2005-2006 et 2006-2007, le pourcentage d'élèves en retard de deux ans ou plus en 6ème continue de diminuer plus nettement dans les collèges en ZUS que dans ceux situés hors de ces quartiers (- 0,8 point contre - 0,4).
En outre, souligne le rapport, les écarts entre ZUS et autres quartiers se réduisent concernant le nombre d'élèves de 6ème accédant à la 3ème.
Par ailleurs, même si les élèves de 3ème et de fin de Seconde générale ou technologique sont toujours beaucoup moins nombreux à accéder à la filière scientifique S (- 7,5 points en 2006-2007 par rapport aux autres quartiers), l'écart se resserre (un point) en un an avec les autres établissements.
Le taux de réussite au brevet a également augmenté de 4,1 points (de 66,7% de réussite à 70,8%) en 2006-2007 par rapport à 2005-2006.
Les résultats au baccalauréat 2006-2007 ont particulièrement progressé pour les bacs STI (sciences et technologies industrielles, + 7,8 points) et le bac ES (économique, + 5,1 points), cette progression étant "parfois plus forte que celle enregistrée au niveau national".
lundi 6 octobre 2008
Banlieue: certaines rénovations ont tourné à "l'épuration sociale", selon des associations
Des associations présentes au Forum social des quartiers populaires, ce week-end à Nanterre, n'hésitent pas à parler "d'épuration sociale" pour dénoncer des opérations de rénovation urbaine conduites, selon elles, au détriment des banlieusards les plus pauvres.
Si la loi sur la cohésion sociale de 2003 mettait en avant le désir de parvenir à une "mixité sociale" dans les banlieues, certaines associations présentes au forum qui s'est ouvert vendredi pour trois jours, assurent que des opérations menées par l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) ont entraîné, notamment à travers les démolitions de logements sociaux, une relégation supplémentaire des plus défavorisés.
"Les démolitions ont été particulièrement nombreuses et effectuées sans aucune concertation avec les habitants concernés, souvent les plus pauvres des quartiers pour qui le processus est d'une extrême violence", dit à l'AFP Kaissa Titous, de la coordination anti-démolition des quartiers populaires.
"Les pouvoirs publics ne veulent pas écouter les habitants surtout s'ils revendiquent un droit de regard sur les projets et sur leur gestion financière, questionnant notamment le fait que des bureaux d'études s'engraissent au passage", assure Abdenour Tataï, de l'association Justice pour le Petit-Bard, de Montpellier.
Parlant de "plans autoritaires", Nabil Koskossi, de droit-de-cité Sarcelles, affirme que, "incapables de trouver une réponse au chômage massif et à l'appauvrissement dans les cités, des élus locaux de tous bords soutenus par le gouvernement déplacent, parfois expulsent, une partie des habitants les plus pauvres au profit de familles de classes moyennes ayant un profil fiscal plus avantageux".
"Cette épuration sociale aboutit à une relégation supplémentaire car les familles relogées le sont dans des conditions médiocres dans des immeubles loin des centres des villes et parfois voués à la démolition", renchérit Mme Titous.
Dans un communiqué, la ministre du Logement, Christine Boutin, a vivement réagi à ces propos, se disant "très choquée" notamment par l'expression "épuration sociale".
"Le programme national de rénovation urbaine institué par la loi du 1er août 2003 (...) prévoit un effort national sans précédent de transformation des quartiers fragiles classés en Zones Urbaines Sensibles (ZUS) ou présentant les mêmes difficultés socio-économiques", a affirmé la ministre. Elle rappelle qu'"à l'horizon 2013, 530 quartiers seront rénovés améliorant le cadre de vie de près de 4 millions d'habitants".
De leur côté, les associations soulignent qu'après les démolitions, le plus souvent on reconstruit des logements dont les loyers sont plus chers et ne sont pas accessibles aux familles délogées, pas plus que les programmes d'accession à la propriété.
Elles critiquent violemment les projets menés par exemple au Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) ou aux Mureaux (Yvelines) mais se réjouissent d'être parvenues à arrêter certaines démolitions notamment à la faveur d'un changement de majorité municipale comme à Argenteuil (Joliot-Curie et Mondor, Val-d'Oise) ou à Poissy (La Coudraie, Yvelines).
Pascal Guyot AFP/Archives ¦ Une barre d'immeuble de 492 logement est détruite le 27 janvier 2007 à Béziers dans le cadre d'un plan de rénovation urbaine
© 2008 AFP










