jeudi 19 novembre 2009
Abdel Aïssou : "Il faut réinventer des formes d'alternance articulant davantage entreprises et bassins d'emploi"
Comment le Conseil national des entreprises pour la banlieue, qui rassemble aujourd'hui une dizaine d'entreprises, peut-il secouer les pesanteurs qui limitent l'accès à l'emploi des jeunes issus des quartiers défavorisés ?
En trente ans de politique de la ville, on n'a jamais autant essayé d'impliquer les entreprises. Or les économistes soulignent le rôle négatif que joue la déconnexion spatiale entre les lieux de résidence et les lieux d'emploi. Les zones de redynamisation urbaine accueillent 16 entreprises pour 1 000 habitants, contre 55 dans d'autres lieux. Il est nécessaire que les quartiers soient appréhendés comme de véritables bassins d'emploi et que les entreprises s'engagent via des stages et des contrats d'alternance. Mais nous proposons aussi qu'elles orientent 10 % de la taxe d'apprentissage en faveur des établissements de formation qui font des efforts concrets pour accueillir les jeunes des zones urbaines sensibles (ZUS).Les stages, ce n'est pas nouveau...
Trop souvent, pour les jeunes des quartiers, les stages sont mis en oeuvre en urgence et en fonction de possibilités restreintes. Nous souhaitons donc développer des banques de stages interactives, avec un traitement approfondi des descriptifs visant à une bonne adéquation entre les attentes de l'entreprise et le candidat, un classement des offres par domaine professionnel et par territoire et, surtout, une mise à jour instantanée des stages "occupés". C'est une réponse pertinente pour prévenir les discriminations.
Comment comptez-vous redynamiser l'alternance ?
Non seulement les jeunes ont du mal à accéder à un premier emploi, mais souvent ils restent bloqués dedans, faute de qualifications pour aller vers un second emploi plus intéressant. Il est nécessaire de réinventer des formes d'alternance plus courtes, articulant davantage les entreprises et les bassins d'emploi, pour proposer des parcours diplômants bien axés sur les besoins. Par exemple, l'IUT de Creil et Suez ont travaillé ensemble pour créer une "capacité" - diplôme remis à l'honneur - sur les métiers de l'environnement et du développement durable. Car ils correspondent à un potentiel d'emplois dans l'Oise ; les modules de formation ont été élaborés avec les professionnels du secteur. Le cursus dure six mois, dont 75 % du temps en entreprise. C'est ce type de projets concrets que nous allons favoriser dans les prochains mois.
lundi 2 novembre 2009
PESSAC, VIBRATIONS URBAINES.
15 000 visiteurs ont participé à cette douzième édition. Succès en hausse pour la culture hip-hop
Les douzièmes Vibrations urbaines ont crevé le plafond. VU ? « Nous avons accueilli environ 15 000 visiteurs. L'an dernier, nous étions à 13 500. Nous sommes proches de notre capacité maximale, en terme d'infrastructures et de parkings », s'est félicité Frédéric Arnaud, coordina- teur de la manifestation et responsable du service animation jeunesse de la ville.
Car cette manifestation, exceptionnelle par le succès qu'elle rencontre auprès des jeunes, est municipale. Elle a grandi harmo- nieusement, intégrant tous les aspects des cultures urbaines et du hip-hop : graf, skate, roller, BMX, musique, DJ, danse, customisation, battle, rap, sports de rue...
Entre terre et ciel
Cette année, les organisateurs avaient réparti les temps forts de ces différentes disciplines afin d'éviter à la fois les cohues et les temps morts. Conformément à la philosophie « street », le spectacle était aussi dans la rue, en particulier avec le BMX. Comme l'an dernier, des tonnes de terre ont été déversées sur la chaussée au coeur du site de Bellegrave, mais en plus grande quantité, pour former sept buttes. La nouveauté, c'était cette tour échafaudage, d'où les BMX s'élançaient de plusieurs mètres de haut. Immédiatement, ils bénéficiaient d'une vitesse leur permettant d'exécuter des figures époustouflantes.
