vendredi 11 décembre 2009
Pourquoi la France n'a pas de leçon à donner à la Suisse
Où va nous conduire notre aveuglement collectif sur les quartiers sensibles ? Nous sommes au bord du vide et cela ne semble émouvoir personne, en dehors des élus de banlieue fatigués de crier dans l'indifférence. Alors oui, on peut continuer de disserter sur l'identité nationale, sur l'islam, sur le communautarisme. On peut critiquer la votation suisse interdisant la construction de nouveaux minarets et s'inquiéter du mouvement général de crispation des sociétés européennes vis-à-vis des immigrés et de l'islam.
Mais comment ne pas voir que la société française participe tous les jours à un référendum contre les "jeunes à capuche" ? Non pas avec des bulletins glissés dans les urnes. Mais un vote avec nos pieds, dans nos choix d'employeurs, d'élus, de parents, de voisins. Car cette catégorie sociale cristallise, à tort ou à raison, une triple angoisse dans notre société vieillissante : la jeunesse, l'immigration et l'islam. Une génération à laquelle on prête toutes les menaces, parfois contradictoires : du "repli communautaire" au communautarisme conquérant, de l'intégrisme religieux à la boulimie de consommation, de l'absence d'identité au trop-plein identitaire.
Sans se l'avouer, nous avons basculé dans une société de la peur et du rejet vis-à-vis d'une jeunesse perçue comme une nouvelle "classe dangereuse". Nous, collectivement, sans passer par un vote comme les Suisses, mais par nos pratiques, nos attitudes sociales. Un chiffre témoigne de la gravité de cette coupure : dans les zones urbaines sensibles (ZUS), 41,7 % des hommes de 15 à 24 ans sont au chômage, soit le double de la moyenne nationale pour les garçons du même âge, déjà très élevée par rapport au reste de l'Europe.
Un tel niveau de discriminations traduit un choix collectif, pas simplement une accumulation d'accidents ou de dérives individuelles. Nous ne sommes pas dans le "fait divers" de la discrimination mais bien dans un phénomène de société : même s'il existe des exceptions, même si des grandes écoles et des entreprises jouent le jeu de la diversité, les jeunes de banlieue, en particulier les hommes, peinent toujours autant à trouver leur place.
La faute aux employeurs, coupables de discriminations ? Sans doute. La faute aux jeunes eux-mêmes, "inemployables", trop éloignés des codes de l'entreprise, insuffisamment formés, parfois mal insérés ? Certainement. Mais on voit bien que ce niveau d'explication est insuffisant. Remontons d'une case dans le Meccano social. Les jeunes des ZUS, surtout les garçons, sont deux fois plus nombreux que les autres à n'avoir aucun diplôme à la fin de leur scolarité. Quand ils obtiennent des qualifications, elles sont systématiquement moins élevées que leurs concurrents du même âge sur le marché de l'emploi.
Qui peut honnêtement s'étonner de ce résultat ? Si on remonte encore d'une case, à l'intérieur même du système éducatif, on constate que les classes moyennes et supérieures y déploient des stratégies toujours plus élaborées pour éviter la scolarisation de leurs enfants dans les écoles et collèges où la proportion d'élèves pauvres ou issus de l'immigration est jugée trop élevée. Ce n'est plus un référendum mais un plébiscite : comme l'a montré l'économiste Eric Maurin dans Le Ghetto français (Le Seuil), nos choix résidentiels et scolaires sont dictés par la volonté d'éviter la cohabitation avec les classes sociales inférieures. C'est vrai pour les classes populaires. Mais c'est surtout valable pour les milieux favorisés : les recherches en cours du sociologue Hughes Lagrange montrent que dans les quartiers métissés de Paris, où vivent bon nombre de "bobos" supposés ouverts sur les questions de diversité, la composition ethnique des collèges n'a rien à voir avec celle des quartiers où ils sont installés.
Le métissage, oui ; mais pas pour ses enfants, que l'on s'empresse de scolariser ailleurs ou dans le privé pour les protéger des menaces supposées de la mixité sociale. Une "sécession sans guerre", selon l'expression du chercheur, qui amène à concentrer dans les quartiers les élèves en difficulté, lesquels échouent ensuite en plus grand nombre et finissent par rejoindre les bancs de Pôle emploi.
Dans ce contexte, faut-il s'étonner que nos élus soient réticents à construire des logements sociaux et à partager la "misère du monde" ? Là encore, les maires constituent une cible facile : parce qu'en réalité ils suivent leur opinion publique, leur électorat. La mixité dans l'habitat ? A faible dose, en contournant les lois qui imposent un minimum de HLM. Le désenclavement des quartiers ? Pas trop vite, pour ne pas ramener la "racaille". Les expériences de "busing" pour amener les élèves des cités dans les écoles des beaux quartiers ? A dose homéopathique. La rénovation urbaine ? Oui, mais en veillant à reconstruire la plupart des immeubles dans les mêmes cités.
"Le métissage, c'est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme, c'est le choix de vivre séparément", écrit justement Nicolas Sarkozy dans sa tribune publiée dans Le Monde (daté 9 décembre). Mais qui, dans la France actuelle, choisit de vivre séparément ? Pas tant les habitants des quartiers, assignés à résidence, empêtrés dans la pauvreté au point que la moitié des mineurs vit sous le seuil de pauvreté. "La logique du ghetto arrange tout le monde", résume Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois. Surtout les classes moyennes et supérieures, en réalité. Luc Bronner (Le Monde.fr)
lundi 16 novembre 2009
"Vis à vis de la jeunesse, il n'y a qu'un discours politique disciplinaire"

A Athènes, Téhéran ou dans les banlieues françaises, la colère populaire ne cesse d’éclater. L’anthropologue Alain Bertho en cherche les traces sur le net, établissant la carte mondiale d’un symptôme de l’époque.
Les temps actuels sont les temps des émeutes”, écrivez-vous dans votre nouveau livre. En quoi cette grille de lecture centrée sur l’émeute nous dit quelque chose de notre monde, de notre époque ?
Il y a eu, au cours des deux derniers siècles, trois séquences de mobilisations politiques violentes simultanées en Europe ou dans le monde : le Printemps des peuples de 1848, les mouvements insurrectionnels qui ont suivi Octobre 1917, les années 60-70 restées comme “les années 68”. Nous sommes incontestablement entrés dans une période de ce type, il y a quelques années. La singularité de ce que nous vivons est double : géographiquement plus étendue, cette séquence semble aussi plus durable que les précédentes et elle est d’une certaine façon “invisible”, car il n’y a pas de sens politique commun et clair à ces innombrables accès de colère populaire. Aucune révolution mondiale ne s’y prépare d’évidence, qu’elle soit politique, sociale ou culturelle.
Pourquoi les émeutes dans les banlieues françaises, en Guadeloupe, à Athènes, Karachi, Lhassa, Téhéran… nous disent toutes quelque chose de commun sur notre temps, en dépit de leurs histoires localisées dans des contextes politiques différents ?
