mercredi 9 décembre 2009
«Nous faisons le pari inverse du CV anonyme»
Un cabinet de recrutement associatif, Mozaïk RH, a présenté 130 jeunes issus des quartiers défavorisés à de grandes entreprises.
L’Oréal, Adeco, Areva, GDF-Suez, Danone, Cap Gemini, Aegis Medias: pour les 130 jeunes issus des quartiers populaires présents, vendredi, au Comptoir général, près de la place de République à Paris, l’occasion était unique de faire valoir ses compétences, et de tordre le cou aux préjugés tenaces dont ils font l’objet auprès des recruteurs.
Pour la plupart issus de l’immigration, ils ont grandi en banlieue parisienne, ou à la périphérie des grandes villes françaises, et sont aujourd’hui étudiants en master ou en écoles de commerce. Des jeunes accrocheurs, qui pour beaucoup ont financé leurs études à coups de petits boulots, mais qui ont du mal à trouver des stages.
"J’ai déposé un CV sur le site Internet de L’Oréal, et trois jours après la réponse était négative", confie Charlotte, qui réside à Drancy, en Seine Saint-Denis. "La fac de Paris XIII, à Villetaneuse, où j’étudie est mal cotée alors que les formations sont de bonne qualité."
Ces jeunes ont été présélectionnés et coachés par un cabinet de recrutement associatif, Mozaïk RH, qui veut faire la jonction entre les étudiants issus des quartiers et les grandes entreprises.
"Nous faisons le pari inverse du CV anonyme prôné par le Commissaire à la diversité, Yazid Sabeg: nous les présentons aux entreprises tels qu’ils sont, explique Alix Hauvette. Ils représentent la société de demain."
Du côté des entreprises, on a bien conscience de la nécessité de s’ouvrir, cahin caha, à la "diversité": "Les talents sont partout", dit un responsable du recrutement chez L’Oréal. Les clients aussi. Pourquoi recourir à l’entremise de Mozaïk? "Nous ne connaissons pas bien les codes de ces quartiers, de même que ces jeunes ne connaissent pas ceux des entreprises comme la nôtre", ajoute ce responsable.
De fait, certains des candidats au stage présents ce vendredi avouaient ne pas oser contacter certaines entreprises. Peur d’être rejeté ou, simplement, manque de confiance en soi.
"Cela redonne confiance d’être ici et de pouvoir montrer aux recruteurs que la banlieue, ce n’est seulement des jeunes qui brûlent des voitures mais des jeunes compétents et motivés", confie Faïza, 21 ans, qui réside dans la banlieue de Rouen.
Issue d’une famille de 6 enfants, elle est la seule à avoir fait des études supérieures. "Jusqu’ici, je n’ai pas été victime de discrimination, ajoute-t-elle. Au contraire: j’ai bénéficié d’une bourse de la part du Conseil régional de Haute Normandie. Mais sans piston, ou si tu n’es pas issue d’un milieu favorisé, c’est difficile d’avoir un contact direct avec les grandes entreprises."
Dans la matinée, une ancienne élève de l’Essec a raconté comment, après avoir vainement tenté de décrocher un job à la sortie de l’école, durant de longs mois, elle a fini par créer sa propre entreprise.
Selon une étude d’Opinionway réalisée en septembre dernier, les recruteurs sont 68% à penser que les jeunes diplômés issus des quartiers populaires "supportent moins bien l’autorité", et 58% qu’ils ont "des problèmes d’intégration". "On n’a pas besoin de colloques pour lutter contre les discriminations, mais d’actions pragmatiques", assure Saïd Hammouche, le directeur de Mozaïk.Par THOMAS HOFNUNG
lundi 7 décembre 2009
Claude Dilain : "En banlieue, je ne vois aucun problème d'identité nationale"
Interview / Pour le maire PS de Clichy-sous-Bois, "si on veut éviter le repli communautaire" dans les "ghettos de pauvres", une seule solution : "faire revenir la République". Car la question que l'on se pose en Seine-Saint-Denis, c'est : "Est-ce que je suis un citoyen à part entière, ou entièrement à part ?"
Cinq ans après les émeutes dans les banlieues, comment perçoit-on le "débat sur l'identité nationale" depuis Clichy-sous-Bois ?
