Quartier Sans Cible...Changeons l'image de la banlieue !

L'association Quartier Sans Cible décortique se qui se fait de mieux dans les banlieues. Elle essaye d'analyser les problématiques urbaines et donne la parole à tous les acteurs des quartiers populaires. Ensemble, changeons notre regard sur la banlieue !

vendredi 13 novembre 2009

Azzeddine et Benchetrit font parler les cités

Difficile de romancer la banlieue. Encore plus d'en faire parler les jeunes. Samuel Benchetrit et Saphia Azzeddine s'y sont essayés. Avec des bonheurs divers.

Ils pourraient former un beau couple : à ma gauche, Samuel Benchetrit, 36 ans, look d'éternel ado ténébreux, écrivain, cinéaste, dramaturge et ex-compagnon de Marie Trintignant ; à ma droite, Saphia Azzeddine, 29 ans, belle comme le jour, romancière, actrice à ses heures, bientôt cinéaste et ex de Jamel Debbouze. Si le premier s'est déjà fait un nom avec ses films (Janis et John, J'ai toujours rêvé d'être un gangster) et ses livres (Chroniques de l'asphalte), la seconde est en passe d'acquérir une jolie notoriété, après le succès en librairie et au théâtre de Confidences à Allah(2008), le subtil monologue d'une bergère marocaine condamnée à la prostitution.

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Hasard de l'édition, les voici réunis en cette rentrée littéraire avec deux romans aux accents "petitnicolaesques" sur la banlieue vue à travers les yeux d'un gamin de la cité. Celui de Benchetrit, Le Coeur en dehors, a bénéficié d'un coup de projecteur avec la curieuse opération "satisfait ou remboursé" des magasins Virgin, qui s'est soldée par de bonnes ventes (28 000 exemplaires à ce jour) mais aussi par quelques critiques incendiaires dans la presse. Excès d'honneur ou de déshonneur que n'a pas connu Mon père est femme de ménage, signé Saphia Azzeddine. Dommage ! Car, disons-le tout net, ce dernier a notre préférence. Mais reprenons.

On peut naviguer parmi les beautiful people et avoir été fils de serrurier de banlieue. On n'en disconviendra pas : Samuel Benchetrit a trouvé le juste ton pour faire parler son Charles Traoré, dit Charly, 10 ans, né de parents maliens et élève de sixième dans l'une de ces cités franciliennes où fleurissent les tours aux doux noms de poètes. Le père est parti depuis longtemps ; Joséphine, la mère - aimante - est femme à tout faire chez un couple âgé de gentils Français, et le frère aîné, Henry, se drogue allègrement. L'action se déroule entre 8 heures et 23 h 40. Joséphine, sans-papiers, vient de se faire arrêter. Désespéré, Charly cherche son frère partout, tout en songeant à Mélanie, la petite Française de son coeur qui habite, elle, dans un quartier pavillonnaire. L'occasion de nous faire une visite guidée de sa cité, de ses violences, de son inhumanité, de sa bibliothèque Proust... C'est là où le bât blesse, d'autant que, par magie, Charly - toujours 10 ans - nous parle de Baudelaire, Sartre, Beauvoir, Picasso ou encore de Rimbaud. Tout y passe, ce n'est plus un roman, mais un documentaire appliqué et didactique à l'attention des pauvres lecteurs du VIIe arrondissement.

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On peut être d'origine marocaine et ne jamais avoir vécu en banlieue. Tel est le cas de Saphia Azzeddine, plus familière des rives du lac Léman et des quais de Seine que de l'asphalte de la Seine-Saint-Denis. Son narrateur, Paul, dit Polo, 14 ans, élève de troisième, a migré avec sa famille de la campagne normande vers une cité francilienne. A la sortie de l'école, il va souvent aider son père, homme de ménage dans les bibliothèques ou les entreprises. Une image paternelle guère reluisante, d'autant que Polo, amoureux des mots, joue les intellectuels (trop peut-être, était-il nécessaire qu'il cite Kundera et Borges ?) Pourtant, ce père vaut mille fois mieux que sa mère, "paralysée et moche", et sa bimbo de soeur à la petite cervelle. Cette dernière rêve d'être noire. Lui, Polo, se verrait bien musulman, histoire d'avoir des vrais dîners de famille et des vacances au bled. Le style est enlevé, enjoué. Loin des poncifs habituels, Polo, que l'on voit évoluer au fil des ans, entre peines de coeur et engouements, nous amuse. Et décrit mille fois mieux, finalement, les maux des déshérités d'aujourd'hui que l'enfant du bitume Samuel Benchetrit.