Il y a quelque chose de grave dans ce passage à l’acte pour les individus concernés. Ils mettent en danger leur corps, leur vie, avec la quasicertitude de perdre. La répétition du phénomène doit nous interroger. Il nous dit avec évidence l’effondrement général, mondial, de l’espace politique comme espace de représentation des souffrances et des espoirs populaires. C’est ce fil rouge qui rend si semblables les colères, les gestes, les images mises en ligne sur internet. Les émeutes sont les multiples fissures du monde globalisé. Chaque fissure a son histoire, mais c’est toute la maison qui tremble.
Vous travaillez depuis des années sur le sujet, consignant sur votre site1 toutes les émeutes qui surgissent dans l’actualité. Ces dernières semaines, des échauffourées à Chanteloup-les-Vignes, des émeutes étudiantes à Jakarta, des affrontements meurtriers au Congo, des émeutes d’après-match à Rostock… Comment opérez-vous pour dresser ce tableau complet que vous définissez pourtant comme un objet “flottant et insaisissable” ?
Ce tableau n’est certainement pas complet. Mais les émeutes de la globalisation sont visibles sur la scène même de la globalisation. Internet est une source sans précédent, parfois de première main, quand les protago-nistes eux-mêmes mettent des images sur YouTube ou Dailymotion. La veille en ligne est devenue un nouveau terrain de l’ethnologie. Et la mise en ligne des résultats de cette veille ouvre des possibilités d’effet “retour” tout à fait passionnantes. Internet est une source d’information vivante et réactive, une sorte de baromètre des fièvres du monde.
Peut-on établir une typologie de l’émeute ? Affrontements avec la police, émeutes de la faim, révoltes urbaines, paysannes… ? Quels sont les divers répertoires d’actions utilisés par les émeutiers ?
Il y a à travers le monde des fils directeurs très forts. Celui de la jeunesse assassinée en est un qui touche aussi bien le Sénégal, le Portugal, la Chine, la Grèce, le Brésil que la France. Le fil rouge de la colère contre les logiques financières en est un autre qui prend des formes variées : émeutes contre la vie chère, contre les coupures d’électricité, contre la spéculation foncière... Le mode opératoire, le répertoire pratique si on veut, est, lui, assez général. Fini la barricade d’antan. Nous sommes à l’heure des cagoules, du blocage, du feu, du harcèlement mobile et de la mise en ligne des images.
L’émeute est-elle un symptôme du rapport de la jeunesse à la politique, le “signe criant de son absence” ?
C’est surtout un symptôme du rapport du monde contemporain à sa jeunesse. L’échec des révolutions du XXe siècle et la menace écologique ont aboli l’idée moderne de progrès historique, qu’il soit politique ou social. La jeunesse n’est plus considérée comme l’avenir du monde, mais comme une menace pour l’ordre au présent. Il n’y a plus, vis-à-vis de la jeunesse, qu’un discours politique disciplinaire. Elle réagit en conséquence. Dans le monde entier, les mobilisations étudiantes (ou lycéennes), comme les manifestations festives et sportives, tournent à l’affrontement de plus en plus violent avec les pouvoirs. Les mêmes gestes et la même rage se retrouvent sur tous les continents.
L’émeute menace-t-elle profondément l’Etat moderne ? Ou ses techniques de contrôle social et de répression le préservent-elles de toute instabilité ?
L’émeute est le miroir de l’Etat contemporain. Elle est son produit, parfois son double lorsqu’elle prend pour cible le voisin, l’autre, l’étranger. Par-delà les régimes et les traditions nationales, les nouveaux dispositifs dits de “gouvernance” qui se mettent en place dans la globalisation sont des dispositifs de “gouvernement à distance”. Ils combinent bureaucratie, autoritarisme, mépris des gens et procédures diverses de discrimination. L’Etat y perd beaucoup de légitimité. Face à la dissidence souvent silencieuse des populations, il répond partout et de plus en plus par une logique de contrôle sécuritaire. L’exaspération populaire est à la hauteur de l’arrogance des pouvoirs étaticofinanciers et de l’autisme des organisations politiques. Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour que la séquence de l’affrontement soit durable. Et face à la révolte, c’est une logique militaire qui l’emporte à São Paolo comme à Urumqi, à Athènes comme à Villiers-le-Bel, à Alger comme à Dakar. Quand la guerre devient d’une certaine façon un mode de gouvernement, on peut craindre l’escalade. De part et d’autre.
Jean-Marie Durand (lesinrocks)
1. berthoalain.wordpress.com Le Temps des émeutes (Bayard), 271 pages, 19 €
samedi 23 mai 2009
la tête de liste qui sillonne les banlieues et quartiers populaires, où peu de candidats s’aventurent.
Omar Slaouti peine à se faire un nom
La tête de liste du NPA en Île-de-France est-elle victime de la popularité d’Olivier Besancenot ?
Omar Slaouti est-il victime de la popularité d’Olivier Besancenot ? La tête de liste du NPA en Île-de-France semble avoir du mal à se frayer une place dans le paysage politique. Les derniers sondages le créditent de 3 à 5 %, alors que le parti comptait sur cette région pour obtenir un bon score, voire décrocher un élu.
À deux semaines du scrutin européen, le NPA accélère donc le rythme, et tente ainsi de rectifier le tir, lui qui a choisi d’entrer tardivement en campagne, estimant cette élection peu déterminante. Mais, pour être efficaces, Omar Slaouti et ses camarades ciblent les abstentionnistes. « Ils se trouvent - essentiellement parmi les jeunes et les travailleurs. Or, nous avons un potentiel chez ces électeurs », souligne la tête de liste qui sillonne les banlieues et quartiers populaires, où peu de candidats s’aventurent.
Omar Slaouti est aussi devant les portes des entreprises en lutte, où Olivier Besancenot n’est jamais très loin. Y a-t-il eu erreur de casting en ne faisant figurer ce dernier qu’en troisième position ? Pas pour le NPA, qui entendait préserver son leader de toute incursion dans le monde institutionnel. Certes, il prend des risques en ne présentant pas le charismatique facteur comme tête de liste en Île-de-France. Mais il compte participer ainsi à l’émergence de nouveaux visages.
Il reste que le NPA considère le Parlement européen comme une instance sans pouvoirs. Or, devant l’abstention annoncée, « qui affectera moins les électeurs de droite et du PS », selon Omar Slaouti, le discours a quelque peu évolué. « Nous serons, en tant qu’élus, les yeux, la voix et les oreilles des salariés en lutte », rectifie-t-il aujourd’hui.
Enseignant dans un lycée d’Argenteuil (Val-d’Oise), le candidat n’est pas un novice en politique. Cela fait vingt-trois ans qu’il est à la LCR,
et a été son représentantaux dernières municipales (3,84 %). Sa longue expérience au sein de cette organisation d’extrême gauche l’a sans doute formaté, au point de faire figure de doublure d’Olivier Besancenot. Mardi soir, lors d’une rencontre publique à Paris, si son aisance dans la parole a été remarquée, Omar Slaouti n’a pas exercé sur son public la - séduction de son mentor.
Un public particulièrement jeune, comme dans la plupart des meetings du NPA. Ce soir-là, plus de la moitié des deux cents participants avait moins de trente ans.