De vrais courageux
La glisse a ses héros et ses bobos. Il y a eu quelques évacuations pour fractures et autres foulures. Les risques peuvent être bien plus graves et les pratiquants professionnels et amateurs, venus de toute la France et de l'étranger, sont de vrais courageux. Les meilleurs étaient là et cette qualité régulière a fait la réputation des VU.
Les soirées de Bellegrave ont fait salle comble. Celle de samedi a offert un bouquet final original à 700 personnes. Car pour la première fois, concert et compétitions de glisse se sont succédé, réunissant à la fois les jeunes inconditionnels et des familles bluffées par cette culture à part entière. Elle s'est encore exprimée toute la journée d'hier par de nouveaux exploits sportifs et la possibilité offerte au public de participer, comme toute la semaine, aux ateliers et animations. C'est aussi le but : transformer le spectateur en acteur.Auteur : WILLY DALLAY
lundi 26 octobre 2009
Rugby en banlieue: Respect sur le terrain
Une quarantaine de joueurs de rugby, de 8 à 13 ans, des quartiers de la CUB et autant d'accompagnateurs ont envahi samedi le terrain annexe du stade Moga.
C'était à l'occasion de la seconde édition du tournoi de rugby Aquitanis, organisé par l'association mérignacaise Drop de Béton, avec le soutien de l'Union Bordeaux Bègles.
Il s'agissait du « point de départ des actions de l'année avec l'ensemble des quartiers de l'agglomé- ration », a expliqué Ronan Appriou, chef de projet à Drop de Béton. C'était aussi jour de match en Pro D2, l'occasion d'inviter les petits Bordelais à donner la main aux joueurs de l'UBB pour une inoubliable entrée dans l'arène. En raison du mauvais temps, la moitié des équipes de quartiers initialement prévues a renoncé à se crotter sur le pré.
Pourtant, l'organisation parfaite et la chaleur humaine ont permis de célébrer le jeu et le « vivre ensemble » si chers aux animateurs de l'association.
La journée était également parrainée par le corps arbitral multisports girondin, qui a scrupuleusement observé le respect mutuel sur et autour du terrain.
Victoire de Bordeaux-Lac
L'équipe de Bordeaux-Lac a remporté le tournoi, devant Beutre et deux autres groupes de Mérignac, suivis d'Astrolabe (Belcier).
Les gamins de Queyries ont fini bons derniers, mais exemplaires premiers au challenge du fair-play, remportant le bouclier inspiré du Brennus. En fin de tournoi et avant la remise des prix en présence d'Olivier Brouzet et le goûter offert par l'Union, les accompagnateurs adultes ont disputé une partie de « rugby flag », sans les plaquages, mais avec le sourire.
La convention qui unit le bailleur social historique de l'agglomération bordelaise et Drop de Béton existe depuis trois ans et sera renouvelée en décembre pour trois années de plus.
Grégory Larcher, responsable du lien social à Aquitanis, a loué le travail accompli dans les quartiers, centres de loisirs et écoles par le président Jean-Claude Lacassagne, les Appriou et l'équipe de sept salariés, aidés par de nombreux bénévoles.
L'association a essaimé dans les agglomérations de l'Aquitaine et ouvrira en janvier une antenne en région parisienne. Ce sera dans le « 93 », une banlieue de référence.
Auteur : Frédéric Descoubes
jeudi 22 octobre 2009
Lormont: de la banlieue au Brésil
Les yeux de Fatiha brillent. « C'est un peuple si métissé, si chaleureux », dit-elle dou- cement. « La cuisine a été un support mais les échanges ont été tellement plus riches. » Fatiha est l'une des sept femmes de la Table d'hôtes qui sont parties le mois dernier au Brésil.
Lormont, Brésil ? Pourquoi donc ? Parce que la Table d'hôtes est un rendez-vous incontournable du Carnaval des Deux Rives chaque hiver. Parce que le groupe Moleque de Rua ne l'a pas oubliée. Parce que la Table a été invitée à participer à une tournée du groupe de Banales à Cabreùva, avec les Nubians, Adama Traoré, le vidéaste Zangro et l'acteur Hassan Zahi. Parce que cette tournée s'appelle « Quitutes et Batuques » (tambours et tambouille). Parce qu'elles ont dit « banco » avec les responsables du centre social et culturel Génicart. Parce que la vie n'est parfois pas trop dégueu.