Le Coeur en dehors, par Samuel Benchetrit. Grasset, 304 p., 18 euros.

Mon père est femme de ménage, par Saphia Azzedine. Léo Sceer, 176 p., 17 euros.

Par Marianne Payot

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dimanche 13 septembre 2009

Le Cœur en dehors Samuel Benchetrit

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L'écrivain, également réalisateur, propose un regard sur la vie des quartiers quand on est haut comme trois pommes. Son petit Charly parle de choses aussi sérieuses que la vie dans la cité, l'amour secret pour une fille et la crainte de ne plus revoir sa mère malienne et sans papiers. Sans militantisme, ni politique. Mais avec une grosse pointe d'humour. Simplement le cœur à nu. Déjà dans les « Chroniques de l'asphalte », vous aviez pris la banlieue pour décor. Vous recommencez avec « ». Mais la banlieue n'est plus la même, aujourd'hui ? Dans les Chroniques c'était la banlieue des années 80, celle où j'ai grandi, dans un quartier HLM de Champigny-sur-Marne.

Ce roman, c’est l’histoire de Charlie Traoré, un gamin, dix ans, black d’origine malienne, adorable, vivant en banlieue, entre la Tour Rimbaud et la Tour Simone de Beauvoir, et dont tout l’univers se résume aux copains, à une amoureuse prénommée Mélanie, à son frère drogué, et à sa mère surtout - qui, au début du livre, est " appréhendée " par la police car ses papiers ne sont pas en règle. Pendant toute cette journée (les chapitres du livre, d’ailleurs, se contentent d’être titrés par l’heure qui tourne), Charlie va errer dans sa cité. Il va chercher son frère Henry, rendre viste à des braves gens, frôler des voyous, jouer au foot, sécher l’école, rêver, suivre ses folles associations d’idées, ses digressions d’enfant-adulte, attendre sa mère, si douce, si aimante…

Mais ce roman, c’est surtout une langue, un style, une vision innocente du monde. Ici, c’est Charlie qui parle, pense, regarde - et il est alors difficile de ne pas évoquer à son sujet le légendaire Attrape-cœur de Salinger. Car le petit Charlie est vraiment attachant et le regard qu’il pose sur sa " cité " sordide et magnifiée est, à chaque ligne, rempli de drôlerie et d’éblouissement. Au début du livre, il croit que Rimbaud n’est qu’une Tour. A la fin du roman, il saura que c’était un poète qui dit des choses qui lui semblent vraies et proches. Son Odyssée de l’aube jusqu’au soir, est de celles qui ne s’oublient pas. Pas l’ombre d’un misérabilisme ici : un enchantement de tendresse et d’humour.

Samuel Benchetrit est écrivain (Chroniques de l’Asphalte, tomes 1 et 2 parus chez Julliard), cinéaste (" Janis et John ", et son dernier film : " J’ai toujours rêvé d’être un gangster ", prix du scénario du Sundance Film Festival) et acteur. Il est, par ailleurs, auteur de théâtre : Comédie sur un quai de gare. Elevé en banlieue, en " cité ", il a choisi ce décor, mais en en faisant, contrairement aux discours en vogue, un séjour heureux et poétique, pour servir de toile de fond à son écriture nerveuse et froissée

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lundi 8 juin 2009

Le site qui est à l'écoute des mots des banlieues

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Le site ledictionnairedelazone.fr propose un lexique très complet des mots d'argot employés par les jeunes, notamment de banlieue. A l'origine de ce dictionnaire, un informaticien industriel, poète, passionné de littérature et auteur de nouvelles.

