lundi 14 décembre 2009
Politique de la ville : de la tentation de casser le thermomètre
Une instance officielle d'évaluation risque-t-elle sa vie à produire des rapports trop impertinents vis-à-vis du pouvoir politique ? Le comité d'évaluation et de suivi (CES) de l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) va peut-être l'apprendre à ses dépens.
Le 4 décembre, le Sénat a voté un amendement au projet de loi de finances supprimant 300 000 euros de crédits prévus pour financer la mission de l'instance d'évaluation. Composé de personnalités qualifiées, le comité ne serait
Les membres du CES ont vivement réagi, dénonçant la "remise en cause" d'une "évaluation juste et indépendante" par le Sénat. "A l'heure où l'impératif d'évaluation des politiques publiques est avec raison mis en avant par le gouvernement et le Parlement, comment imaginer qu'une politique publique de 40 milliards d'euros ne soit plus évaluée ?", s'est interrogé le CES dans un communiqué diffusé par son président, l'homme d'affaires Yazid Sabeg, par ailleurs commissaire à la diversité auprès de François Fillon.
Rapports détaillés et critiques
L'auteur de l'amendement, Philippe Dallier, sénateur UMP de la Seine-Saint-Denis, justifie la décision par la volonté de rationaliser les organes d'évaluation. Il insiste sur le rôle de contrôle que peut jouer le Parlement. "Le CES apporte-t-il un plus par rapport aux travaux du Sénat ou de l'Assemblée ? Quelle est sa valeur ajoutée par rapport à la Cour des comptes ? Le CES a été très utile au moment de la mise en place de l'ANRU, c'est nettement moins le cas aujourd'hui", explique M. Dallier.
Dans les faits pourtant, le CES a produit des rapports extrêmement détaillés - et critiques - sur la mise en place de la politique de rénovation urbaine. Notamment dans son dernier avis, rendu fin 2008, où les experts avaient alerté le gouvernement sur l'importance des retards accumulés, l'insuffisance des ressources budgétaires et l'impossibilité de tenir les promesses faites depuis le lancement du programme par Jean-Louis Borloo en 2003. Dans son prochain rapport - peut-être le dernier -, qui doit être publié début 2010, le CES devrait insister sur les résultats mitigés obtenus en matière de diversité sociale dans les quartiers en rénovation.
Les débats autour du CES de l'ANRU interviennent dans un climat de tensions entre le commissaire à la diversité, M. Sabeg, et la secrétaire d'Etat à la ville, Fadela Amara, qui a soutenu devant le Sénat la suppression des crédits de son collègue.
Ces dissensions ont été accentuées depuis un entretien accordé au Monde (le 23 octobre) par M. Sabeg au cours duquel il avait fait le constat de l'échec de la politique de la ville, quelques semaines avant qu'un autre organisme d'évaluation, l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), ne confirme son analyse.
samedi 12 décembre 2009
Ali Soumare candidat socialiste aux élections régionales
Ali Soumare tête de liste socialiste dans le Val d'Oise fait l'actualité. En effet, dans la perspective des élections régionales, le parti socialiste du Val d'Oise a fait un choix fort en plaçant un jeune, issu des quartiers populaires et de surcroit d'origine malienne à la tête de sa liste...
mercredi 11 novembre 2009
Julien Dray réclame 10 milliards pour les banlieues
Le député socialiste Julien Dray souhaite que le gouvernement consacre dix milliards d'euros pour "casser les ghettos" des banlieues dans le cadre du futur grand emprunt.
Sur i>Télé, il a jugé sévèrement le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l'insécurité, critiquant notamment l'idée avancée par le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux d'un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans ayant déjà commis un acte de délinquance.
"La mesure est impraticable et c'est la traduction d'un échec en matière de lutte contre les violences. Quand on en est là à accumuler des gadgets impraticables, ça veut dire que sur le fond, on a perdu du terrain", a déclaré le député de l'Essonne. "C'est un gros échec parce qu'il y a eu un gros espoir".
Deux ans et demi après l'accession de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, "il y a une démoralisation des forces de police (...), on a des délinquants endurcis (...), un trafic qui s'est installé, une économie souterraine, et je pense que c'est dramatique", a ajouté Julien Dray.
"Puisqu'on parle de grand emprunt, il y a une priorité absolue pour moi, c'est qu'on mette enfin l'argent nécessaire pour casser les ghettos. Il nous faut à peu près dix milliards d'euros. On a des architectes extrêmement compétents, tout un encadrement social qui est prêt", a-t-il ajouté.