- La question que se posent les Clichois, ce n'est pas "est-ce que je suis Français ?", mais plutôt, "est-ce qu'on me reconnaît comme Français ?". C'est la question du regard des autres, plutôt que celle du sentiment d'appartenance. Le vrai débat n'est donc pas celui de l'identité nationale, mais celui de l'identité républicaine, ou je dirais de l'identité citoyenne.
Au moment des émeutes, un Clichois m’a posé cette question : "est-ce que je suis un citoyen à part entière, ou entièrement à part ?" C'est la seule et vraie question qu'on se pose en banlieue.
Et vous avez une réponse ?
- La réponse n'est pas claire. J'ai pour habitude de dire que la République s'est retirée de ses banlieues comme la mer à marée basse. Mais il est vrai qu’une partie des pouvoirs publics a la volonté de revenir dans les banlieues. Je cite un exemple: le renouvellement urbain lancé par Jean-Louis Borloo quand il était ministre de la Ville. Au départ, j'étais un peu sceptique. Mais quand d'un seul coup, une grande partie de la ville se couvre de grues et de palissades et que des logements modernes sortent de terre, les gens ont le sentiment qu'on ne les oublie pas. Quand on construit un commissariat, là aussi les gens ont le sentiment qu'on s’occupe d’eux.
Cela veut dire que finalement, ce n'est pas si compliqué que ça de régler le problème des banlieues. Bien sûr, il faut des moyens. Mais avant tout, c’est une question de volonté politique.
Une grande partie des Clichois se sent encore abandonnée. Nous n'avons pas d'agence de caisse d'allocations familiales alors que nous sommes la ville la plus jeune du département de la Seine-Saint-Denis avec 700 naissances par an. Notre taux de chômage est le double du taux national, mais il n'y a pas d'agence du Pôle emploi. Le temps de transport est le double du temps de transport moyen d'un francilien… Ce sont toutes ces choses qui provoquent un sentiment d’abandon.
C'est pour cette raison que vous parlez de "ghettos" ?
- Oui. C'est un mot que je n'aime pas, mais après tout, la plupart des maires de banlieues sont d'accord sur le diagnostic. Et ces ghettos arrangent tout le monde !
Clichy-sous-Bois est la piste d'atterrissage de la pauvreté. Si on reste dans la pauvreté, on reste à Clichy-sous-Bois, mais si ça va mieux, on s’en va. Si ce n'est pas un ghetto de pauvres, qu'est-ce que c'est ? Dans la République française, il y a des territoires qui sont spécialisés dans l'accueil des pauvres.
Il y a deux options. Ou bien la société française veut simplement que les banlieues soient le plus calme possible, que surtout on n’en parle pas, et qu'on leur donne le moins de pognon possible. Ou bien la société française prend à bras le corps la question de ses grandes zones de pauvreté, qui à mon avis minent la République dans son fondement, dans son contrat social. Et qui sont, comme le dit Jean-louis Borloo, le cancer de la République.
Qu’est-ce qui vous fait dire que ces "ghettos" arrangent tout le monde ?
- Ce n'est pas une opinion, c'est une réalité. Il suffit de regarder comment nous en sommes arrivés là. Je vous donne deux exemples.
Qu'a fait la Ville de Paris il y a quelques années -et je ne parle pas de l'exécutif actuel- lorsqu'elle a voulu virer ses pauvres de Paris intra-muros ? Elle a créé des Sociétés d'économie mixte qui ont construit des HLM… en banlieue. Et ils y ont balancé tous leurs pauvres ! Pas de hasard : c'est bien une volonté.
Deuxième exemple: Sarcelles. Les grands ensembles ont été construits par l'Etat et par la Caisse des dépôts et consignation, c'est-à-dire le bras armé bancaire de l'Etat. Ce sont les seuls à attribuer les logements, et ils y mettent toute la misère du monde. Les logements sont corrects. Mais aucune mixité sociale ! Et après, on s'étonne de la situation !