La famille de Fatiha l'a convaincue et rassurée : « Ils m'ont dit qu'ils se débrouilleraient sans moi et que je devais absolument y aller ! » Un groupe de cinq la première quinzaine, un autre de sept pour la deuxième : jolie course de relais avec les artistes et la cuisine pour témoins. À chaque halte de la troupe, des ateliers de chant, de percussions... et de cuisine ! « Nous faisions aussi les repas pour les artistes, les invités et les accompagnants », souligne Fatiha. « Parfois jusqu'à 80 personnes. »
« Naturelle ouverture »
Centres culturels au coeur de villes moyennes et bourgeoises mais aussi au coeur de favelas, communautés africaines et même monastère bouddhistes : artistes et cuisinières ont varié les plaisirs et les atmosphères. « Point commun : la naturelle ouverture des gens, le vrai intérêt pour l'autre » résume Valérie Calmels, directrice du centre et membre de la première équipe. « Nous avions aussi conscience que dans le cadre d'une tournée comme celle-ci, nous ne serions pas en contact avec tous les aspects de la société, voire les plus violents. Côté cuisine, on nous attendait visiblement sur de la tradition française, et nous sommes venues avec la cuisine de la France d'aujourd'hui, métissée ! »
À quelques milliers de kilomètres, loin des rapports forcément établis à Génicart, les repères ont aussi bougé au Brésil, entre artistes, cuisinières et encadrantes. Visiblement au profit d'une plus grande proximité : « Nous revenons encore plus soudées qu'auparavant », dit Muriel Guionie, accompagnant la deuxième équipe. Muriel Guionie qui se souviendra longtemps de ces moines bouddhistes qui regardaient Woody Woodpecker à la télé... mais qui en fait préféraient encore plus le « Plus belle la vie » local. Dieu est partout, certes mais bon.
Connexions culturelles
Les Brésiliens mangent très salé et très sucré : les Lormontaises l'ont réalisé au fil des ateliers et de la confection en commun des repas. Fatiha a découvert que sésame se disait de la même manière en Portugais qu'en Arabe, que la viande séchée avec des haricots était aussi une habitude locale. « L'Afrique a été pour certaines de notre groupe et de nombreux Brésiliens rencontrés là-bas, le trait d'union, de retrouvailles », ajoute Valérie Calmels.
Des dialogues, des sons, des mélodies, des rires, des engueulades, des souvenirs, des photos à la pelle. Et Muriel Abaut qui a toujours du mal avec les noms de chacun, pour le plus grand plaisir des copines. « Inoubliable », conclut la discrète en souriant.Auteur : YANNICK DELNEST
jeudi 8 octobre 2009
Quartier Sans Cible présent au Forum " médias-banlieues"

© Camille Millerand / Ressources Urbaines
Presse & Cité et l’agence de presse Ressources Urbaines organisent une rencontre « médias – banlieues » inédite le mardi 13 octobre à la Grande Halle de la Villette, en présence d’une trentaine de médias de quartiers de tout l’Hexagone, de médias généralistes et grand public, d’acteurs associatifs et d’institutions travaillant sur et dans les banlieues.
Seront présents, entre autres, Hervé Bourges (Président du Comité permanent de la diversité de France Télévisions), Rachid Arhab (responsable du groupe de travail sur la diversité du CSA) et Pascal Riché (Fondateur de rue 89). La Secrétaire d’Etat à la Politique de la Ville, Madame Fadela Amara, clôturera la journée.
Cette rencontre professionnelle s’articulera autour de différentes tables rondes, débats, projections (interviews, clips, films courts…).
Vous êtes professionnel des médias, acteur associatif ou institutionnel travaillant sur et dans les banlieues ? Inscrivez vous en contactant Yslane Haïda par mail ou au 01 42 05 53 02.