Fadela Amara, secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, "n'est pas à la hauteur de ce qu'il faudrait faire pour les cités", a-t-il jugé.
"Elle n'a pas réussi à bouger les lignes (...), la situation devient très difficile. Les associations n'en peuvent plus, on leur a coupé beaucoup de financements, or c'est un élément essentiel de reconquête du terrain".
samedi 17 octobre 2009
Amara reste en plan
Au gouvernement depuis plus de deux ans, la secrétaire d'Etat à la Politique de la ville ne convainc pas. Son projet pour les banlieues patine. Son cabinet se délite. Son charme n'opère plus. Chronique d'une déception.
Ce n'est pas encore pour cette semaine. Ce n'est pas prévu non plus pour les suivantes. A l'agenda de Nicolas Sarkozy ne figure pas de sortie en compagnie de Fadela Amara dans une banlieue. Depuis son entrée au gouvernement, il y a vingt-sept mois, la secrétaire d'Etat à la Politique de la ville l'a pourtant maintes fois espérée.
Elle attendait le chef de l'Etat à Vaulx-en-Velin (Rhône), le 22 janvier 2008. Bien que les équipes élyséennes aient effectué les repérages nécessaires, sa venue a été annulée. Un an après (c'était le 6 février), elle déclarait encore: "Il avait programmé plusieurs visites, mais des éléments extérieurs l'en ont empêché. Ce que je peux vous dire, c'est qu'il va prochainement se rendre dans des quartiers difficiles." Ce n'est toujours pas le cas. Certes, la fréquentation de ces lieux est délicate pour Nicolas Sarkozy. Mais cela n'explique pas tout. S'affiche-t-on au côté d'une ministre qui a trop failli ?
C'est l'histoire d'une militante associative qui n'était pas préparée à dompter la machine de l'Etat. C'est l'histoire d'une femme de gauche qui n'a jamais vraiment trouvé sa place dans un gouvernement de droite.
Ses mesures phares patinent
C'est l'histoire d'une secrétaire d'Etat qui ne fait plus illusion. Le "grand plan Marshall des banlieues" promis par Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle, mis en musique par l'ancienne présidente de Ni putes ni soumises, est aujourd'hui à la peine. "Cela restera l'un des gros échecs de ce quinquennat", note un des principaux ministres de l'équipe Fillon. "J'ai adhéré à son discours, très républicain; j'aurais pu signer tout ce qu'elle a dit, relève Claude Dilain, maire (PS) de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Mais les arbitrages n'ont pas suivi."
Vingt mois après la présentation de la "dynamique Espoir banlieues", le bilan est cruel. La "lutte contre la glandouille" était l'obsession n°1 de la secrétaire d'Etat à la Ville, qui avait promis d'arracher les jeunes du pied des tours et de faire venir le CAC 40 dans les cités. Las. Le contrat d'autonomie, sa mesure phare en matière d'emploi, patine. L'idée était séduisante: des coachs à l'anglo-saxonne au chevet de la banlieue; des opérateurs privés payés au résultat 7500 euros par jeune; un objectif de 45 000 d'ici à 2012.
Entre-temps, la crise est passée par là. Sur les 13 338 coachés par des cabinets de placement, seuls 1 162 jeunes ont décroché une embauche ou une formation. Les académies d'art, les maisons de la santé n'ont pas vu le jour.
Quant au busing (le transport des élèves d'une école ghetto vers une autre, mieux lotie), neuf villes seulement l'ont mis en place. "On vit encore sur l'acquis Borloo [allusion à son plan de cohésion sociale de 2005]", reconnaît Yves Jégo, député maire (UMP) de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), qui salue néanmoins la "légitimité" de Fadela Amara.
Pour tenter de repêcher Espoir banlieues, une réunion s'est tenue, le 1er octobre, à l'Elysée. "J'ai expliqué au président qu'il fallait la mobilisation de tous les ministres et aussi une continuité du souffle, affirme Fadela Amara. Je sais que je saoule, mais je saoulerai jusqu'à la fin. Dans la vie, il ne faut jamais changer de stratégie."