Mina Kaci
jeudi 19 juin 2008
A La Haye, le modèle dont Amara pourrait s’inspirer
Schilderswijk, «le quartier des peintres», 95 % d’immigrés, s’étend devant la plus grande gare de La Haye, la capitale administrative des Pays-Bas. Loin des banlieues françaises, il aligne rues tranquilles, petits immeubles de deux à trois étages et aires de jeux proprettes. Construit voilà deux siècles pour les nouveaux arrivants, Schilderswijk est resté le quartier où le logement est le moins cher. Mais c’est aussi l’un de ceux où le chômage est le plus fort, avec un taux de 34 %, contre une moyenne nationale de 4 %.
Pour renverser la tendance, La Haye est la première ville des Pays-Bas à tenter une nouvelle expérience : associer fonds publics et privés pour financer des actions concrètes, à hauteur de 2,7 milliards d’euros sur dix ans. La cible : quatre quartiers à problèmes, dont Schilderswijk, représentant 118 000 personnes. «Nous avons 20 000 personnes qui dépendent des aides sociales, constate Henk Kool, le maire adjoint de La Haye chargé des affaires sociales. Nous nous demandons comment faire pour amener le travail dans ces quartiers.»
Embauche ciblée. Un début de solution a été trouvé lors d’un Sommet spécial de la participation, organisé fin avril. Plusieurs grandes entreprises privées se sont engagées à investir. Le groupe Ahold va ouvrir des supermarchés, soit 400 emplois nouveaux et des stagiaires. Shell veut investir dans l’éducation. Il dispose d’un laboratoire à La Haye employant 8 000 personnes, avec un besoin constant de nouvelles recrues qualifiées. L’entreprise de construction Ballast Nedam va lancer une société d’entretien, qui emploiera les résidents pour le nettoyage des quartiers. Un Business center multiculturel va former des apprentis, tandis que la société d’autobus HTM va créer 40 emplois et l’hôpital Haga Ziekenhuis faire un effort spécial de recrutement.
Tout proche de La Haye, le marché aux fleurs de Naaldwijk, filiale du leader mondial de la fleur, Flora Holland, est aussi de la partie. Gijs Kok, son directeur, explique qu’une embauche ciblée dans les quartiers de La Haye relève «de sa responsabilité sociale».Et qu’elle va l’aider à résoudre son problème de pénurie d’effectifs. Naaldwijk va proposer des postes de manutentionnaire à temps partiel, pour lesquels il faut être à pied d’œuvre à 6 heures du matin. «On compense le peu d’enthousiasme que peuvent susciter nos emplois, explique Gijs Kok, par une subvention de la mairie. Au bout d’un an ou deux, on aura un personnel avec un meilleur CV, susceptible de trouver du travail ailleurs, ou d’occuper d’autres postes dans notre société, chauffeur-livreur par exemple.»
L’initiative va-t-elle obtenir l’adhésion des principaux intéressés ? «Oui, pourquoi pas, c’est mieux que rien», répond Kamel, jeune employé d’une boulangerie de Schilderswijk. Une offre d’emplois concentrée sur des postes subalternes sera-t-elle assez attrayante ? «On doit se concentrer sur la couche de la population la plus faible, celle qui a le plus besoin de nous, répond Henk Kool. Les investisseurs croient en notre plan, parce qu’au bout du compte, les gens vont vraiment avoir du travail.»
L’initiative, planifiée sur dix ans, s’inscrit dans le cadre d’une politique nationale de prachtwijken («beaux quartiers») voulue par Ella Vogelaar, la ministre de l’Intégration. Son pari consiste à transformer 40 quartiers défavorisés, identifiés en mars 2007 à travers 18 villes du pays. L’Etat va allouer à la mairie haguenoise 28,8 millions d’euros supplémentaires par an pendant huit ans pour construire des centres sportifs et mieux lutter contre l’échec scolaire.
Mentalité. Trois sociétés de logement social vont aussi améliorer le parc immobilier pour attirer une population plus aisée. Cette forme d’ingénierie sociale, répandue dans les villes néerlandaises, consiste à avoir 30 % de logement social dans les quartiers riches, et vice versa. Piet Hein Donner, ministre des Affaires sociales et signataire du projet lancé à La Haye, a appelé les employeurs du pays à changer de mentalité. «Les employés blancs, néerlandophones, jeunes et qualifiés ne sont pas forcément la norme», a-t-il lancé. Malgré la situation de plein-emploi aux Pays-Bas, 20 % des Marocains et 9,1 % des étrangers «non-occidentaux» sont au chômage, contre 3,3 % des Néerlandais de souche. Libération.fr
samedi 10 mai 2008
Rama Yade et la question qui fâche
Rama Yade, chargée des droits de l'homme au sein du gouvernement Fillon, supporte assez mal la question sur l'Europe : est-elle vraiment une chance pour les jeunes des quartiers ? Cette réaction démontre qu'elle ne veut plus que l'on évoque son origine sociale alors qu'il me semble que c'est une richesse au poste qu'elle occupe. C'est aussi un pied de nez à sa collègue Fadéla...jugez moi en tant que secrétaire d'Etat et non pas en tant que... La question de départ était plutôt positive... Dommage ! DP
vendredi 8 février 2008
Banlieues d'Europe
A découvrir
Banlieues d'Europe est un réseau culturel européen qui rassemble des acteurs culturels, des artistes, des responsables associatifs, des travailleurs sociaux, des chercheurs, des élus, sensibilisés aux questions de l'action artistique dans les quartiers défavorisés en Europe et en direction de personnes en situation d'exclusion.
Le site: http://www.banlieues-europe.com/
jeudi 13 décembre 2007
Comité des sages européens ou sommités en cage
Sylvie Goulard présidente du Mouvement européen.
Le traité de Lisbonne laisse entier un problème essentiel : le sens de l’intégration européenne échappe aux jeunes générations. C’est dans ce contexte que Nicolas Sarkozy a proposé la création d’un «comité de dix à douze sages» pour réfléchir à «l’avenir du projet européen». L’intuition est bonne mais le succès de l’entreprise n’est pas acquis : pour déterminer leur avenir, les Européens attendent plus qu’un groupe restreint siégeant à huis clos.
Au cours des dernières décennies, nos sociétés ont profondément changé. Mieux formées, les populations sont aussi mieux informées. Quand la Communauté européenne du charbon et de l’acier a été créée, 4 % des Français avaient le baccalauréat, contre plus de 60 % aujourd’hui, les filles ayant devancé les garçons. Là où l’ORTF était en position de monopole, sites Internet et blogs foisonnent. Le temps lointain (1986…) où les autorités nationales pouvaient faire croire que les frontières arrêtaient les nuages de Tchernobyl est heureusement révolu.