"J'écris sur la banlieue en utilisant les termes des jeunes, raconte Abdelkarim Tengour. J'ai progressivement constitué un dictionnaire personnel sous Word pour faciliter les corrections. Et, comme ces mots m'intéressaient, j'ai ajouté leurs définitions".

Dans un premier temps, il met en ligne son lexique en annexe de son site internet littéraire, baptisé cobra-le-cynique, en référence à son pseudonyme d'écrivain. J'ai rapidement constaté que l'annexe attirait plus de visiteurs que le site principal et j'ai donc lancé le dictionnaire de la zone".

Après neuf années, le lexique comporte près de 1 900 entrées, actualisées régulièrement par Abdelkarim Tengour ou par ses visiteurs. A partir de cette base de données sans équivalent, lemonde.fr propose une sélection de vingt termes parmi les plus consultés.

Zarma Interjection. De l'arabe (maghrébin) zarma (c'est à dire, par exemple, soit disant). Accentue généralement le côté dérision dans une phrase : "Zarma, depuis qu'il bosse chez Carrefour, Djamel, il veut même plus nous adresser la parole !" Syn. Genre, style.

Bicrave Verbe transitif invariable. Du romani. 1. Vendre (de la drogue), dealer : "Franchement, je lui ai mis une grosse carotte avec le keusdi que je lui ai bicrave !" 2. Voler.

Asmeuk Locution. Verlan de asse comme. Comme ça : "C'est un phénomène de banlieue/Dur de rester sage quand on fait partie de ce milieu/Pour moi c'est une journée comme tant d'autres/Check ça, c'est asmeuk mon lauss" Sté Strausz/C'est la même histoire (C'est asmeuk) (La Haine B. O. - 1995).

Hagra Nom féminin. De l'arabe 'agra (humiliation, mépris). Misère, injustice : "Pour tes dernieres z'heures dans ce monde ta date de mort y va avec/Tu sais y a pas trop le temps mais bon faut faire avec/T'as vu un babtou, y'a une hagra qui va avec/Ton pointeur à Fleury, la ronde solitaire y va avec" Sefyu/La vie qui va avec (Molotov 4 - 2006).

Babtou Nom. Verlan de toubab. Personne de race blanche européenne, occidental : "J'suis le seul babtou dans cet soirée zouk, normal que j'me fasse remarquer !". Toubab (babtou en verlan) nom. Du mandingue toubabou (blanc). 1. Personne de race blanche européenne, occidental : "Tu connais la nouvelle ? Fatou, elle sort avec un toubab — Pas possible !" 2. Africain ayant adopté le mode de vie européen.

Rodave Verbe transitif. Du romani. 1. Regarder, surveiller, observer : "Rodave c'te VR6 sur la file de gauche ! Comment elle dégomme, mon gars !" Syn. dikave. 2. Percer à jour, découvrir, surprendre : "Marcello s'est fait rodave par les keufs en train pécho un auto-radio ! Mais il a réussi à tailler !" Syn. griller.

Racli Nom féminin. Du romani. Femme, fille : "Je voulais comme les grands, comme les grands de ma téci/Le samedi soir, le dimanche fourrer une racli". Neg'Marrons/20 ans (Rue Case Nègres - 1997), Syn. gadji.

Narvalo Adjectif et nom. Du romani. Fou, débile : "Regarde le mec, il est narvalo à se balader avec un slip sur la tête !".

Wesh-wesh ou ouèche-ouèche Nom. Jeune des cités. Syn. ziva.

Baltringue Nom masculin. 1. Personne qui ne s'avère pas capable d'accomplir certaines tâches, incompétent, incapable : "Didier, c'est un baltringue, il comprend rien à l'informatique et il veut donner des conseils !" Nom féminin. 2. Personne méprisable. 3. Personne peureuse, couarde, timorée : "Depuis qu'il s'est embrouillé dans le quartier, Matthieu, il sort plus de chez lui, il flippe comme une baltringue !".