Nommée à un poste mal défini, la secrétaire d'Etat tout-terrain doit s'appuyer sur les budgets des autres - une révolution dans la philosophie de la politique de la ville, chaque ministère menant un programme triennal à destination des quartiers. "Même si Amara sait défendre les dossiers, c'est Bercy et l'Intérieur qui décident, souligne le maire (PS) de Sarcelles (Val-d'Oise), François Pupponi. Elle rame contre les technostructures, or, s'il n'y a pas un chien de garde pour tout vérifier, ça tombe à l'eau !" Actuellement, la secrétaire d'Etat plaide auprès d'Alain Juppé pour qu'une partie du grand emprunt finance ses internats d'excellence.
Enlisée et affaiblie
Ses propres fonds sont aussi régulièrement menacés. Le 6 octobre, lors de la séance des questions à l'Assemblée, celle qui rêve d'afficher un budget de 1 milliard d'euros (769 millions actuellement) s'en prend à Eric Woerth, son collègue du Budget et des Comptes publics, assis derrière elle. Elle vient de découvrir dans la presse que ses crédits d'intervention étaient amputés de 10 millions. L'histoire se répète. Il y a un an, au même endroit, elle avait interpellé à plusieurs reprises François Fillon pour obtenir des garanties de financement qui étaient remises en question.
De cet enlisement a découlé un véritable affaiblissement. Ces derniers mois, les revers se sont accumulés. Cet hiver, cette figure de l'ouverture a mal vécu la promotion d'un autre homme issu de la gauche, l'énarque et normalien Martin Hirsch, fait haut-commissaire à la Jeunesse - un sujet qu'elle revendiquait. Les projets de l'ex-patron d'Emmaüs ont remisé dans l'ombre médiatique et interministérielle les combats de l'ex-patronne de Ni putes ni soumises. Les réseaux associatifs du premier ont supplanté ceux de la seconde, également affaiblis par les ennuis judiciaires de Julien Dray, son ex-mentor. Le 29 septembre, à Avignon, lors de la présentation, par le chef de l'Etat, du plan jeunesse concocté par le haut-commissaire, Fadela Amara n'est même pas conviée.
Cet été, à l'occasion du remaniement du 25 juin, elle n'est pas propulsée ministre de plein exercice, comme elle l'espérait. "Si on veut que les choses changent, il faut en passer par là. On perd moins de temps", argumentait-elle en janvier. Fadela Amara est finalement restée secrétaire d'Etat à la Ville. Elle passe sous la tutelle de Xavier Darcos, nouveau ministre des Affaires sociales, et demande alors son transfert sous l'autorité de Jean-Louis Borloo. Déjà, en 2008, quand sa cohabitation avec Christine Boutin était si tumultueuse, elle avait souhaité un tel rattachement. Comme l'an passé, son voeu n'a pas été exaucé. Fadela Amara rêvait d'être une "ministre qui dérange", elle est devenue une ministre dont on s'arrange.
Défections au cabinet
Cet automne, ce sont les remous au sein de son cabinet qui lui nuisent considérablement. Un turnover rarement vu dans un ministère. Depuis juin 2008, plus de 50 collaborateurs de tous ordres sont partis, volontairement ou poussés par elle vers la sortie. En septembre, son troisième directeur de cabinet et six autres conseillers l'ont quittée. "C'est un bordel indescriptible. Cela fait perdre du temps, dilue l'efficacité des décisions", témoigne le membre d'une équipe voisine. Un de ses anciens collaborateurs rapporte: "Pour toute décision, il fallait chaque fois passer par le conseiller spécial. Cela n'était plus la peine de rester."
Avec ce dernier, Mohammed Abdi, la secrétaire d'Etat à la Ville forme, depuis plus de vingt ans, un duo inflexible, à qui l'on reproche son indécision et sa manière d'humilier les autres. Face à ces critiques sur son comportement, Fadela Amara se justifie : "Je gère l'un des dossiers les plus lourds du gouvernement. Il y a une pression permanente. J'ai une obligation de résultats plus importante que les autres ministres."
Au fond, même si elle reste très populaire dans les sondages et les quartiers, a-t-elle vraiment trouvé sa place dans la majorité? Hormis Jean-Louis Borloo, Fadela Amara n'a tissé de liens qu'avec peu de ses collègues. Le 3 novembre, Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances, lancera l'expérimentation du CV anonyme, aux côtés d'Eric Besson, de Xavier Darcos et de Laurent Wauquiez. Mais pas d'elle. "Elle est insignifiante. Je lui ai servi de faire- valoir, elle ne cherchait que les chamailleries. Je ne veux plus en parler", lâche son ancienne "patronne", Christine Boutin. "Tu as tort de ne pas être là", lui a plusieurs fois expliqué Jean-François Copé, au sujet de son absence aux réunions du groupe UMP à l'Assemblée.