Les fameux milliards dépensés pour les banlieues, c'est 0,35% du budget de la France. Ce n'est rien du tout, c’est même ridicule ! C'est pour cela que j'adhère totalement à la théorie d'Eric Maurin (1). Je le constate sur le terrain. Quitte à ce que la société française fabrique de l'extrême pauvreté, on préfère qu'elle soit à Clichy-sous-Bois plutôt qu'à côté de chez soi et dans les écoles de nos enfants. Donc oui, ces ghettos arrangent tout le monde. Et si en plus les ghettos sont calmes et qu'on n'en parle pas, c'est encore mieux.
Cela signifierait donc que la République française, au XXIe siècle, applique ses principes de façon différente selon ses habitants ?
- Effectivement, la question de la citoyenneté se pose en ces termes. Ça suffit de verser des larmes de crocodile quand ça flambe ! Que veut-on faire de ces banlieues ? C’est à la société française de répondre. Car après tout, le gouvernement ne fait que surfer sur l’opinion. Si on pose le problème sereinement, j'ai confiance en la société française. Il faut expliquer, et cesser d'instrumentaliser les banlieues comme un épouvantail qui peut servir électoralement à quelques-uns.
Ecoutez les déclarations du président Nicolas Sarkozy : depuis deux ans et demi qu'il est élu, il est venu deux fois en banlieue: une fois dans un commissariat, et une fois au sujet de la vidéo-protection. Sans Fadela Amara, et pour parler uniquement de sécurité et d’immigration. Est-ce qu'on peut débattre sereinement quand le chef de l'Etat réduit les banlieues à la sécurité et à l'immigration ? Dans le même discours, il justifie la baisse de la TVA en parlant des restaurateurs qui se lèvent tôt et qui travaillent dur. Et les gars qui sont dans le bus à 6h du matin, pour justement aller nettoyer les restaurants ou faire la plonge ? Ils bossent aussi ! Ils sont aussi respectables !
A vous entendre, la question de l’immigration relève davantage d'une logique d'exclusion sociale que d'un défaut d’intégration ?
- C'est les deux, et c'est inséparable. Focaliser le débat sur l'immigration et la régularisation des sans papiers n'a aucun sens. Les sans-papiers, c’est un faux problème. S’ils sont régularisés mais qu'ils vivent dans les mêmes conditions de grande misère, aux mains des marchands de sommeil, qu'est-ce que cela va changer ? Le problème, c'est qu'on n'a pas de politique d'intégration. Ni sociale, ni culturelle.
Pourtant, le gouvernement a pris un certain nombre de mesures, avec par exemple le contrat d'accueil et d'intégration.
- C'est la bonne voie. Lorsque des mesures sont proposées pour favoriser l'accès à la langue française, il faut applaudir. Ce n'est pas parce que c'est la droite qui le fait que c'est mauvais ! On accueille en exigeant un certain nombre de choses : l'apprentissage du français, le respect des lois et des valeurs de la République. C'est la moindre des choses, et d’ailleurs c'est un discours de gauche, selon moi.
Mais concrètement, qu'est-ce qu'on fait pour intégrer les populations immigrées? Il faut être logique jusqu'au bout. Le problème n'est pas de savoir si les immigrés ont un papier dans la poche ou pas. Le problème est de savoir comment ils vont vivre sur le territoire français. Ce que je n'aime pas, c'est la misère et l'exclusion.
Pour autant, ce serait une erreur de nier une dimension culturelle. Mais attention. On a l'air de reprocher aux immigrés de ne pas s'intégrer, de refuser les codes et les modes de vie français. Mais j'en ai discuté il y a quelques temps avec un Africain célibataire, qui travaille la nuit à Roissy. Il lave des plateaux repas. Dans la salle de travail, il n'y a que des Africains. Il rentre le matin chez lui pour dormir, mais de toute façon, dans son immeuble, il n'y a que des africains. Et on va lui dire: "comment ça se fait que vous ne vivez pas comme les Français?"
Qu'est-ce qui peut provoquer le déclic pour que la société française s'occupe de ses banlieues ?
- Ce n'est pas un déclic que j'espère, mais un débat serein. Ce n’est pas une question de droite ou de gauche. La situation est ce qu'elle est ; que fait-on ? Il ne faut biaiser le débat ni par angélisme, ni par un discours de stigmatisation.
Le "débat" actuel, qui mêle "identité nationale" et immigration, peut-il favoriser ce débat serein que vous appelez de vos vœux ?