Le programme de la rencontre :programme_0
lundi 5 octobre 2009
Un festival engagé et engageant
BÈGLES, TERRES NEUVES. Pluralité, mixité, solidarité, citoyenneté, échanges et rencontres... Autant de valeurs ardemment défendues par les organisateurs du festival RDV de Terres Neuves à Bègles
Les associations Les sangliers sont lâchés et ND musique ont présenté du jeudi 1er octobre à samedi 3 octobre, la troisième édition de cet événement activiste, dont l'âme fut insufflée dès 2006 par les membres du groupes Noir Désir. Trois jours d'art, de musique et d'agitation citoyenne concentrés sur un site urbain mais pourtant coloré. Un village associatif composé d'une dizaine de stands, un chapiteau pouvant abriter plus de 2000 personnes, le tout installé entre deux hangars.
Réflexions militantes
« J'apprécie le mélange de musique, d'art et de revendications. La musique permet très bien de relayer les idées. Ainsi, elle peut devenir un vecteur amplifié du militantisme en plus d'être un bon moyen de s'amuser » insiste Hervé Ronzière, un trentenaire attaché à l'existence de cet événement. Et le festivalier de poursuivre : « Si j'ai été présent lors des trois jours, c'est parce que cette manifestation et les problématiques qu'elles traitent, comme le rapport existent entre liberté et propriété, me passionnent. Et, je n'ai rien contre le fait de me détendre en musique ». Des débats, du graphisme, du cinéma, des ateliers d'écriture, de la musique : les réflexions militantes ont été, cette année encore, alliées à diverses modes d'expressions artistiques.
Il y eut les concerts, avec une programmation variée allant du hip-hop au Rock : les Puppetmastaz, Arthur H, The Hyènes vs Cali, IZIA, Bikini Machine, The Datsuns, Dollhouse, Aêroflôt, George Sound, 0800. Mais vinrent s'y ajouter des expositions. Vincent Perrottet dévoilait son exploration graphique intitulée « Travaille d'abord tu t'amuseras ensuite ». Aussi, quinze graphistes ont collaboré à des créations originales autour de la question : « Propriété = Liberté ? ».
Un public de fidèles
« Chacun possède un mode d'expression qui le touche plus particulièrement, multiplier les supports revient à toucher davantage de personnes. Moi c'est l'image. J'espère que pour la prochaine édition, la vidéo sera exploitée autant que la photo. Les projections ont manqués aux concerts » déplore Philippe Petit, un Bèglais de 28 ans.
Un public de fidèles s'est construit autour de ce festival. « Nous souhaitons toucher davantage de personnes pour encore plus de diversité. Et cette année grâce au collectif bordelais « Il Faro », activiste de la culture Hip Hop, nous avons pu collaboré avec trois classes du collège Pablo Neruda de Bègles et ainsi nous tourner vers un public plus jeune et pas toujours bien informer » explique Manu Ranceze, membre de l'association Les sangliers sont lâchés.
Mais les RDV de Terres Neuves c'est surtout une équipe de bénévoles dévoués et des artistes partageant les mêmes idées. Les musiciens présents n'ont été que défrayés. L'abandon de leur cachet prouve leur soutien.Auteur : Tania Gomes
http://www.lesrdvdeterresneuves.com/
jeudi 24 septembre 2009
centre social Saint-Exupéry
Le centre social et culturel Saint-Exupéry compte 68 familles adhérentes, représentant environ 150 personnes. Elles sont conviées à la journée portes ouvertes qui a lieu ce vendredi 25 septembre, à partir de 14 heures. Le directeur de ce centre, Fathi Gaddoumi, espère bien que d'autres Villenavais en pousseront la porte.
Arrivé en cours d'année 2009, il a pris le temps de découvrir Villenave. De constater que « les gens viennent souvent chercher un service concret, pour des papiers à la CAF par exemple ». Et de recenser les ressources, associatives notamment : « Nous sommes une petite structure, nous avons avant tout un rôle de fédérateur de partenariats. On ne fonctionne pas comme Pessac ou Bègles, avec une grosse équipe qui produit ses propres activités ».