Depuis les comités Davignon, Westendorp ou Delors, que le président Sarkozy a cités comme modèles, l’Union européenne a inventé une nouvelle méthode de travail : ce sont des conventions, majoritairement composées d’élus nationaux et européens, qui ont rédigé la charte des droits fondamentaux puis le projet de traité constitutionnel. Elles ont travaillé en public, en toute transparence. Un groupe de sages enfermé dans sa tour d’ivoire constituerait une régression. Aussi le Parlement européen a-t-il proposé qu’il se limite à préparer les travaux d’une nouvelle convention. C’est une piste qui mérite d’être creusée. Il serait impensable qu’élus européens, nationaux et locaux, qui sont les seuls «relais de proximité» de l’UE, soient tenus à l’écart de l’exercice. Tout devrait être entrepris au contraire pour impliquer le grand public, celui qui, dans les zones rurales, les petits bourgs, les banlieues, se sent aujourd’hui exclu du «projet» européen. C’est pourquoi les télévisions, trop souvent en retrait sur les questions européennes, ont aussi un rôle primordial à jouer. Ce comité devrait être européen dans sa composition, son approche, son ambition. Il devrait renouer avec cette conception élevée de l’intérêt général qui était celle des pères fondateurs. Depuis des années, une majorité de nos gouvernants et des responsables européens, prisonniers de leur petite boîte nationale, de leurs petits problèmes de court terme, de leurs visions étriquées, pensent - comme diraient les anglophones - in the box. Alors si comité des sages il y a, que ce ne soit pas un groupe de sommités en cage ! Ce groupe devrait au contraire réunir des personnalités à l’engagement européen incontestable, des hommes et des femmes à l’aise dans plusieurs cultures, capables de s’élever au-dessus des contingences nationales.
Des Européens libres, capables de dénoncer les abus et faux-semblants, pour rendre enfin au projet européen sa grandeur, sa magnifique part d’humanité. Nicolas Sarkozy ayant suggéré un nombre inférieur à 27, suggérons que chaque gouvernement ne puisse désigner qu’un ressortissant d’un autre Etat membre. Il appartiendrait ensuite au Conseil européen de retenir les douze meilleurs, en privilégiant les compétences et l’attachement à l’Europe. Pour refléter la réalité pluriculturelle de l’Europe, le comité devrait aussi faire place à de nouveaux visages. La richesse de l’UE, c’est sa diversité, c’est la présence, parmi nous, de nombreux peuples longtemps privés de liberté, tenus à l’écart de l’intégration européenne ; c’est aussi l’existence, au cœur même de nos sociétés, de métissages que les dirigeants et les classes favorisées continuent trop souvent d’ignorer. Les jeunes issus de l’immigration sont cantonnés à des problématiques de quartiers, d’islam et de banlieues ; leur capacité à «passer les frontières» n’a jamais été mise au service de l’Europe unie. C’est un gaspillage de talents consternant.
Plusieurs responsables européens, qui ont accueilli favorablement l’idée de Nicolas Sarkozy, ont aussitôt écarté certains sujets : que le comité ne parle pas des frontières, c’est tabou ! Ni des institutions, on en a déjà trop parlé ! D’autres voudront exclure le social ou tout débat sur les valeurs de l’UE, pour ne pas peiner les Britanniques, l’éducation, pour ne pas fâcher les Länder allemands, l’énergie, car Poutine en serait marri, ou la politique étrangère, si George Bush fronce les sourcils. Et il y a fort à parier que tous les gouvernements, sans exception, écarteront les questions budgétaires : 1 % du PIB pour financer la paix, la solidarité, la prospérité, le marché, la concurrence, l’euro, la PAC, Erasmus, la défense, la Pesc, la politique de voisinage, la culture et même le rêve européen, voilà qui est bien assez, n’est-ce pas ?
Nous pensons au contraire que le comité des sages devrait parler de tout, et en priorité d’argent et de frontières. L’Europe a besoin d’oxygène ! Dans Sainte Jeanne, l’écrivain irlandais Bernard Shaw suggère : «Laissons faire les fous, voyez où les sages nous ont conduits.» Le conseil est avisé. Libé.fr
mercredi 11 avril 2007
La crise des banlieues est-elle un phénomène européen
Hervé Vieillard-Baron est Professeur à l’Université de Paris VIII.
On associe bien souvent "banlieue" et crise. Que la banlieue soit en crise, cela fait partie des idées reçues ! On connaît davantage la banlieue à travers le regard des médias et des hommes politiques qu¹à travers les habitants ou les intervenants de terrain, et c’est très dommage. Les représentations ne sont pas conformes à la réalité.
Pour commencer, un petit retour sur les mots. Qu¹est-ce qu¹une "crise" ? Est-ce un état permanent ? Ou est-ce un état transitoire qui suppose après coup un retour à l’état antérieur ? N’est-ce pas plutôt une étape qui conduit à une nécessaire transformation ? Ce qui est sûr, c’est que le discours sur la crise exprime un profond sentiment d’inégalité et d’injustice.
Il ne faut pas confondre non plus les quartiers en difficulté avec la banlieue. Une partie des quartiers en crise sont situés au centre des villes : on ne peut pas réduire la difficulté sociale et les ZUS (Zones Urbaines Sensibles) à la banlieue. Près de 50% des quartiers sensibles sont situés dans les faubourgs ou en centre ville (particulièrement dans les petites villes du Languedoc comme Lunel ou Lodève). Ce concept de banlieue lui-même est devenu problématique. C’est aujourd’hui un mot-valise qui ne veut plus rien dire. Au Moyen-âge, la banlieue était définie juridiquement comme l¹espace rural d’une lieue de large entourant le bourg ; les paysans payaient les banalités au seigneur pour l’utilisation du four ou du moulin, mais en retour, ils bénéficiaient de sa protection. Aujourd¹hui, on fait parfois l¹amalgame entre la banlieue et le fait d’être "mis au ban" de la société, mais cette association n’est pas exacte : au Moyen-âge, les " bannis " ne se retrouvaient pas dans la banlieue mais au-delà de celle-ci, dans l’espace inconnu non protégé. Depuis le 19ème siècle, la banlieue est définie comme la ceinture urbanisée entourant une ville-centre. Mais le mot a acquis d’autres connotations :
une connotation sociologique liée à la marginalité. Les " jeunes de banlieue "rassemblent tous les jeunes un peu marginaux, avec la référence implicite à une culture spécifique (argot, hip-hop, langage gestuel)"
une connotation symbolique liée à la stigmatisation. En gros, banlieue = attention danger !
Comme la banlieue, le terme de "ghetto" prête à toutes les interprétations. On parle de "quartier-ghetto" comme d’une évidence. C’est aussi un mot flottant, employé à tors et à travers. Il laisse croire que les quartiers se resserrent et se replient sur eux-mêmes. On a effectivement des quartiers qui se durcissent, mais pour des raisons à la fois internes et externes. Une forme de ghettoïsation vient de l¹extérieur, du regard des autres, de la discrimination. Et il ne faut pas oublier qu¹aujourd¹hui, en France, les quartiers les plus ségrégés sont les quartiers les plus riches. Historiquement, le "ghetto" implique la contrainte résidentielle. Or, dans notre système, chacun est en principe libre de s¹installer là où il le souhaite. Le ghetto implique aussi une homogénéité ethnique et/ou religieuse, ce qui est loin d’être le cas dans beaucoup de quartiers contemporains. Il faut donc nous habituer à ne pas entrer dans des logiques médiatiques surimposées et à refuser certaines constructions cumulatives de l’ordre de la "banlieue-phobie". Les peurs sont beaucoup plus faciles à construire qu¹à détruire : il a fallu quelques mois pour créer la "sarcellite" comme maladie de la vie en grand ensemble, mais il a fallu 15 ans pour en sortir.