- C'est à l'évidence biaiser le débat et aborder les choses du mauvais côté. En banlieue, je ne vois aucun problème d'identité nationale. Si on veut éviter le repli communautaire, il suffit de faire revenir la République pour que tout le monde puisse s'identifier à elle. Quand la République se retire, comment s'étonner que des gens trouvent une autre façon de définir leur identité ?
Je passe ma vie à expliquer aux gens que la République est belle. Qu'elle est forte, qu'elle peut régler les problèmes. Bref, qu'il faut y croire. Mais il faut me donner des armes pour convaincre. Imaginez que je dise à un jeune écolier de Clichy : "regarde cette belle école républicaine, avec elle tu pourras profiter de l'ascenseur social comme moi j’en ai profité". Tout ce qu’il va faire, c’est rigoler !
Propos de Claude Dilain recueillis par Baptiste Legrand
le mercredi 2 décembre (Nouvelobs.com)
(1) Eric Maurin est sociologue. Il est notamment l'auteur de : "Le Ghetto français, enquête sur le séparatisme social" (La République des idées /Seuil, 2004)
lundi 30 novembre 2009
"Avec la loi Dalo, on va ajouter des pauvres là où il y a des pauvres"

Le rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), rendu public le 30 novembre, montre que l'écart entre les zones urbaines sensibles (ZUS) et le reste du territoire ne s'est pas réduit depuis les émeutes de l'automne 2005.
Découvrez ce tchat passionnant sur le thème: "banlieue : le ghetto arrange-t-il tout le monde ?" avec Monde.fr
Antoine : Le titre du chat est "banlieue : le ghetto arrange-t-il tout le monde ?" comment envisager qu'un ghetto, terme négatif par nature, puisse "arranger" une partie de la société ? Cela n'implique-t-il pas que certains jouissent du malheur des autres ?
Si. La définition du ghetto c'est que justement personne ne peut y entrer et n'y en sortir.
Cette définition n'est pas aussi rigoureuse en France, mais on dit depuis longtemps que si la pauvreté pouvait être invisible, cela arrangerait tout le monde. Cela arrange aussi tous ceux qui, pour des raisons fondées ou non, estiment que la société ne leur a pas fait une place et qui, dans ces conditions, ont eu besoin de se créer une autre société dans un milieu plutôt fermé. Notamment les dealers. Par contre, il y en a qui n'apprécient pas du tout cela. Ceux qui ne sont pas d'accord, ce sont ceux qui habitent dans les quartiers et qui n'appartiennent pas au différentes filières, qui aimeraient rester dans la société en vivant tranquillement. Jam : Pourquoi le problème économique dans les cités est toujours noyé dans des travaux sociologiques qui vont parler de problématique ethnique ou interculturelle pour expliquer les difficultés de la jeunesse des banlieues ? Les seules réponses économiques actuellement apportées de façon massive sont les zones franches urbaines (ZFU) et les zones de redynamisation urbaine (ZRU). Ces dernières viennent d'être supprimées au 1er janvier, sans évaluation, ou quasiment pas. Les ZFU ont été maintenues, mais ce sont des aides massives pour aider les entreprises à s'installer autour des quartiers. Il y a des risques de remise en cause avec la suppression de la taxe professionnelle (suppression de l'exonération fiscale). Il me semble qu'une piste à renforcer est celle de la réussite éducative. Le plus fort taux de chômage en France se situe dans les quartiers et concerne les personnes de moins de 30 ans, dont la plupart ont un niveau de qualificiation inférieur au CAP. Mathieu : Les banlieues pauvres ceinturent Paris. Le développement du Grand Paris offre-t-il une opportunité de repenser, voire d'en finir avec ces zones de relégation sociale ? Est-ce que cela fait partie du plan ? Non, c'est un point positif pour les secteurs qui seront traversés par un moyen de transport rapide en direction des grands pôles. Pour les autres, il faudra attendre les phase 2 et 3. Il faudra s'occuper de la vallée de Seine, qui comprend pas mal de quartiers et qui n'est toujours pas bien drainé par les transports en commun. Coco Negro : Donc pour vous, l'ascenseur social est en panne dans les ghettos ? L'ascenseur social, si je regarde les résultats récents sur la réussite scolaire, est peut-être