L'an passé, les jeunes UMP lancent une grande réflexion sur les banlieues. "Avec Yazid Sabeg, nous avons eu un vrai échange. Martin Hirsch nous a adressé une lettre pour nous indiquer ce qu'il reprenait de nos idées, raconte un responsable de ce mouvement. De Fadela Amara nous avons senti peu d'intérêt et n'avons eu aucun retour."
Aux régionales, n° 2, derrière Hortefeux?
Les campagnes électorales restent des moments délicats pour celle qui a déclaré qu'elle ne voterait pas pour Sarkozy en 2012, avant de se rétracter. A la veille des municipales de 2008, l'ex-membre du PS imaginait pouvoir soutenir des candidats issus de la diversité, quelles que soient leurs étiquettes. Elle a dû y renoncer. Malgré tout, en la matière, elle s'apprête à franchir un pas. Aux élections régionales de mars 2010, Fadela Amara devrait être n°2, derrière Brice Hortefeux, sur la liste qu'il conduira dans le Puy-de-Dôme.
"On ressent désormais chez elle une certaine lassitude", confie un des rares ministres à qui elle se livre. "Elle est agacée de ne pas trouver d'écho dans les ministères", certifie un autre de ses collègues. "Depuis les élections européennes, elle a eu un vrai coup de mou", ajoute un de ses anciens collaborateurs. "C'est un secrétariat d'Etat très usant", reconnaît Fadela Amara. Pourrait-elle bientôt partir ? Certains l'imaginent déjà prendre la présidence de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations, libre au printemps prochain. "Je me fous, moi, qu'il m'instrumentalise. Ce que je veux, c'est que cela bouge dans les quartiers", assurait-elle au sujet de Nicolas Sarkozy, quelques mois après sa nomination. Et si le jeu de rôles était terminé ?Par Marie Huret, Ludovic Vigogne, l'Express
lundi 5 octobre 2009
"La diversité, avantage concurrentiel de l'entreprise"
Lui est polytechnicien et énarque, patron de GDF Suez, président de la Fondation Agir contre l'exclusion (FACE). Elle, a fait "l'ENA de la rue" et est devenue secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville à la faveur de l'ouverture prônée par Nicolas Sarkozy. Les parcours de Gérard Mestrallet, 60 ans, et Fadela Amara, 45 ans, sont aux antipodes. Mais ils se retrouvent sur le constat d'une société française en profonde transformation sur la question de la diversité, sociale et ethnique. Où l'on s'aperçoit que les grandes entreprises sont probablement en avance sur la société, la fonction publique et les partis politiques.
Les grandes entreprises ont fait beaucoup d'annonces sur la diversité. Politique de communication ou vrai tournant ?
Fadela Amara : Je n'ai pas envie de culpabiliser les entreprises en les mettant au pilori à cause des pratiques discriminatoires. Cela existe évidemment. Mais je constate une évolution importante. Sans attendre de directive politique, les chefs d'entreprise ont compris que la diversité est un atout.
Ce n'est pas de la compassion. Je ne crois pas à la philanthropie des entreprises. Il s'agit d'une démarche de compétitivité et c'est ce que je trouve très positif. Car les habitants des quartiers ne veulent pas être perçus de façon misérabiliste et bénéficier de politique d'assistanat. Ils veulent être traités comme les autres. Ni plus ni moins.
Gérard Mestrallet : Il s'agit d'un mouvement structurel. Aujourd'hui, il est évident pour toutes les grandes entreprises que la diversité est un avantage concurrentiel. Ne pas prendre en compte ce vivier de recrutement, se priver d'éventuels talents serait une erreur et une faute. C'est l'intérêt bien compris des entreprises que d'avancer sur ce sujet.
Pour certains secteurs comme le nôtre, où la problématique du recrutement est centrale, c'est encore plus évident : GDF Suez doit embaucher 100 000 personnes d'ici à 2013. Nos métiers dans l'énergie et l'environnement nous amènent à intervenir au coeur des villes, des villages et des quartiers. Nous devons ressembler aux territoires pour lesquels nous travaillons. Donc, on expérimente, on tâtonne. GDF Suez a créé des bourses pour des étudiants issus de zones d'éducation prioritaire (ZEP). Nous travaillons avec des associations locales qui nous proposent des candidats, suivis par des coachs en interne. Nous soutenons les écoles de la seconde chance. Nous avons mis en place des classes passerelles pour les jeunes en échec.