Alouf ou allouf Nom féminin. Allumette : " Reste plus d'aloufs ! Comment j'allume le gaz ?".

Zetla ou zotla Nom masculin. Haschisch, résine de cannabis : "Années 90, entre foncedé, zetla et 16,/Les histoires de pèze en dansant sur des braises, /Beaucoup trop de foutaises, j'ai souvent vu le chiffre 13/Tout en évitant le Père Lachaise" Passi/79 à 97 (Les tentations - 1997).

Faya Adjectif. Déformation du mon anglais fire (feu). 1. être sous l'emprise de drogue ou d'alcool : "La misère est mon vice, fils, je suis faya" Doc Gynéco Les mêmes droits (Liaisons dangeureuse - 1998). Syn. déchiré, défoncé, dépouillé, pété. 2. être très fatigué. 3. Mettre une bonne ambiance, animer agréablement. ~ nom masculin. 4. Pagaille, désordre : " Je viens foutre le faya je crache des flammes comme un dragon/Nique le système ils auront le feu car ils ont semé la haine" Sniper/Brûle (Trait pour trait - 2006). Syn. bordel, boxon, dawa.

Tafiole Nom féminin. 1. Homosexuel : "Regarde moi cette tafiole avec son débardeur rouge et son pantalon en sky !" Syn. fiotte, tapette, tarlouze. 2. Homme lâche, couard. Syn. femmelette, fiotte, tarlouze.

Bougnoul ou bougnoule Nom. Du wolof bougnoul (noir). 1. raciste. Terme raciste pour désigner un noir. 2. raciste. Terme raciste pour désigner un arabe ou un maghrébin.

Abouler Verbe transitif. Apporter, donner : "Si tu veux rentrer dans ma soirée, aboule le fric !".

Ainf Nom féminin. Verlan de faim. Faim : "Quand c'est qu'on bouffe, j'ai grave ainf !".

Zamel Nom masculin. Homosexuel : " J'suis l'homme, " I'm the man " pas l'zamel, chaque semaine | J'me démène pour que mes rimes cognent dans ton abdomen " Zoxea / La ruée vers le roro (À mon tour de briller - 1999).

Bolos Nom. 1. Se dit qu'une personne d'apparence faible et sans défense que l'on peut facilement gruger ou voler, dupe : "Vise le p'tit blond qui s'ramène au bahut avec son portable bluetooth ! Il a trop une tête de bolos à se le faire tirer !" Syn. victime. 2. Personne peu sérieuse, fumiste. Syn. bouffon.

Al Adverbe. Verlan de là. Là : " Il est al Mohamed ? — Non, il est sorti !". Etre al expression. Etre présent, qui se manifeste : "Tu peux dire c'que tu veux mais dans le show biz j'suis al !".

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dimanche 31 mai 2009

Zone Cinglée par Kaoutar Harchi un livre à découvrir

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Quartier sans Cible est heureux de vous faire découvrir le premier livre de Kaoutar Harchi. L'écriture est percutante et poétique. Nous sommes sensible à cet autre regard de la banlieue. La cité vue comme un univers où tout est possible...

Kaoutar Harchi bientôt sur Quartier sans Cible

Résumé

Dans la Zone cinglée de la Cité, les Mères règnent en maîtres. Afin de lutter contre l'attrait mortel de la Ville-Centre, elles créent une armée d'enfants chargés d'empêcher le souvenir des morts de venir hanter les vivants. Tâarouk a 26 ans et décide de s'affranchir de ces deux lieux. Il pénètre donc dans la Cave, un endroit libre à mi-chemin de la Cité et de la Ville-Centre.

Quatrième de couverture

"Je me penche à la fenêtre. L'épicier baisse le rideau de son magasin. Dans l'allée principale de la Cité, les Mères ne marchent pas ; elles défilent. Je les suis du regard. La pluie tombe d'un coup. Dru.