en légère progression, mais le retard de toute façon est très important, notamment pour les jeunes. On a toujours plus de 50 % de population des quartiers qui ne sont pas imposables. Il y a donc un vrai problème économique qui se pose. Les mesures qui commencent à produire leurs effets sont celles du plan Borloo : l'ANRU, la réussite éducative, la dotation de solidarité urbaine... Même si c'est insuffisant, c'est un des rares ministres qui a su développer une politique massive et globale là où c'était nécessaire. Il y a aussi le plan Espoir banlieue, qui n'a pas encore donné beaucoup d'effets car les mesures proposées ne sont pas encore quantifiables. Ces mesures sont également loin d'être aussi massives que celles du plan Borloo. Et ce qu'avait affirmé Nicolas Sarkozy en février 2008, à savoir que la politique de la ville doit pouvoir bénéficier des crédits de droit commun, n'est toujours pas réellement en application, notamment à l'éducation nationale. Cela veut dire que les ministères de l'éducation nationale, de l'emploi et autres, n'ont pas mis les moyens nécessaires. Alex : Tous les gouvernements successifs ont tenté de régler le problème des banlieues avec des plans d'action inefficaces. Selon vous, quel est le bon moyen pour en finir avec ce phénomène ? C'est un travail de Pénélope, il n'y a pas de plan qui sera efficace si l'efficacité est liée au fait de faire disparaître la pauvreté. On peut la réduire, mais étant donné qu'on n'a pas su réellement faire vivre une politique de mixité sociale, malgré les différents discours, on aura toujours des phénomènes de ghettoïsation. Quand Borloo a lancé son plan de rénovation urbaine pour tenter de mettre de la mixité pour des conditions de vie plus agréables dans les quartiers, on constate que la loi SRU, qui consiste à avoir 20 % de logements sociaux dans la plupart des villes, n'est toujours pas appliquée. Pour connaître bien les quartiers qui n'ont pas de "quartiers", on entend souvent dire : je ne suis pas venu habiter ici pour avoir des logements sociaux à côté. Feval : La situation actuelle n'est-elle pas la conséquence de la désastreuse politique d'immigration menée par la France ces quarante dernières années et qui a conduit à la non-intégration d'une partie de ces populations au sein de la société ? Ce n'est qu'un des éléments. La pauvreté dans le nord de la France est blanche, avec les mêmes conséquences dans les quartiers. Cela étant dit, la politique d'immigration non maîtrisée, qui n'est pas que française, qui est en lien avec les difficultés de l'Europe, n'arrange rien à la résolution du problème. Nous avons toujours des listes d'attente importantes pour nos logements sociaux. Nous avons maintenant la loi Dalo qui vient en "rajouter une couche" et qui ne va en rien ajouter à la mixité, bien au contraire. Car les familles les plus mal logées actuellement qui sont prioritaires aux yeux du Dalo sont loin d'être les plus riches et les plus proches des classes moyennes. On va donc ajouter des pauvres là où il y a des pauvres. C'est pour cela que je n'ai pas voté la loi Dalo. L'autre problème, c'est que tous les immigrés qui ne sont pas en règle et réclament leur régularisation sont souvent mal logés, et donc viendront, quand ils seront régularisés, s'ajouter aux listes officielles. D'un côté, il y a des villes riches qui ne veulent pas de logements sociaux, et les autres, celles qui ont beaucoup de logements sociaux, qui sont les seules à avoir un peu de "turnover", de places, car les gens vont s'installer ailleurs quand ils le peuvent. Tout l'argent que nous donne l'Etat pour favoriser l'ascension sociale, quand cet argent réussit son objectif, sert à d'autres villes, qui récupèrent les gens sur lesquels on a investi tant d'années, parce qu'ils vont se loger ailleurs. A leur place viennent s'installer des plus pauvres. Benoit : Ces inégalités ne sont-elles pas créées par l'assistanat qui tournent autour des cités défavorisées ? Evidemment, mais les gens qui sont dans la misère ne l'ont pas choisi. Ils préféreraient être riches et non assistés. Etre assisté, ce n'est pas rouler sur l'or. Même si on a la possibilité de se soigner pour pas trop