Comment expliquez-vous cette évolution ?
G.M. : La compétition internationale et la mondialisation ont contribué à l'intensification de la diversité au sein des entreprises. C'est une force pour une entreprise mais aussi à l'échelle d'un pays. Regardez le Brésil. Le fait d'être une société totalement métissée lui donne une force inouïe. Pour moi, c'est un des principaux facteurs de son émergence parmi les grandes puissances. De ce point de vue, la composition sociologique de la France devrait être un avantage, nous permettant d'être moteur en Europe. On se focalise souvent sur les signaux sombres, mais voilà un indice de confiance très fort.
F.A. : Nous sommes en train d'accoucher d'une France diverse, d'une République métissée. Le mouvement n'est pas spectaculaire et ne se voit pas devant des caméras. Mais les discours et les pratiques ont radicalement évolué grâce à un travail de fourmi. C'est d'autant plus important que nous sommes un pays vieillissant. Or, où sont les jeunes ? Dans les quartiers. S'en priver, ce n'est pas seulement une injustice, c'est contre-productif. La société n'en a peut être pas encore conscience, mais les grandes entreprises l'ont bien perçu.
Comment se traduisent ces engagements ?
F.A. : Le monde économique n'est plus absent des discours politiques sur les banlieues. Les dispositifs imaginés par le passé - zones franches urbaines, zones de redynamisation urbaine - ont permis à des entreprises de s'installer dans des quartiers sensibles. Les raisons étaient d'abord fiscales. Aujourd'hui, le mouvement est complètement différent : les patrons que je rencontre veulent s'impliquer et conduire des politiques plus intenses. Ça n'est plus un intérêt de court terme, c'est une vision de long terme. Regardez les 20 000 jeunes engagés par des entreprises, sous forme de CDD, de CDI ou de stages, dans le cadre de la dynamique "Espoir banlieues".
G.M. : Un patron moderne ne prend pas des décisions uniquement pour une incitation fiscale. Ce qui se passe en ce moment est plus profond. Deux exemples. Dans le domaine de l'enseignement et de la recherche, l'université Dauphine a créé une chaire sur le management de la diversité. Au sein du temple du management, ce n'est pas rien. La diversité est aussi devenue un objet du dialogue social. Nous avons signé un accord sur la diversité à l'unanimité des syndicats européens. Les objectifs sont précis et il sera facile d'évaluer s'ils sont tenus. On n'est pas dans une opération marketing, on a pris des engagements concrets.
La fonction publique semble évoluer plus lentement que les entreprises. Pourquoi ?
G.M. : La fonction publique a longtemps été le rêve de beaucoup de parents pour assurer l'ascension sociale de leurs enfants. Mais aujourd'hui, beaucoup privilégient, à juste titre, la promotion sociale par l'entreprise, jugée plus ouverte et plus flexible.
F.A. : Notre système de recrutement contribue à la reproduction sociale : un tri social a lieu en amont des concours eux-mêmes. Mais il existe aussi, c'est un fait, une noblesse d'Etat qui ne voit pas d'un bon oeil l'émergence d'une élite des quartiers. Le président de la République a eu le courage politique de nommer des Rachida Dati ou des Rama Yade au gouvernement. C'était un message très fort qu'il faut poursuivre. Nous mettons ainsi en place des classes préparatoires intégrées aux grandes écoles de la fonction publique. Ces classes, qui concernent 15 à 20 élèves, sont déjà créées à l'Ecole nationale d'administration (ENA), dans les Instituts régionaux d'administration (IRA), dans les écoles de la magistrature, de l'administration pénitentiaire, de la police...
Les partis politiques n'ont pas suivi, si l'on en juge par les dernières élections municipales et européennes...
F.A. : Le sommet de l'Etat a bougé. Les partis politiques, eux, ont toujours tendance à être repliés sur eux-mêmes. C'est le cas sur la diversité et ça l'est toujours pour les femmes alors que la question est nettement plus ancienne. Il faut que l'effort soit accentué. Qu'on ait des élus, des préfets, des procureurs, des directeurs issus des classes populaires et des quartiers.