Dans tous les pays européens, on trouve des quartiers de forte immigration, avec un chômage massif dû à la désindustrialisation. Ce sont actuellement les pays de l¹Europe de l’Est qui subissent la désindustrialisation la plus rapide, ce qui engendre de gros problèmes sociaux. C’est là, en Bulgarie, en Tchéquie, en Pologne et dans les pays baltes, que ces enjeux sont les plus cruciaux. D’où aussi ce regard des habitants de ces pays vers l’Ouest de l’Europe où ils imaginent que tout est mieux, qu¹ils pourront bénéficier d’une protection sociale et d¹entraide. La fascination de l’Ouest n’est pas à négliger même au sein de l’Union européenne. Mais certains quartiers français ne sont guère mieux lotis que les secteurs d’Europe de l’Est qui subissent de plein fouet cette désindustrialisation.
Dans certaines cités de Strasbourg, le chômage touche jusqu¹à 22% de la population. Dans un collège de la banlieue de Strasbourg, le taux de réussite au brevet n’est que de 37% ! A Saint-Denis en région parisienne, il est de 50% et c’est le taux le plus bas d¹Ile-de-France. Ce serait donc à Strasbourg qu¹on trouverait le taux le plus bas à l’échelle du pays. L¹absentéisme scolaire est un problème d’une ampleur considérable. Toujours dans ce collège, on arrive à un total de 10 000 journées d’absence pour une année.
Les quartiers en difficulté sont aussi caractérisés par un potentiel fiscal faible. On le voit grâce à l’Observatoire des zones urbaines sensibles mis en place par la Délégation interministérielle à la ville. Ce potentiel fiscal n’atteint que la moitié du potentiel fiscal moyen. La population des quartiers en difficulté est très diversifiée, en général plus jeune que la moyenne avec 30 à 35% de moins de 25 ans aux origines multiples. A Saint-Denis, on dénombre 102 nationalités, 82 à Sarcelles. Le paysage est souvent fait de barres et de tours, mais pas systématiquement. En fait, ce qui spécifie le plus ces quartiers en France, c’est la part importante de logements sociaux de type HLM.
Qu¹est-ce qui est proprement français dans cette " crise des banlieues " ? Certainement le stigmate lié à la colonisation. La France n’a pas encore résolu les problèmes liés au passé colonial. Dans beaucoup de quartiers, les Algériens semblent avoir le plus de difficultés à s’en sortir, alors que les Marocains et le Turcs y arrivent plus aisément. Mais il y a bien sûr d’autres pays colonisateurs en Europe (par exemple la Belgique avec le Congo ou les Pays-Bas avec l’Indonésie ou le Surinam). Un autre grand pays colonial est la Grande-Bretagne, mais celle-ci a cependant résolu partiellement cette difficulté grâce au Commonwealth. Tous les membres du Commonwealth sont citoyens britanniques, ce qui change tout au niveau de l’image pour les habitants.
Certes, il y a en Grande-Bretagne des problèmes parfois plus lourds encore qu¹en France, notamment dans les anciens quartiers ouvriers de Liverpool, Manchester ou Birmingham Des transformations importantes ont eu lieu dans le cadre des opérations de " régénération " urbaine (en France, on parle plutôt de " renouvellement " ou de " rénovation ", tandis que le mot anglais "régénération" a été repris en Allemagne et dans les pays nordiques). En Grande-Bretagne, les problèmes sont liés, paradoxalement, aux facilités d’accueil des minorités et à la discrimination positive dont elles peuvent bénéficier, par exemple par le biais de quotas réservés dans les administrations municipales. Mais cette politique n’a pas empêché les attentats de Londres.
Aujourd¹hui, l’Angleterre tend à revenir sur cette politique en regardant du côté français et intervenant auprès des imams agressifs. La France est en effet très regardée dans le monde. Ses politiques urbaines et sociales sont passées au crible à l¹étranger, bien plus qu¹on ne l’imagine.
La culture de l¹habiter est différente selon les pays d’Europe. Aujourd’hui, en France, les quartiers font l’objet d’une politique de "résidentialisation", de "sécurisation", termes pudiques pour indiquer qu’on met des grilles devant les immeubles et des codes à l’entrée. Mais cela correspond aussi à une demande d’une partie des habitants. En Allemagne, la situation n’est pas identique. Les immeubles sont souvent plus petits qu¹en France, et le traitement des espaces publics est différent. En Suède, on accorde plus de soin au traitement des espaces publics autour des quartiers. C’est lié à la tradition suédoise du respect des minorités et à la pratique d’une certaine solidarité. La Suède accueille beaucoup plus d’étrangers (11%) que la France (5%) ! L¹habitat des quartiers pauvres suédois est fait de petits immeubles de quelques étages, non loin de centres commerciaux dignes de ce nom et entourés d¹espaces verts bien entretenus. Au Neuhof à Strasbourg, les commerces n’ont pas la place qui leur revient et leur situation est, d’un certain point de vue, indigne, même si le déclin du petit commerce est partout une réalité.
En France, on a souvent de grands parcs résidentiels dans le cadre des ZUS, c’est-à-dire des unités de 2000 à 12000 logements. Il faut dire que la France est le pays d’Europe de l’Ouest qui a construit le plus de grands ensembles dans un laps de temps court, de la fin des années 1950 au début des années 1970. A l¹époque, c’était un mieux considérable en matière de logement et de confort. Mais on arrive aujourd¹hui à la fin de la durée de vie prévue des immeubles. Les matériaux utilisés touchent au terme de leur fiabilité ; il y a des problèmes d¹infiltration, des fenêtres en mauvais état, des malfaçons. Certains quartiers résistent mieux que d’autres à cette dégradation inévitable du bâti : à Sarcelles par exemple, certaines façades de barres sont en pierre de taille et tiennent mieux. La France porte en quelque sorte le poids lourd de ces constructions massives mais faites pour durer seulement 30 ou 40 ans. En Allemagne, par exemple, la durée de vie prévue est plus longue. En Angleterre, les immeubles en brique durent naturellement plus longtemps.
Un autre problème typiquement français est l¹inachèvement de certains quartiers. Les programmes de construction des années 1960 s¹appuyaient sur des prévisions démographiques très positives. On pensait qu¹en l’an 2000 l’agglomération parisienne aurait 15 millions d’habitants : elle en compte en fait 9 millions. Dans les années 1970, on s¹aperçoit qu¹on a programmé beaucoup trop de logements et on réduit les dernières tranches, d’où l’inachèvement de nombreux grands ensembles français. On n’en parlait d’ailleurs pas en termes de " quartiers ", mais carrément de " nouvelles villes " (cf. Le Mirail à Toulouse ou le Vert-Bois à Saint-Dizier). Mais au final, à cause des ajustements, une partie des équipements n’ont pas été réalisés : des collèges manquent, des rues de franchissement finissent en cul-de-sac, des centres commerciaux ne sont pas construits.
La situation est très différente en Europe de l’Est où l’on a au contraire des grands ensembles situés parfois au cœur des villes et qui accueillent une population de fonctionnaires, quartiers valorisés jusqu¹à la fin du régime communiste. Mais aujourd¹hui, il y a une crise parce que les représentations se sont modifiées avec la chute du Mur, les représentations des habitants de l’Est se sont calquées sur celles des habitants de l’Ouest, avec l’idée d’un logement individuel à acquérir, le rêve d’une maison à soi avec un petit jardin.