cher, une APL importante, cela ne signifie pas la joie de vivre. On oublie qu'il y a 25 % de parents isolés avec enfants. Et pas que des étrangers. La suppression de la carte scolaire, c'est une connerie. Je l'ai toujours dit, et je le maintiens. J'ai à peu près 60 % d'évasion scolaire. J'ai deux collèges qui peuvent accueillir jusqu'à 1 000 à 1 200 élèves, et qui n'en accueillent que 500. Avec la carte scolaire, tous ceux qui peuvent partir sont partis. Je ne peux pas le leur reprocher, mais cela n'arrange rien. Bernard : J'entends votre position sur la carte scolaire. Mais le "ghetto" se retrouve dans l'école : violences, absentéisme des profs, baisse générale du niveau des élèves ! (expérience vécue). Qu'en pensez-vous ? On n'a pas les plus faciles, ceux dont les parents se préoccupent le plus de la scolarité. A partir du moment où les parents peuvent mettre leur enfant ailleurs, ils le font. A l'école, on ne peut pas laisser les enseignants seuls face à ce défi. Il y a un autre élément qu'on a négligé : le temps éducatif de la rue. Il existe quatre temps dans la journée d'un enfant : celui passé dans la famille, avec plein de points d'interrogation derrière ; celui à l'école, celui passé avec les médias et celui passé dans la rue. Quand vous avez des logements suroccupés, qu'il n'y a pas d'activité pour occuper les jeunes, c'est la rue qui va être le temps le plus important. Et à partir de certaines heures, on sait bien qui tient la rue dans les quartiers : ce sont les dealers. Harry : Puisque la question de l'intégration est une question-clé de la banlieue, et que l'intégration passe tout d'abord par l'école de la République, pourrait-on envisager de muscler les écoles de banlieue avec plus de professeurs, notamment de français ? Il faudrait surtout qu'on demande à l'éducation nationale de former plus encore les enseignants à ce qui les attend dans les quartiers, et ensuite, qu'on leur apprenne à travailler en parteneriat avec le tissu extérieur. Il n'est pas normal qu'on ait l'impression d'avoir une école-sanctuaire. On s'étonne ensuite que les écoles brûlent, mais si elles donnent l'impression de ne pas appartenir au quartier, de ne pas intéger les familles, il y a un vrai problème. Harry : Quel est le frein à ce que vous proposez ? Si le gouvernement trouve qu'il y a trop de professeurs à l'éducation nationale, pourquoi ne pas les redéployer en les formant à gérer des classes difficiles avec un système de prime pour les motiver ? Le problème des quartiers au niveau des fonctionnaires qui y travaillent se heurte au statut de la fonction publique. Et jusqu'à présent on n'a pas su passer par-dessus. D'autre part, pour l'instant, dans les quartiers, je ne note pas qu'on ait réduit le nombre d'enseignants, on les a maintenus. Mais il me semble qu'une classe de ZEP à 25 élèves avec des jeunes très peu motivés, c'est très dur à gérer. Il serait souhaitable de considérer que là où on a des jeunes qui ont envie de travailler on peut monter à 35 élèves, et c'est la majorité des cas, et souvent hors ZEP, en conséquence de quoi on pourrait réduire à 10-15 les classes dans les secteurs difficiles. Je ne suis pas persuadé que cela coûterait beaucoup plus cher et réduirait l'efficacité de l'éducation nationale, bien au contraire. Guest : Qu'est-ce qu'il faut faire au niveau de la médiatisation des banlieues ? J'ai l'impression d'entendre toujours des idées reçues, que les médias présentent une image catastrophique de ce qui s'y passe ? Myriam : Le budget du logement ne cesse de baisser, pourtant, vu ce que vous dites sur la loi DALO, on ne règle aucun problème ! Quid de la politique envers les copropriétés dégradées ? Le problème, c'est que je ne suis pas du tout favorable à ce qu'on vende les appartements aux locataires. C'est une fausse bonne idée, parce qu'une fois qu'ils sont en copropriété, les gens n'ont souvent pas les moyens d'entretenir au bout d'un moment. Donc petit à petit, tout se dégrade. Vincent : Il me semble que l'Etat laisse se développer un certain nombre de trafics afin de laisser rentrer de l'argent dans les cités et d'éviter une nouvelle implosion, de nouvelles émeutes. Qu'en pensez-vous ?