Propos recueillis par Luc Bronner
mardi 13 janvier 2009
Le Maire de Neuilly-sur-Seine et le député Ump des Yvelines ne sont pas les bienvenus à Aubervilliers.
Par Pascal BEAUDET
Président du groupe communiste et citoyen au Conseil municipal d’Aubervilliers
Ancien maire d’Aubervilliers
Le maire PS de notre ville, Jacques Salvator vient d’inviter à Aubervilliers, Jean- Christophe Fromantin, le maire de Neuilly-sur-Seine, soutenu par l’Ump aux dernières élections municipales. Le Parisien du 8 janvier présente cette visite inattendue comme « une rencontre au sommet des plus détonantes ». Cette démarche pourrait assurément exploser à la figure de ses initiateurs.
Ainsi le maire de l’une des villes de France les plus riches, où près de 12 % de la population paient l’impôt sur la fortune, vient faire une visite de bienfaisance à une ville dont chacun connaît les dures réalités de vie de la plupart de ses habitants. Jacques Salvator a même le mauvais goût de parler, avec « ironie » paraît-il, d’« une coopération nord-sud ». Comment peutil faire preuve d’autant de mépris à l’égard de la population qui l’a élu.
On fait ainsi d’Aubervilliers une espèce de « réserve indienne » que les riches touristes pourraient visiter en s’attendrissant sur le sort des pauvres. Vont-ils jeter quelques pièces par les fenêtres de leur voiture pendant la visite ? La mairie les emmènera manger dans un foyer de migrants le midi pour qu’ils puissent à loisir se vautrer dans les problèmes qu’ils ne rencontreront jamais, ces hommes de la majorité présidentielle qui font tout pour empêcher à la population de nationalité étrangère de s’intégrer en France.
Jacques Salvator va même jusqu’à parler d’une coopération possible entre les jeunes des deux villes. Mais que peuvent donc attendre les jeunes d’Aubervilliers, habitués à se battre pour conquérir leurs droits à l’instruction, à la formation, à un vrai métier, à un logement, en bref à la vie tout simplement, de filles ou de fils à Papa dont l’avenir est tracé d’avance ? Cette initiative est une véritable provocation à l’encontre de la population d’Aubervilliers comme de celle de la plupart des villes de Seine- Saint-Denis.
Les collectivités territoriales, pas plus que les individus, ne portent en eux les gènes de la pauvreté. Aubervilliers n’a pas choisi d’être une ville pauvre. Depuis des lustres, tout a été mis en place par les gouvernements et les pouvoirs publics pour parquer les plus défavorisés dans certaines banlieues et protéger les riches dans d’autres. Et ceux-là même qui viennent le 16 janvier à Aubervilliers comme on irait, en se pinçant le nez, dévisager les « bas fonds » de la société, appartiennent ou soutiennent des formations politiques qui aggravent cette politique, renvoyant les plus pauvres toujours plus loin de la capitale.
Si à Aubervilliers, les logements sociaux représentent 40 % des habitations, à Neuilly le score n’est que de 2,6. Cette ville préfère payer la taxe imposée par la loi Sru (Solidarité et renouvellement urbain) plutôt que de construire des logements accessibles. Tous les maires de Neuilly qui se sont succédé – Balkany, Sarkozy ou Fromantin – préfèrent payer pour que la pauvreté reste à leurs portes. Il doit bien y avoir des candidats parmi les 4000 demandeurs de logements sociaux à Aubervilliers qui ne refuseraient pas un logement à Neuilly. Il est temps que toute la loi Sru s’applique pleinement et que les villes comme Neuilly soient contraintes de construire pour toute la population de la Région parisienne et pas seulement pour les riches. Aubervilliers n’est un pays sinistré qui fait l’aumône de quelques pièces et n’a pas besoin d’être « civilisé ».Aucune catastrophe naturelle ne nécessite une aide « humanitaire » des « bons samaritains » de la banlieue chic. Ses habitants n’ont pas besoin de la charité complaisante de ceux qui mettent tout en oeuvre, au plus haut niveau, pour que l’égalité reste un vain mot.
Les Albertivillariens, jeunes ou moins jeunes, français ou immigrés ne demandent qu’à vivre dignement et à rendre effective, dans toutes ses dimensions, la belle devise républicaine « liberté, égalité, fraternité ».