Ce n'est pas forcément simple. Même les associations membres des instances de cet établissement public administratif ne sont pas forcément très assidues.
Un lieu ouvert
« Les gens croient qu'on est soit une association, soit un service municipal. Il faut qu'ils réalisent que Saint-Exupéry est un projet ouvert ». Exemple ? « L'arbre de Noël de l'an dernier. Au lieu d'un arbre par quartier, on en a fait un gros au centre, avec toutes les associations, ce qui a permis d'avoir un spectacle plus attractif ». Le modèle peut valoir pour d'autres fêtes.
Cela n'empêche pas le directeur et son équipe (1) de lancer leurs initiatives. Ils parlent de « continuité » dans l'action déjà engagée dans le soutien à la « parentalité », mais y ajoutent par exemple des ateliers de théâtre ou d'arts plastiques enfants-parents le mercredi et sans doute « un événement » pour lancer un « réseau local » sur ce thème.
D'autres projets sont à l'étude : une quinzaine interculturelle sur le thème du mot, de l'écriture et des voyages ; un travail sur la mémoire avec des cartophiles (c'est « ce qui est écrit derrière les cartes postales » qui intéresse Fathi Gaddoumi) ; ou encore le développement de sorties culturelles ou de loisirs, pour les familles, « à des tarifs appropriés ».
C'est de tout cela qu'il sera question demain après-midi à partir de 14 heures. « J'espère, ajoute Fathi Gaddoumi, qu'on pourra à la suite créer un groupe de bénévoles qui prendra en charge les actions et les sorties ».Auteur : gilles guitton
mercredi 23 septembre 2009
Univers Cités ou un autre regard sur la banlieue
Périphéries Productions,
CEMIC/Université Bordeaux 3,
l'association PLAN - LARGE
&
La ville d'Agen et le Centre Social de Montanou
vous invitent à la projection-débat du film
d'Ana Milena Pabón. Vendredi 25 septembre 2009 à 18 h Projection-débat en présence de l'équipe du film Voir le blog et la bande-annonce
Film documentaire de 52 min, 2009
Prix Spécial du Jury au Festival du Film de Chercheurs de Nancy 2009
au Centre Social de Montanou
rue Montanou
Place de quartier
Centre social Agenor Est
47000 Agen
Tel : 05.53.87.98.87
La projection est accompagnée d'une exposition
des portraits réalisés par le photographe Vincent Bengold
dans le cadre de la recherche.
au Centre Social Montanou
du 22 septembre au 2 octobre 2009
Projections à venir :
Talence,
Pessac - MSHA le 16 novembre 2009
et Paris - Cité des sciences le 29 novembre 2009
SYNOPSIS
Nayra, doctorante en sciences humaines, arpente durant plusieurs semaines les quartiers classés "zone urbaine sensible" des villes de Pau, Agen et Floirac. Son objectif : découvrir de quelle façon les pratiques médiatiques participent à la construction identitaire des "jeunes des cités". Sa mission : rentrer en contact avec ces jeunes et les convaincre de participer à sa recherche.
Univers Cités est un film qui multiplie les rencontres. A mesure que progresse la jeune chercheuse, se construisent des portraits qui révèlent une grande diversité d'histoires et de cheminements. Le parcours de Nayra devient peu à peu celui du spectateur, progressivement saisi par l'authenticité des témoignages recueillis. Sous les regards conjugués des chercheurs et de la caméra, se compose un Univers des Cités, souvent très éloigné des stéréotypes habituellement attachés à "nos quartiers".