Alex : Les différentes mesures prises par le gouvernement telles la suppression de la carte scolaire ainsi qu'une baisse non négligeable de la dotation aux collectivités locales n'accentuent-elles pas la ghettoïsation ?
Beaucoup de médias ont besoin d'avoir des titres. La banlieue offre régulièrement cette possibilité, hélas. Les actions positives, les réussites individuelles sont généralement passées sous silence. Je pense qu'il faudrait discuter d'un code de déontologie pour éviter de souffler sur les braises.
C'est à la fois vrai et faux. A partir d'un certain moment, certains acteurs qui travaillent dans les quartiers baissent les bras. Les enseignants, les policiers. On essaie de faire en sorte qu'il n'y ait pas trop de violence, donc une certaine tolérance s'installe. Mais cela veut dire faiblesse et peut se retourner contre nous un jour ou l'autre. Mais il ne faut pas penser que l'autorité pure règlera le problème, ce serait une véritable erreur. Il suffit de regarder à l'étranger, et on verra.
Greg : Est-il envisageable d'établir une sorte de "discrimination positive" concernant le logement ? Des logements HLM dans les beaux quartiers, réservés à des populations en difficulté ? Cela ne permettrait-il pas de régler, sur le long terme, le problème des banlieues ? Chaque fois qu'on envisage de faire sortir des HLM des personnes qui ont des revenus élevés, qui dépassent les plafonds, pour les installer ailleurs, beaucoup de politiques réagissent violemment. A un moment donné, il faut choisir. Je serais assez favorable à ce qu'on envisage une autre stratégie qui consisterait à se porter acquéreur systématiquement de tous les logements en accession à la propriété qui aujourd'hui sont mis en vente aux enchères en raison de l'incapacité à rembourser de leur propriétaire. Vincent : Si on avait une réelle volonté de régler ce problème de ghetto, ne pourrait-on pas envisager de légaliser la vente du cannabis et d'investir les taxes perçues pour améliorer les conditions de vie et de développement de ces quartiers, plutôt que de laisser se développer des réseaux clandestins qui troublent le bon ordre public ? Caro : La montée des communautarismes est-elle une conséquence inéluctable du phénomène de "ghettoïsation" des quartiers ? La ghettoïsation des quartiers favorise la montée des communautarismes, mais ce n'est pas le seul motif. A partir du moment où les gens ont l'impression que la République ne veut pas d'eux, qu'ils sont à l'extérieur de la société, ils vont se réfugier quelque part. L'autre motif du communautarisme est lié aux conséquences de la colonisation. Alex : Comment comptez-vous régler le problème de l'emploi en banlieue ? Je pense qu'il faut reconquérir la rue, car plein de gens y sont laissés à eux-mêmes. On n'a pas d'interlocuteurs, pas d'adultes dans la rue face aux jeunes. Les grands frères sont les seuls interlocuteurs, et ils ne sont pas tous positifs, ni sur l'école, ni sur la police. C'est eux qui donnent l'image de la société aux gamins. C'est ce que nous faisons dans les "Journées de la rue". Il faut être en contact avec les gens qui sont dans la rue, de jour comme de nuit, il faut tenir un autre discours, réapprivoiser des jeunes qui sont devenus un peu sauvages. C'est un début de solution. Après, bien sûr, il faut les mettre au boulot. Mais il y a un travail préalable à faire.
Cela fait pour l'instant le bonheur des spéculateurs immobiliers, cela nous coûte cher en termes d'intervention sociale car il faut reloger les gens, alors qu'on pourrait les transformer en logements sociaux en maintenant les gens à l'intérieur tant qu'ils en ont besoin.
C'est une thèse développée depuis longtemps. Si je me réfère à certains pays qui ont légalisé le cannabis et d'autres drogues, je n'ai pas l'impression que cela a réglé le problème et la violence. Je n'ai pas d'a priori sur la question, d'autant que les scientifiques eux-mêmes sont très contradictoires sur les effets du cannabis. Au moment où on emploie une stratégie en augmentant le tarif du tabac et en faisant en sorte qu'il y ait un trafic de tabac, je ne vois pas comment on peut considérer que la légalisation du cannabis soit une solution. Les auteurs de trafic de cannabis trouveront un autre produit à trafiquer.