Depuis toujours,Aubervilliers est une ville solidaire et digne qui lutte pour les droits de sa population, elle n’attend rien d’autre que la justice.
vendredi 17 octobre 2008
La banlieue au régime sec
Des maires se mobilisent contre le projet gouvernemental qui, sous couvert de réformer la dotation de solidarité urbaine, priverait les communes aux populations modestes, de leurs moyens.
L’État s’apprêterait à franchir un nouveau pas dans l’étranglement financier des communes avec un projet touchant particulièrement les villes qui accueillent les populations les plus modestes, qui font le plus d’efforts pour le logement social et mettent en place des politiques de solidarité. Oublié le plan « Espoirs banlieue », oubliée la promesse présidentielle d’arroser les quartiers de « beaucoup d’argent ». La prochaine loi de finance, qui sera discutée dans quelques semaines au Parlement, contient un projet de réforme dramatique de la dotation de solidarité urbaine de cohésion sociale (DSUCS). Celle-ci, créee en 1991, permettait aux villes dites « pauvres » de recevoir des subsides pour développer des politiques publiques répondant aux besoins des populations. Parmi les critères, donnant droit à ces dotations, le pourcentage de logements sociaux figurait en bonne place. Or, non seulement ce critère disparaîtrait mais le pourcentage des 950 villes éligibles à la DSUCS passerait de 75 % à 50 %. Résultat : 280 villes en France, dont 80 en région parisienne, verraient leurs dotations financières réduites de moitié dès 2009 et totalement en 2010, si le projet était adopté par l’Assemblée nationale.
contre la fracture sociale
Comment admettre une telle décision, trois ans après les révoltes dans les banlieues qui ont mis en exergue l’ampleur de la crise et des difficultés de toutes natures en banlieue, qu’une telle réforme, grevant parfois très lourdement le budget de communes dont les populations sont particulièrement fragilisées par la crise, puisse être envisagée ? C’est contre cette éventualité que, dans l’urgence, l’Association des maires de l’Île-de-France (AMIF) avec son président, Claude Pernès, maire (Nouveau Centre) de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), réunissait hier matin des élus de plus de cinquante villes de la région parisienne. Ils ont dénoncé avec force ce projet, chiffres à l’appui.
Ainsi, Bernard Zunino, maire (UMP) de Saint-Michel-sur-Orge (Essonne), précise : « Pour nous, cette perte de 950 000 euros serait un drame pour notre ville. » Pour des localités plus importantes, le manque à gagner se chiffre par millions. C’est le cas de Vitry (Val-de-Marne) qui perdrait 3,2 millions d’euros par an, « soit l’équivalent de deux écoles et une perte de 15 millions d’euros sur un mandat », fait remarquer Jean-Claude Kennedy, adjoint au maire. À Gennevilliers, le maire (PCF), Jacques Bourgoin, explique : « 3 millions supprimés dans le budget dans une ville qui compte 64 % de logements sociaux, c’est autant de moins pour notre politique sociale, notre action pour l’insertion économique notamment des jeunes, le soutien à la vie associative dans les grandes cités populaires », ce qui, selon lui, met « en danger la lutte contre la fracture sociale ».
une réforme injuste et scandaleuse
Pour Dominique Voynet, maire (Verts) de Montreuil (Seine-Saint-Denis), au-delà du procédé qui place les collectivités, sans aucune concertation préalable, devant le fait accompli, « on ne peut pas nous dire : construisez du logement social, faites une politique solidaire, et nous retirer le tapis sous les pieds ». Même son de cloche chez Daniel Breuiller, maire (divers gauche) d’Arcueil : « Il manque 350 000 logements en Île-de-France et ce gouvernement pénalise les villes qui construisent. C’est la double peine. »
Depuis l’évocation de ce projet, les réactions d’opposition de maires, de toutes les familles politiques, ont été nombreuses. Hier, l’AMIF entendait mobiliser élus et opinion publique. D’autant que ce projet s’ajoute à ceux visant la taxe professionnelle, le moindre remboursement de la TVA aux villes, la diminution de la dotation générale de fonctionnement, les multiples transferts de compétences sans moyens supplémentaires… Il risque d’entraîner les villes vers des augmentations d’impôts locaux ou moins de services rendus aux populations. « À être de simples courroies de transmission des politiques de l’État », fait remarquer, amèrement, un élu de Colombes. Jean-Paul Planchou, maire (PS) de Chelles (Seine-et-Marne), appelait les maires « à construire un contrat de moyen à long terme avec l’État » et ne pas être simplement dans le refus du projet.