Les représentations du collectif et de l’individuel varient beaucoup en Europe. En France, le logement collectif et la location ne sont pas systématiquement rejetés. Il est même souhaité par une partie des classes moyennes et des cadres supérieurs ; il y a beaucoup de " copropriétés de riches " à Paris, Versailles, au centre de Strasbourg. Plus on va vers le Nord de l¹Europe, plus le logement collectif locatif a une bonne image. En France, il y a 56% de propriétaires et 44% de locataires. En Suède et au Danemark, il y a environ 70% de locataires et 30% de propriétaires. En Italie, en Espagne, on compte environ 70% de propriétaires, encore plus au Portugal et en Grèce. En Europe, paradoxalement, plus un pays est pauvre, plus il compte de propriétaires, avec l’idée que lorsqu¹on a une petite maison, on peut s’en accommoder et la bricoler.
L¹Europe intervient dans le financement des quartiers en difficulté par objectifs et selon des programmes définis, avec la volonté d’une approche "intégrée" pour aider globalement les quartiers, un attachement à la cohésion sociale et au travail sur le renouvellement urbain et l’environnement. Des programmes d¹initiatives communautaires ont été développés, tels le programme Urban sur les quartiers, avec Urban I à partir de 1996 et Urban II à partir de 2000. 216 sites européens au total ont été touchés par les programmes Urban I et II. Le Neuhof à Strasbourg a été concerné, idem pour certains quartiers de Marseille et de la région parisienne (Clichy-sous-Bois, Aulnay, Les Mureaux).
Il faut savoir que l¹Europe intervient toujours en complément d’autres financements (ville, conseil général), ce qui pose parfois des problème, beaucoup de villes étant trop pauvres pour contribuer au financement dans les proportions exigées . Des réseaux d’échange se sont développés entre des quartiers en difficulté. Faisant suite aux Contrats de Ville, les CUCS (Contrats Urbains de Cohésion Sociale) sont actuellement en cours de signature : ils représentent en quelque sorte le volet social de la politique de la Ville. Ils ne faut pas les confondre avec les opérations de rénovation urbaine mises en place par l’ANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine). L¹ANRU est par exemple très active au Neuhof où elle mobilise beaucoup de crédits. Cet apport considérable d’argent est aussi possible parce que le ministre de la Cohésion sociale et du Logement, Jean-Louis Borloo, est très actif et subtil dans les procédures de mobilisation de financements. Il s’agit de réhabiliter, démolir et reconstruire, de rénover la voirie, de créer des espaces verts, d¹améliorer les transports en commun. Cette politique urbaine se double d’un volet social qui consiste à favoriser la réussite éducative, à organiser des ateliers Santé-ville (ASV) et la prévention sanitaire (en particulier sur les soins dentaires dont on constate les insuffisances de plus en plus fréquentes), à aider de nouvelles associations à s¹installer, etc.
A Prague, où 30% de la population vit dans des barres ou des tours, la solution adoptée dans le cadre d’un programme de rénovation autour de la ville est la privatisation progressive. C’est aussi ce qui se fait en Allemagne, où au bout de 30 ans le logement locatif peut être acquis. En Angleterre, une telle politique a été appliquée massivement à l¹époque Thatcher où le nombre de logements sociaux a été réduit des trois quarts (de 5 à 1 million environ), mais on ne peut pas non plus trop réduire un patrimoine social locatif qui doit être conservé pour des situations d’urgence. Autour de Turin en Italie, il y a aussi de grands programmes de rénovation urbaine qui sont menés, associés à des plans d¹accompagnement social. Y sont associées initiatives locales et publiques et entreprises privées. En France, la part du privé dans de telles actions est encore faible. Il y a comme un tabou vis-à-vis des entreprises. Bernard Tapie avait essayé de changer les choses en signant des contrats avec ces dernières, en créant des maisons de quartiers ouvertes 24h/24. Il ne faut pas oublier qu¹il était alors en tête aux élections régionales à Sarcelles ! Mais il a été rattrapé par les affaires. En Angleterre, 39 quartiers ont été réhabilités dans le cadre d’une opération "New Deal for Communities". L¹investissement a été massif. Au nord-ouest de Londres par exemple, dans un grand ensemble, on a détruit près de 1000 logements et reconstruit des logements mixtes pour attirer les classes moyennes : c’est la logique de mixage par les marges. On trouve aussi des conseils de réhabilitation.
Mais la question de la participation des habitants pose toujours problème. Quelle est leur participation réelle ? Aux conseils de quartiers viennent en général 4 ou 5 habitants pour un quartier de plusieurs milliers de résidents. Souvent, ils ne comprennent pas les règles et les documents de la participation. Beaucoup ne comprennent pas un plan en deux dimensions : cette compréhension résulte d’un long apprentissage scolaire que de nombreux habitants n’ont pas connu. Il faut donc trouver les bons outils et les bons mots de la participation. Le discours technocratique est souvent mal compris. Il y a là un enjeu important et il faut savoir vraiment ce qui est acceptable ou pas dans la participation qu¹on propose, sinon elle n’est qu¹un alibi facile.
Berlin est un exemple de participation efficace en Europe. Des jurys de quartiers y ont été constitués par la volonté du Sénat de Berlin (c’est-à-dire le gouvernement du Land). Il s’agit de miser sur la capacité d¹organisation des habitants et sur la volonté des élus de leur accorder leur confiance. C’est le passage de la méfiance à la confiance qui est fondamental (En France, on en est plutôt encore à la méfiance par rapport à la participation des habitants). Cette confiance se voit dans la composition même de ces jurys de quartiers berlinois : 51% sont des habitants choisis au hasard sur des registres de population, 49% sont des responsables d¹associations ou des élus. Les jurys de quartiers se voient allouer une somme d’argent par le Sénat de Berlin pour financer des projets. Exemples de projets : médiation dans des écoles, création d’une salle de sport, d’un café Internet, d’un centre de formation, mesures pour faciliter le nettoyage des jardins publics. 652 projets ont été acceptés entre 2002 et 2004, ce qui montre aussi une volonté globale de créer du lien entre les habitants des différents quartiers. L’intérêt collectif n’est pas que la somme des intérêts individuels. L’intérêt collectif, c’est aussi construire avec les autres quelque chose de neuf pour créer une ville vivable et agréable pour tous, durable pour tous et solidaire pour tous.
Débat
Par rapport à cette idée que la France est le pays d’Europe qui construit le plus de grands ensembles, y a-t-il des formes urbaines qui sont susceptibles en elles-mêmes de créer une crise ou alors la crise est-elle juste le reflet du niveau social des habitants ?