Le film a reçu le soutien de : ACSE / Aquitaine Valo / Conseil Général de la Gironde / Université de Bordeaux3 CEMIC
mardi 15 septembre 2009
Léo Lagrange se retourne dans sa tombe
Par YVES BLEIN de la Fédération Léo-Lagrange
Amis de l’éducation populaire, réjouissez-vous ! Grâce à la fameuse réunion initiée par le ministre de l’Intérieur sur le thème on ne peut plus médiatique de «la relation entre la jeunesse et les forces de l’ordre», on a parlé de nous dans la presse et même à la radio. Chouette ! Peut-être regretterez-vous l’ironie avec laquelle les mouvements d’éducation populaire ont été cités. Rendez-vous compte, nous ne sommes que des vieux mouvements ringards, sans aucune notoriété, et surtout pas représentatifs de la jeunesse. C’est ça, aussi, d’être nés il y a plus de cinquante ans ! La longévité n’est apparemment pas un gage d’image médiatique positive. Le pauvre Léo Lagrange, créateur du temps libre, se retournerait sans doute dans sa tombe. Mais que dire, à la Fédération Léo-Lagrange (FLL), de nos 3 000 salariés qui proposent au quotidien et dans toute la France des loisirs éducatifs aux enfants, jeunes et familles ? Que dire des jeunes qui fréquentent nos centres d’animation ou des volontaires de notre programme d’éducation citoyenne, Démocratie & Courage ! qui interviennent dans les collèges et les lycées pour lutter contre les discriminations ? Que dire encore de tous ceux qui partent en vacances grâce à notre partenariat avec l’Agence nationale pour les Chèques-Vacances ou de ceux qui passent avec nous leur Bafa, partent en chantier international ou en volontariat européen ? On comprend leur déception. Dans l’imaginaire collectif et médiatique, ils n’existent pas.
Ne soyez donc pas si chagrin ! On parle de nous, c’est déjà formidable ! Souvenez-vous, quand on essaye d’organiser des événements, à quel point il est difficile d’attirer l’attention. Nos assises pour la jeunesse organisées en 2007, n’ont pas fait grand bruit. Des jeunes de toute la France s’étaient pourtant mobilisés pour présenter des propositions d’amélioration de la politique jeunesse (soit dit en passant, la question des relations jeunesse-police n’avait pas été absente de leurs réflexions). Un problème récurrent est pourtant soulevé ici. Pourquoi l’éducation populaire est-elle si méconnue ? Quand on parle de la FLL à une personne «hors réseau», ça ne lui évoque pas grand-chose. A chaque fois, on doit expliquer : notre histoire, notre projet éducatif, mais surtout le concept d’éducation populaire lui-même qui vise à donner les moyens à tous, tout au long de la vie, de s’épanouir et de s’emparer de sa citoyenneté. Cette ambition implique d’intervenir dans beaucoup de champs et de s’adresser à tous les publics. Difficile dans ces conditions d’axer sa communication sur un sujet en particulier ou de tout résumer en une phrase. C’est bien un projet de société que nous portons. Vous regrettez aussi sans doute que nos noms aient été cités dans ce contexte-là. Les critiques qui se sont élevées quant aux méthodes du ministère de l’Intérieur nous ont écorchés au passage ? Dommage collatéral ! Le ministère l’a bien cherché, nous sommes les premiers à en convenir. Et puis les journalistes doivent aller à l’essentiel. Citer la FLL a moins d’impact qu’interviewer des associations plus médiatiques (souvent les mêmes à qui l’on reproche de n’être que ça). En allant à cette réunion, notre ambition n’était pas de représenter «les» jeunes, mais de faire part de notre opinion sur le sujet, forts de notre expérience de terrain. Malgré nos réserves, nous n’allions pas refuser une main tendue. Nous en sommes ressortis déçus. Outre l’angle simpliste qui a été choisi pour aborder la question, la parole ne nous a pas été donnée ! Manque de notoriété sans doute. La présence majoritaire d’associations de banlieues, la vision sécuritaire du ministre et la raison qui l’a amené à organiser cette réunion ont vite limité le débat à la question des jeunes des quartiers populaires, qui plus est avec un certain strabisme parisien.
Beaucoup de bruit pour rien ? Pour la question des relations jeunesse-police, c’est certain. Si les politiques jeunesse s’inspiraient davantage de nos propositions, nous n’en serions peut-être pas là. Espérons au moins que cela permette de faire connaître l’éducation populaire, un concept qui mise avant tout sur le collectif et le progrès social, souvent loin du tumulte médiatique national. Un concept d’avenir dont nous avons bien besoin !
lundi 17 août 2009
Cours de cuisine légère au pied des immeubles
Depuis le matin, les employés des services techniques de la Ville refont la pelouse synthétique du city stade de Beaudésert. Les gamins de ce quartier mérignacais attendent la fin des travaux de pied ferme. Leurs mamans sont déjà là. Elles guettent la cuisine mobile de la Banque alimentaire qui doit faire escale au pied de la cité Concorde.