Parmi les initiatives arrêtées par l’AMIF, son président, Claude Pernès, a demandé une entrevue en urgence auprès de François Fillon, premier ministre. Les conseils municipaux sont invités à voter un voeu contre ce projet. L’ensemble des parlementaires, dans chaque circonscription, sera interpellé pour, souligne le maire de Sainte-Genevieve-des-Bois, « placer chacun devant ses responsabilités ». Pour sa part, Marie-George Buffet, députée (PCF) appelait dès hier « à l’abandon pur et simple de ce projet de réforme injuste et scandaleux ».
Max Staat
vendredi 27 juin 2008
Les maires se justifient sur le logement social
Les «mauvais élèves» du logement social seront-ils verbalisés? Pas sûr, nous confiait jeudi le vice-président (PS) de la région Ile-de-France en charge du Logement, Jean-Luc Laurent, après la publication des «constats de carence». Ce document dévoile les 83 communes franciliennes qui n'ont pas atteint les objectifs de construction de logements sociaux fixés par la loi SRU pour la période 2005-2007. «Soixante-dix-sept de ces communes n'ont même pas atteint 80% de l'objectif fixé et pourraient être punies, précise l'élu. Certaines circonstances atténuantes seront entendues, tels que les recours contre les permis de construire. Mais trop d'élus se réfugient derrière le manque de foncier, souvent à tort.» Revue de quelques mauvais élèves interrogés par «20 Minutes».
· Au Raincy (Seine-Saint-Denis), qui n'a réalisé que 27% de l'objectif assigné pour la période 2005-2007, le député-maire Eric Raoult (UMP) avance le manque de foncier et son prix. Ainsi que «la lourdeur de l'Etat qui bloque des dossiers pendant un an et demi, et les recours des riverains contre les projets d'habitat social».
· A Enghien-les-Bains (Val-d'Oise), qui n'a atteint que 31% de l'objectif, le maire, Philippe Sueur (DVD), avance que s'il voulait se conformer à la loi, il devrait «raser 18 hectares» sur les 173 de sa ville, et déclare: «Les pénalités, c'est la facilité pour la préfecture», réclamant à l'Etat «plus de souplesse pour construire».
· A Vincennes (Val-de-Marne), où 51% des logements programmés ont été bâtis, le maire, Laurent Lafon (Nouveau Centre), estime que «le rythme imposé par la loi n'est pas adapté à notre ville, où le prix de l'immobilier est extrêmement élevé. Même en préemptant et en expropriant, on ne peut y arriver.»
C. B. et S. C.
mardi 24 juin 2008
sarko en banlieue, c’est pour « bientôt »
Il ne s’est pas déplacé dans le fief de son « ami » Jean-François Copé, le maire de Meaux et chef de file des députés UMP, qui accueillait hier le comité interministériel des villes. Mais, a promis Fadela Amara, Nicolas Sarkozy se rendra « très bientôt » en banlieue. « C’est dans les circuits, je n’ai pas de date encore, mais je sais que cela se fera bientôt », a précisé la secrétaire d’État, ajoutant même que le chef de l’État serait, selon elle, « mieux » accueilli « que certains ne le pensent ». A voir...
dimanche 11 mai 2008
Fadéla MARA / Elle devait apporter un vent de changement en faveur des banlieues...
Fadela Amara,secrétaire d’État,politique de la Ville
À donf pour la droite. À Clermont-Ferrand, on ne l’avait pas vue beaucoup au conseil municipal où elle siégeait dans les rangs des élus PS : la présidente de Ni putes, ni soumises s’était engagée en politique en choisissant alors un camp qu’elle croyait porteur. Depuis, elle a été séduite par le chant des sirènes sarkozystes. Elle est désormais officiellement secrétaire d’État auprès de Christine Boutin, la ministre du Logement et de la Ville, chargée de la politique de la Ville. On attend encore son plan pour les banlieues, en dépit de nombreux déplacements d’autant plus médiatiques qu’elle a soigneusement usé avec démagogie d’un langage dit des banlieues. Du moins tel que certains l’utilisaient il y a une quinzaine d’années… Plusieurs fois mise au pas par sa ministre de tutelle, le président l’a cependant encouragée à persévérer dans la provocation. Bilan : néant.