Il n’y a pas de forme urbaine vraiment pathologique en soi. Mais certaines formes urbaines peuvent prédisposer à des problèmes selon différents modes et à différentes époques. Par exemple, les espaces piétonniers sur vastes dalles créés initialement pour protéger les piétons, séparer les circulations : on a ainsi créé de grands ensembles à dalles en région parisienne. La dalle de 3 hectares du Val d’Argent Nord à Argenteuil a été primée lors d’un concours mondial d¹architecture à Osaka en 1972. 20 ans après, elle est devenue le summum de la difficulté sociale. Les quartiers se sont précarisés, les jeunes adolescents n’y ont pas trouvé leur place, les équipements n’étant pas adaptés aux cycles de vie : ils sont faits pour de jeunes ménages avec des enfants en bas âge mais pas pour des jeunes de 16-20 ans. Ceux-ci utilisent la dalle pour divers trafics. Elle les met en position de guet pour vérifier que la police n’arrive pas : le temps que les policiers montent sur la dalle, les jeunes ont le temps de se disperser, de se cacher. La police n’a pas de bureau sur la dalle ; elle en avait un, mais il a été incendié. Les immeubles en forme de spaghetti créés par l’architecte Émile Aillaud posent aussi problème. L’idée était de créer des immeubles tout en courbes pour rompre avec la monotonie de l¹orthogonalité. Mais quand les barres sont trop proches les unes des autres, il existe un vis-à-vis gênant, les gens se voient d’un appartement à un autre et cette promiscuité peut générer des tensions.
A propos de la destruction de certains ensembles ?
Il y a eu souvent un éloignement progressif des pauvres et des gens qu¹on ne voulait pas voir même si le discours est celui du maintien dans le quartier. Pour la municipalité, le problème est de redonner de la valeur foncière aux quartiers. Cette valorisation passe parfois par la destruction de certains logements. Mais avant de démolir, il faut plusieurs années. Avant la mise en place de l’ANRU, il fallait 4 à 5 ans pour que tous les habitants d’une barre soient relogés. En réalité, dans les quartiers difficiles, il y a une part de logements vacants qui vont servir dans le cadre du relogement. On essaye toujours de demander leur désir aux habitants et de statuer en fonction de ce paramètre. Trois logements peuvent être proposés et refusés successivement. Ensuite, soit on met en œuvre une procédure d¹expulsion, soit on conclut un accord à l¹amiable ; ce dernier cas est le plus fréquent. Parfois, les habitants les plus râleurs sont ceux qui obtiennent finalement le pavillon que tout le monde aurait voulu ! Avec l’ANRU, le relogement se fait le plus souvent en 3 ans, ce n’est pas brutal. Il n’empêche que tous les effets d¹annonce sur les démolitions sont faux. Jean-Louis Borloo voulait démolir "200 000 logements en 5 ans", mais c’est techniquement impossible, on peut démolir au maximum 30 000 logements chaque année, car il faut vider les immeubles, mettre en branle des procédures très lourdes, etc. Et même, parfois, on démolit des immeubles qu¹on n’a pas fini de payer car les emprunts souscrits lors de leur construction pouvaient courir sur 35 ou 42 ans !
Compte rendu : Colette Schauber avec la contribution de Sarah Algis.
Texte relu par Hervé Vieillard-Baron
vendredi 10 novembre 2006
L’Europe a mal en ses banlieues
Les révoltes ou la mal-vie dans les quartiers dits périphériques sont repérables partout. Le mode libéral actuel de construction de l’Union européenne nourrit ces terribles fractures.
L ’explosion qui s’est produite dans les banlieues françaises est-elle un coup de tonnerre dans un ciel européen serein, un phénomène spécifique qui traduirait exclusivement la crise du modèle républicain hexagonal ou est-elle au contraire le symptôme le plus aigu d’un délitement qui touche à des degrés divers tous les pays de l’Union ? Les réactions anxieuses, la crainte exprimée souvent ouvertement d’une contagion par de nombreux dirigeants de différents pays de l’Union européenne (UE) au cours des événements de l’an passé constituent déjà une réponse en soi à la question. Craintes d’autant plus vives que des explosions, certes moins importantes dans la durée et moins généralisées, avaient déjà défrayé la chronique comme à Birmingham en Grande-Bretagne, dans les faubourgs de Rotterdam ou certains quartiers de Berlin.
En réalité tous les modèles d’intégration sociale subissent depuis des années un impressionnant travail de sape. Dont le mode de construction libérale de l’Union européenne est en bonne partie responsable. Les critères de Maastricht qui ont préludé à la mise en place de la Banque centrale européenne et de l’euro - c’est-à-dire ces principes qui forment en fait le véritable noyau dur de l’actuelle UE - constituent une machine à rationner les dépenses publiques et sociales. Ceux qui subissent ces restrictions monétaires et budgétaires, traduisez gel des salaires et démontages sociaux, sont naturellement les classes les plus défavorisées qui habitent dans les quartiers dits sensibles.
L’exemple allemand est à cet égard très significatif. Le succès du modèle d’intégration sociale germanique passait notamment par le fameux système dual de formation au collège et dans les entreprises. La réduction des dotations publiques et le refus des firmes de verser aux différents fonds de financement des organismes de formation l’ont rendu aujourd’hui exsangue. Et un débat sur la raison de son délitement a fait irruption outre-Rhin suite à l’émotion suscitée par l’appel au secours de profs d’un établissement scolaire du quartier de Neukölln à Berlin, arrondissement populaire où vivent beaucoup d’immigrés d’origine turque. « les violences deviennent quotidiennes. Nous n’arrivons plus à les maîtriser et ne parvenons plus à délivrer notre enseignement », avaient lancé, en mars dernier, les profs de l’établissement de formation générale (Hauptschule) Rütli dans une lettre ouverte.
Interrogée par l’Humanité, la sociologue berlinoise, Eren Ünsal, montre combien « les enfants des couches sociales les plus exposées » et en particulier bien entendu les jeunes immigrés sont victimes d’une véritable ségrégation. Or dans le système scolaire germanique très sélectif l’acquisition d’une formation solide, grâce au système dual, constituait l’unique espoir de débouché pour les jeunes des quartiers populaires. Dans les établissements comme celui de Neukölln, l’offre de places d’apprentis ne cesse de se réduire. Du coup il n’y a plus d’autre issue pour les jeunes, à la sortie du cursus scolaire, que le chômage ou la précarité extrême. « C’est là qu’il faut chercher les raisons de la montée de la violence et des actes d’incivilité », souligne Eren Ünsal. Et désormais, menacer de renvoyer « chez eux » les jeunes en Turquie - en fait dans un pays qu’ils ne connaissent pas -, parce qu’ils ne satisferaient pas bien au test de langue ou de civilisation que l’on veut introduire, « c’est purement et simplement jeter de l’huile sur le feu qui couve dans des quartiers à cran », s’indigne la sociologue.
Partout dans l’UE on observe les mêmes évolutions. Et même le modèle dit des polders aux Pays-Bas, réputé pourtant durant les décennies passées comme l’un des plus efficaces en terme d’intégration sociale a subi lui aussi un profond délitement. Sous l’effet là encore des ponctions opérées sur les dépenses publiques ou des politiques plus ou moins consensuelles dites de « partage du travail » ou de « modération salariale », des couches de plus en plus importantes de la population, et en particulier celles habitant dans les quartiers populaires des grandes cités, ont été projetées au seuil de la misère. Jusqu’aux explosions de violence ou de racisme qui troublent aujourd’hui régulièrement l’actualité batave. Plus graves sont encore les évolutions parmi les nouveaux entrants de l’Est européen où la normalisation libérale a provoqué l’émergence de vastes zones d’extrême pauvreté.