L'orage gronde. Les Mères défilent. Je retiens mon souffle, l'estomac noué sous le rythme rapide de leurs sandales qui claquent."

Dans la «zone cinglée» de la Cité, les Mères règnent en maîtres. Lasses de pleurer leurs fils consumés par les lumières de la Ville-Centre, elles se jettent à corps perdu dans une étrange Cause : créer une armée d'enfants pour empêcher le souvenir des morts de hanter les vivants.

Taârouk, 26 ans, balaye les folies qui l'entourent - celle des Mères folles de la Cité, celle de sa propre mère défunte, celle de son frère «mangeur d'haltères» dont le seul rêve est d'être un poster. Une nuit, il brave le tabou suprême en pénétrant dans la Cave : un lieu libre, à la frontière de la Cité et de la Ville-Centre, où les deux mondes entrent parfois en collision

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mercredi 6 mai 2009

En attendant que le bus explose

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Deuxième roman de Thomté Ryam, après le remarqué Banlieue noire, En attendant que le bus explose s'intéresse à nouveau à la jeunesse black-blanc-beur, à travers une sympathique galerie de personnages. Dommage que le style et le propos de l'auteur soient si naïfs.

Comme Alain Mabancko avec son truculent Black bazar, le jeune Thomté Ryam (30 ans) plante le décor de son récit choral à Paris, dans le XXe arrondissement. Mais l'ex-footballeur d'origine tchadienne ne joue pas encore dans la même division que l'auteur congolais des Mémoires de porc-épic.

Malik, alias « El magnifico », sort de taule. Il a 24 ans, et a déjà perdu 3 ans de vie derrière les barreaux. Mais par chance, son chemin croise rapidement celui de Charlotte, informaticienne de 25 ans, sa ravissante voisine de palier, et d'Anthony Duval, 38 ans, chanteur-guitariste qui fait la manche dans le métro. La première devient sa copine, le rend heureux et parfois jaloux, lui demande d'arrêter de fumer sans toujours y parvenir, et lui donne confiance en son écriture : Malik vient de finir un premier roman. Le second, Anthony l'incompris, devient son compère de picole, son comparse de réflexion philo-dingo, fatigué de cette farce qu'est l'existence humaine.

Autour d'eux gravitent des gens du quartier. Maxou et Anastacia, jeunes amoureux au chômage, se sont mis à la salsa parce qu'ils misent tout leur avenir sur le pactole d'un jeu télé idiot, opposant des couples entre eux. Le petit frère de Maxou, est surnommé Bonheur alors qu'il broie du noir. Lunaire et imprévisible, Bonheur parle fréquemment à son billet de cinq euros, et décide de se présenter aux élections municipales habillé en « cinquième clown », en référence à la fausseté ridicule des quatre autres candidats. Comme El Magnifico, Charlotte et tous les autres, Bonheur prend chaque jour le même bus, le 51, conduit par un chauffeur irascible et paresseux. Ce bus qui va exploser, et tuer 24 personnes.

Ryam agence son récit sous la forme d'une tragédie urbaine, avec un long et unique flashback. L'incipit nous dévoile en filigrane le drame du bus : on ne sait pas qui est mort dedans. Puis le reste du roman revient sur les deux mois qui précèdent le bain de sang, et les personnages qui le peuplent apparaissent comme en sursis. L'écriture de Ryam n'est pas désagréable, plutôt vive et parfois inventive dans sa description du quotidien d'un quartier, avec ses personnages attachants, comme « El Magnifico », son alter ego évident, dragueur et franc, un peu idéaliste sur les bords.

Mais le style d'En attendant que le bus explose est trop naïf et relâché pour gagner le lecteur de plus de vingt ans. A de jolies salves sur le Tchad, la fascination pour la télévision ou l'art de faire la manche dans le métro s'agrègent en effet de faiblardes réflexions politiques, condamnant gentiment, sans tact ni humour la société actuelle et ceux qui la gouvernent. Les passages « slammés » n'apportent pas grand chose non plus, si ce n'est un cachet ghetto prévisible, à la limite du cliché. Reste une modeste mais attrayante galerie de personnages d'aujourd'hui. N'est pas Mabanckou qui veut.