Objectif de l'opération : apprendre à ces dames à cuisiner des légumes qu'elles connaissent mal ou ignorent. C'est Céline Montezin qui s'y colle. Conseillère en économie sociale et familiale et salariée de la Banque alimentaire, elle parcourt la Gironde depuis quatre ans pour distiller de précieux conseils culinaires. Sans prétention aucune.
« Du pain sur la planche »
La veille, elle était à Grignols. Récemment, elle a fait escale à Bazas et dans le Blayais : « Je vais là où les associations partenaires de la Banque alimentaire me demandent de venir. Au fil du temps, on s'est aperçu que les fruits et les légumes contenus dans les colis que nous distribuons étaient mis de côté et finissaient par pourrir, ou bien partaient directement à la poubelle. Notre slogan est de dire "halte au gaspillage". D'où cette idée de montrer comment on peut utiliser au mieux ces produits. »
De temps en temps, sa caravane équipée file vers le bassin d'Arcachon : « Pas souvent, parce que les associations sont moins demandeuses, mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de besoin. Par contre, nous avons du pain sur la planche en milieu rural, où vont se réfugier de plus en plus de gens démunis. Contrairement aux idées reçues, ce n'est pas parce qu'on vit à la campagne qu'on mange à sa faim. »
Céline est venue à Mérignac à la demande des médiateurs sociaux. Elle a amené du melon, des betteraves, des fenouils et des fruits à la pelle. Charline, la fille de Bernadette, une habitante de la cité Concorde, s'est dévouée pour râper les betteraves : « On en mange quelquefois mais déjà cuites. On va essayer crues », sourit la maman. Un peu d'échalote relèvera le goût.
Pendant ce temps, les mamans observent Céline, qui vient d'enfourner les fenouils dans la cocotte pour leur faire prendre un bain de vapeur avant d'aller mijoter avec des tomates, des carottes et des oignons. La cuisine mobile est une vraie cuisine : un frigo, deux plaques de cuisson, un four, deux éviers. Le tout en inox, aux normes.
Dans le coin, une petite table permet de déguster les mets : « En général, j'accueille quatre ou cinq personnes. Aujourd'hui, c'est un peu exceptionnel. » Effectivement, Anne et Leila, les médiatrices, ont prévu d'inviter les riverains au déjeuner. Principalement les mamans et leurs enfants. Les papas travaillent où sont partis en vacances au pays. Seuls.
Elles ont l'habitude : « L'autre jour, au repas moules frites du centre social, il n'y avait que des femmes. » Et elles se sont bien amusées. C'est aussi le but de ces retrouvailles.
Développer l'expérience
Fatima, Nadia et Nagia pèlent les fruits : grenades, oranges, bananes, kiwis. Elles découpent des pastèques pour en faire des bols. Ils serviront à présenter la salade de fruits.
L'odeur anisée du fenouil chatouille leurs narines inquiètes : « Je n'en ai jamais goûté comme ça. Je le mets juste quelquefois dans le tajine. » Offert par la mairie de Mérignac, le saumon finit en papillote. Nagia sait faire.
Sur le coup de midi, les médiatrices vont chercher les tables et les chaises prêtées par l'école voisine. Au total, une trentaine de personnes sont présentes, enfants compris. Les petits touillent leurs légumes, les reniflent et les avalent. Bernadette reste ferme : « J'ai essayé, je ne recommencerai pas. Le fenouil à la vapeur, ce n'est pas pour moi ! » Leila, la médiatrice ne renonce pas : « L'an prochain, on va tenter de développer cette expérience dans tous les quartiers. » Céline est ravie. Sa cuisine mobile va encore avaler des kilomètres. Auteur : DOMINIQUE MANENC