Bruno Odent
lundi 20 février 2006
Regard Européen sur les quartiers urbains
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Conférence sur « Les politiques intégrées de l’enfance et de la jeunesse en Europe – une chance pour les quartiers urbains défavorisés » |
Cette Conférence porte sur les quartiers urbains défavorisés, ce qui implique qu’il doit aussi exister des quartiers favorisés. Il ne s’agit pas ici d’exclusion volontaire, mais de profonde inégalité des chances, dans laquelle les perspectives de vie sont déterminées non pas en fonction de ce que les personnes sont mais en fonction de leur lieu de vie, de leur lieu de naissance et de l’endroit où elles ont grandi. Il s’agit d’une discrimination flagrante qui érige un rideau de fer social pour des millions d’habitants de quartiers défavorisés à travers l’Europe.
La pauvreté, la marginalisation et l’exclusion sociale qui touchent ces quartiers constituent clairement une violation des droits de l’homme. Vivre dans de telles conditions n’est pas un choix, mais le résultat d’un manque d’opportunités et de soutien pour y remédier. Cela peut sembler évident, mais il faut le dire, car le mur de l’exclusion sociale est fait de préjugés et de désespoir. Pour le faire tomber, nous devons oeuvrer sur plusieurs fronts à la fois, et il n’est pas besoin pour autant, soit dit en passant, d’utiliser un nettoyeur haute pression.
Nous devons agir pour lutter contre les idées préconçues et intolérantes associées aux habitants des quartiers dits « difficiles », et plus particulièrement contre l’incitation à l’intolérance sociale et son exploitation, ainsi que contre le sectarisme prôné par des politiciens populistes.
Nous devons également convaincre les jeunes de ces quartiers que, si leurs revendications peuvent être justifiées, la violence n’est pas, et ne sera jamais, une solution. Gardons-nous toutefois de leur répondre par des discours creux, car ils nous répliqueront à coups de cocktails Molotov. Si nous voulons être crédibles et obtenir des résultats, nous devons proposer des alternatives qui puissent être mises en pratique et qui offrent aux jeunes des perspectives d’émancipation sociale réalistes, accessibles et immédiates. Nous devons agir, et pas seulement réagir, car les mesures réactives sont souvent beaucoup plus onéreuses et beaucoup moins efficaces, comme l’ont clairement montré les récents événements en France.
Tel est le raisonnement qui sous-tend le programme « Développement et chances de la jeunesse en zones urbaines sensibles », lancé par le Gouvernement allemand en 2000, et le Processus de Berlin, engagé lors d’un congrès en novembre 2004 et qui a conduit à la conférence d’aujourd’hui.
Le Conseil de l’Europe, et en particulier la Direction Générale de l’Education, de la Culture et du Patrimoine, de la Jeunesse et du Sport, ainsi que le Congrès des Pouvoirs locaux et régionaux, ont activement contribué au Processus de Berlin, qui a pris une dimension européenne plus large, comme en témoigne la participation à la conférence d’aujourd’hui.
L’action du Conseil de l’Europe vise à améliorer les perspectives éducatives, la formation professionnelle et l’insertion professionnelle des jeunes et de leurs parents, ainsi que leur accès aux droits sociaux. Encore faut-il concevoir des stratégies d’intégration et d’émancipation intelligentes qui poursuivent les objectifs susmentionnés, au lieu de considérer, comme c’est bien trop souvent le cas, que ces questions relèvent de la sécurité publique. Le problème des zones urbaines défavorisées est d’abord et avant tout une question sociale ; la réponse réside dans l’amélioration des politiques, et non dans l’augmentation des effectifs de police.
Le problème de l’intégration des quartiers défavorisés dans la société est également directement lié à la participation de leurs habitants à la vie publique et politique locale. A cet égard, je citerai deux instruments du Conseil de l’Europe, à savoir la Convention sur la participation des étrangers à la vie publique au niveau local – qui garantit à tout étranger résidant dans le pays concerné depuis au moins cinq ans le droit de vote et d’éligibilité aux élections locales – et la Charte européenne révisée sur la participation des jeunes à la vie locale et régionale.
Il convient également de mentionner la nouvelle campagne de jeunesse du Conseil de l’Europe intitulée « Tous différents – tous égaux », qui est destinée à promouvoir la diversité, l’inclusion, les droits de l’homme et la participation dans la société. Elle se déroulera de juin 2006 à septembre 2007 au niveau européen, national, régional et surtout local. Notre objectif est de toucher un maximum de personnes en Europe, et pas seulement des jeunes, et vous êtes tous invités à soutenir cette campagne et à organiser vos propres activités. Les comités nationaux de campagne et les agents du Conseil de l’Europe chargés de sa coordination vous donneront toute information supplémentaire dont vous pourriez avoir besoin à cet égard.
Le but de la présente conférence est de nous familiariser davantage avec les politiques intégrées de l’enfance et de la jeunesse en Europe. Nous en avons plus que besoin. Dans la plupart de nos pays, elles relèvent de ministres spécialisés, mais lorsqu’il s’agit d’utiliser des moyens et outils nécessaires pour traiter efficacement les causes économiques, sociales et politiques profondes des problèmes dont souffrent les zones urbaines défavorisées, ils ont peu d’influence, sinon aucune, en la matière. Nous devrions de toute évidence plaider en faveur d’une coordination plus soutenue et d’une plus grande intégration des politiques au niveau national, mais la majorité des actions peuvent – et devraient – être prises à l’échelon local, en associant les pouvoirs locaux, les entreprises privées, la société civile et d’autres acteurs.
Un collègue a décrit cette conférence comme un atelier géant, et je crois qu’il a vu juste. A vous tous, vous représentez 123 villes de 32 pays européens. Nombre d’entre vous sont confrontés à des problèmes semblables ; cette conférence offrira l’occasion de discuter et d’échanger des solutions, de tirer des enseignements erreurs commises par les uns et les autres et, surtout, des succès qu’ils ont pu remporter. Aujourd’hui, nous avons le Processus de Berlin, demain, nous aurons un Processus de Strasbourg, puis de Madrid, puis de Bucarest, et nous tisserons ainsi un réseau de villes partenaires qui s’échangeront des outils d’inclusion sociale.
Une génération entière de jeunes issus des quartiers défavorisés en Europe n’accepte plus d’être invisible. Ces jeunes sont en colère car on ne les respecte pas, ils sont en colère car on ne les considère pas comme des égaux. Ils veulent être éduqués et ils veulent travailler. Ils ne demandent pas la charité, ils veulent pouvoir apporter leur contribution. Et cette contribution est considérable. Investir dans leur avenir doit apparaître non pas comme une façon de contenir le passif, mais bien comme une manière de faire fructifier ce qui constitue pour nous un actif.
Mesdames et Messieurs,
Je suis persuadée qu'ensemble, nous pourrons faire un grand pas en avant et mettre la théorie en pratique, non seulement en parlant de stratégies, mais aussi en les appliquant. Ce dont nous avons besoin à présent, c'est d'une intégration par l'inclusion, avec un fort soutien de la jeunesse par la jeunesse.
Je vous remercie. Discours de la secrétaire adjointe du Conseil de l'europe