Thomté Ryam, En attendant que le bus explose, éditions du Rocher, 2009.

Eric Vernay

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lundi 27 avril 2009

Comment évolue le traitement médiatique des banlieues ?

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Les Médias de la banlieue, éditions INA-BDL. Recueilli par Maxime Robin

« Quand on parle d'un fait divers, on ne parle pas du chômage »

Comment évolue le traitement médiatique des banlieues ?

Aujourd'hui, les faits divers dominent, au détriment des pages « Société ». Ils font vendre, mais occultent des problèmes qui ne sont pas les moins graves. Pendant qu'on parle d'un fait divers, on ne parle pas du chômage, de l'ennui. A travers le fait divers, la vision des médias est aussi influencée par la police, par exemple dans la généralisation du terme « violences urbaines ». Alors qu'au départ, c'est le nom d'une section des Renseignements généraux.

Le traitement diffère-t-il selon les générations ?

Les journalistes de plus de 50 ans ont un regard plus politique sur la banlieue et ne craignent pas de mettre en avant un passé militant. Les nouvelles générations font une nette différence entre l'engagement politique, qui relève de la sphère privée, et leur travail. Elles ont une approche pragmatique, réfléchissent en termes de conditions d'accès, de matériel technique adéquat.

Y a-t-il aussi une différence sur le fond ?

Les nouvelles générations semblent privilégier les « tranches de vie » et le discours « neutre », au détriment d'un discours politique. Comme si un habitant politisé ne rentrait pas dans le cadre.

On a l'impression que l'on oscille entre une image très négative et une défense des « expériences positives » des quartiers...

Il y a un contre-discours défensif, que les habitants produisent en réaction à une image dominante négative. Mais ce contre-discours est ambivalent, il lisse certains aspects. Par ailleurs, certains journaux, après les émeutes, ont mis en avant ces expériences positives dans une volonté réparatrice. C'est une réponse en écho, on ne sort pas du cercle. W

LE LIVRE

À la fin des années 1990, le traitement journalistique des quartiers populaires périphériques s’est focalisé sur des faits de violence impliquant des jeunes hommes issus de l’immigration. Pourquoi l’attention des journalistes s’est-elle portée sur cette fraction de la population des cités ?

Ce livre se propose d'y répondre à travers l’étude des quartiers populaires et des logiques journalistiques. Depuis les années 1970, les cités HLM périphériques ont été marquées par un double mouvement de paupérisation et de disqualification sociale. La dégradation du cadre bâti sur fond de crise économique s’est accompagnée du départ des petites classes moyennes françaises et de l’installation puis de la relégation durable d’un prolétariat en grande partie immigré.

  Progressivement, les jeunes gens ayant investi les espaces collectifs sont devenus le point de focalisation des regards et leurs usages de l’espace comme leurs formes de sociabilité, ostensiblement présentes, une source de tensions. Parallèlement, le fonctionnement journalistique a été marqué par des profonds changements : libéralisation des médias audiovisuels, concentration de la presse... Dans les rédactions, les faits divers ont pris le pas sur les sujets sociaux et le modèle du journalisme « professionnel » a remplacé celui du journalisme engagé. Leurs manières de travailler se sont également trouvées modifiées par la professionnalisation croissante des sources d’informations.

En effet, pour se prémunir des incursions médiatiques et éviter les dérapages journalistiques, des institutions et des groupes plus informels ont mis en place des stratégies de communication. Dans les quartiers populaires de la périphérie, certains habitants et acteurs sociaux se sont ainsi transformés en attachés de presse.

  Loin d’être statique, la médiatisation apparaît donc comme un processus à l’intérieur duquel les médias sont de plus en plus devenus des acteurs de la réalité sociale qu’ils prétendent seulement « enregistrer » ou « photographier ».

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L'AUTEUR

Julie Sedel est docteure en sociologie de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris). Le jury du Prix de la recherche de l’Inathèque lui a attribué une mention spéciale pour sa thèse dont ce livre est tiré. Chercheuse, elle anime un groupe de travail sur le journalisme au Centre de sociologie européenne (CNRS-EHESS). Elle a publié plusieurs articles sur les transformations du quotidien Le Monde, sur les usages politiques et médiatiques des quartiers populaires et leurs porte-parole, sur la médiatisation des sociologues.

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vendredi 3 avril 2009

Un génie de banlieue

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Auteur : Maisonneuve, Michel
Editeur : Gaïa - Larbey (Landes)
Collection : Polar
Date de publication : 20/08/2008
Prix : 18,00 EUR
Reliure : Broché
Genre : Oeuvres littéraires contemporaines

Un génie de banlieue La cité Frais Vallon est en ébullition. Le jeune Mourad vient de se faire descendre par un CRS. Mourad, c'était le meilleur pote d'Hocine, Hocine Ben Saïd, un vrai petit génie des banlieues, promis à un bel avenir de mathématicien, limite surdoué. Mais fragilisé par la mort brutale de Mourad, il devient une cible facile et se voit approcher par un type en costard plutôt louche. Fanatique religieux, terroriste ? Maman Ben Saïd en aura le coeur net, armée d'une casserole en fonte pour protéger son fiston. Et le Sage Dachi El Ahmed réunit sa fine équipe, de la rousse Léda plus survoltée que jamais, aux journaleux Grook et Casimir, en passant par madame veuve Gadjian qui s'envoie en l'air avec un sans-papier malien soi-disant. Le tout sous l'oeil goguenard d'agents secrets de la Ci High Ay... Michel Maisonneuve croque ses personnages avec une infinie tendresse et cisèle ses dialogues à la serpe. Un régal.

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lundi 30 mars 2009

Mixité sociale : une imposture, retour sur un mythe français.

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Recette de la mixité sociale :
- Mélanger un peu de population aisée, moyenne, et populaire,
- Verser le tout avec des quartiers aux formes diverses (cités ouvrières, grands ensembles, immeubles haussmanniens des centres villes, et pourquoi pas un peu de lotissements pavillonnaires sortis tout droit du périurbain, etc.)
- Saupoudrer le tout d’un peu de loi SRU, de ZEP, et d’aides financières pour l’accession au logement, etc.
Au final, on ‘’obtient’’ une ville où un tunisien et un breton se croisent amicalement tous les matins dans la cage d’escalier de leur immeuble de centre ville, une ville où les enfants des ouvriers partagent le même banc que ceux des PDG, etc.

Vous l’avez bien compris, c’est une utopie !
Toutes ces lois, ces textes inscrits dans les politiques de la ville depuis 1981, n’ont nullement abouti à cet idéal de mixité sociale !
Dans ce livre, Hacène Belmessous, nous décrit à travers de multiples exemples les tentatives d’implanter de la mixité sociale dans les villes françaises. De la création des ZUP dans les années cinquante, à la création des ZEP en 1981, en passant par la création de la ville nouvelle de Val d’Europe en Ile de France, etc., chaque projet est décortiqué et analysé dans le but de comprendre l’échec de tels politiques ou projets.

Charlotte

Références :
Mixité sociale : une imposture, retour sur un mythe français.
Hacène Belmessous
Librairie Atalante, 2006

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mercredi 18 mars 2009

Banlieues ; De L'Emeute A L'Espoir

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Bodard, travailleur social depuis plus de 20 ans et ancien éducateur de rue en est convaincu : "C'est en tissant que l'on ravaudera les trous de la société"Ce matin-là, devant son miroir, alors que les émeutes des banlieues secouent la France, il se souvient :Il a été éducateur de rue dans le quartier de La Source, grand et vaste ensemble bétonné d'Orléans.Pendant huit ans, dans l'ombre, il a travaillé à retisser du lien social, il a partagé le quotidien et la souffrance des plus démunis, des plus proches de la rupture. Il a côtoyé l'exclusion mais aussi l'espoir d'une vie meilleure.

À travers ses tribulations, il nous invite à emboîter les pas d'un éducateur de rue qui n'a pas oublié et dont le reflet du miroir renvoie implacablement l'image de la cité avec son cortège de grisaille mais aussi de couleurs bigarrées. Dans un récit plein d'authenticité, il nous raconte comment sans Kärcher® mais avec des mots, il est possible de redonner l'espoir et d'agir autrement. Ce livre s'adresse à vous, jeunes, parents ou grands-parents, à vous aussi, travailleurs sociaux, enseignants ou autres marchands de liens mais surtout à vous, élus, décideurs et responsables associatifs car il n'est pas trop tard pour enfin se comprendre.

Banlieues : de l’émeute à l’espoir, éd. Regain de lecture

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mercredi 10 décembre 2008

Soigner la banlieue ?

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VEI Enjeux est une publication mensuelle consacrée à l'intégration. Nous avons souvent rendu compte de ses numéros. Le dernier numéro (126) est consacré à la banlieue et à ses jeunes sous le titre "Soigner la banlieue". Il est publié à un moment où le débat sur la sécurité prend une place centrale dans la vie politique nationale. Il tombe bien.

Une vingtaine d'articles abordent la question sous différents éclairages. Dans un premier article, Françoise Tétard lit les discours actuels sur les "sauvageons" au regard de ceux sur les "arab boys" de Paris au XIXème siècle. Elle montre les soucis du législateur du XIXème siècle entre la protection de l'enfant et celle de la société, l'invention de la "colonie" à mi-chemin entre ces deux conceptions. D'où l'impression de "déjà vu" de certains discours contemporains.

C'est encore l'histoire qu'évoque l'article d'Alain Vulbeau : celle des grands ensembles, construits pour répondre à des maux de société et détruits aujourd'hui pour le même motif ! Cet article montre l'invention du concept de grand ensemble : la cité de la Muette à Drancy, la cité Rotterdam à Strasbourg, Marcel Lods, Eugène Baudoin.

Suivent deux articles sur la violence des jeunes. Les auteurs sont d'accord pour lui donner sens. C'est la thèse soutenue par Laurent Mucchielli. La revue consacre tout une dossier à la pathologisation de la violence des cités. : regard des assistants sociaux, du sociologue (D. Poggi) pour qui la banlieue est "un indicateur d'évolutions sociétales à risques", du médecin généraliste de quartier. Laurence Lacroix analyse en psychanalyste les flambées de violence : serait-ce le passage de la loi du Père à celle du Frère ?

La dernière partie concerne très directement le système éducatif : il y est question de "l'étiquetage contre démarche éducative". J. Fijalkow fait l'histoire du discours sur la dyslexie et analyse la victoire des partisans de la médicalisation des difficultés de lecture, alors que, selon lui, "les difficultés d'écrit renvoient dans la majorité des cas à des déterminants sociologiques". A. Mohamed (psychologue) analyse le rapport des jeunes à leur double culture. Il justifie les enseignements de la langue et culture d'origine présentés comme facteur d'intégration. On sait qu'à contrario le Haut Conseil à l'intégration les avait critiqués. G.Monceau montre les processus de classification des "jeunes à problèmes" dans l'éducation nationale (des CLIS, aux SEGPA? classes relais etc..

On le voit, malgré la diversité des auteurs, la revue analyse la violence des jeunes dans un engagement univoque. C'est peut-être à la fois son point fort et son point faible.

Ce numéro intéressera tous les enseignants confrontés à des "publics difficiles" et particulièrement ceux ayant en charge TPE et ECJS. On peut déjà découvrir le sommaire et quelques articles à l'adresse :
http://www.cndp.fr/vei/default.asp?page=/revueVEI/som126.htm


François Jarraud

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