La politique de la ville sur la sellette, faute de résultats
Faut-il repenser la politique de la ville ? Le débat agite le gouvernement et la majorité, inquiets des résultats médiocres obtenus par la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, depuis le lancement de sa dynamique Espoir banlieues.
Selon nos informations, le prochain rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus), qui sera rendu public en novembre, devrait montrer que l'écart entre les zones urbaines sensibles (ZUS) et le reste du territoire ne s'est pas réduit depuis les émeutes de l'automne 2005. Avec 17,9 % de chômeurs dans les ZUS fin 2008, le taux de chômage est resté deux fois plus important dans les quartiers de la politique de la ville que dans les autres zones urbaines. Plus inquiétant, le taux de chômage des hommes, entre 15 et 24 ans, atteignait 41,9 % fin 2008 contre 36,9 % fin 2006.
"Si on n'avait rien fait, ce serait bien pire", défend l'entourage de Fadela Amara, devant ces piètres résultats. Le bilan des actions présentées par Nicolas Sarkozy, en février 2008, coordonnées par la secrétaire d'Etat, apparaît pourtant très limité. En particulier sur l'emploi. Les "contrats d'autonomie", censés permettre l'insertion des jeunes, n'ont pas fonctionné.
A peine 12 425 contrats avaient été signés, début septembre, sur les 45 000 prévus d'ici à 2011. Parmi eux, seules 887 "sorties positives" vers un CDD, un CDI ou une formation ont été enregistrées. " Le dispositif a été conçu avant la crise. Or, celle-ci a conduit les mieux armés à être licenciés. Et ils se sont trouvés en concurrence avec les jeunes faiblement diplômés", explique Mohammed Abdi, conseiller spécial de Fadela Amara.
Les autres dossiers (éducation, transport, santé, etc.) ont évolué au gré de la volonté des ministres en charge de chacun des secteurs. Avec, globalement, des résultats limités. "Le président de la République a demandé à chaque ministère d'établir un programme. Mais leur participation est très inégale", reconnaît M. Abdi.
Le seul point sur lequel tous les observateurs s'accordent pour souligner une avancée significative concerne la rénovation urbaine - opérations de démolition, réhabilitation ou aménagement urbain - mise en oeuvre dans 470 quartiers. Mais le bénéfice politique de ce projet est mis au crédit de Jean-Louis Borloo, à l'origine de l'Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), lorsqu'il était en charge du dossier en 2003.
Fadela Amara a changé de stratégie. Alors qu'elle a longtemps affirmé que le problème de la politique de la ville n'était pas une question de moyens, elle a multiplié, ces dernières semaines, les demandes budgétaires. "J'ai besoin d'argent. J'ai besoin de plus de moyens pour réussir la mission que m'a confiée le président de la République", souligne-t-elle. Elle tente actuellement de récupérer 10 millions d'euros amputés à son budget en 2010, et réclame le lancement d'une nouvelle étape de la rénovation urbaine après 2012. Elle a aussi suggéré que le grand emprunt national serve à financer des projets dans les quartiers.
Dans ce contexte délicat, la majorité réfléchit à une remise à plat plus large de la géographie de la politique de la ville. En dépit de ses abords techniques, le débat est fondamental : à quel niveau doit s'organiser la solidarité entre territoires riches et quartiers pauvres ? Comment répartir les moyens et déterminer les territoires prioritaires ? Deux parlementaires UMP, Gérard Hamel et Pierre André, ont rendu, fin septembre, un rapport qui constate l'échec du modèle actuel, fondé sur une approche quartier par quartier, zone par zone (zones urbaines sensibles, zones franches urbaines, zones de redynamisation urbaine, etc.).
"L'intervention par zonage enferme les quartiers sur eux-mêmes plutôt que de contribuer à leur meilleure insertion dans la ville", constatent les parlementaires. Dans cette logique, ils préconisent de supprimer les ZUS et d'organiser la politique de la ville à l'échelle des communes. Ces dernières signeraient des contrats avec l'Etat, à charge pour les maires de mettre en oeuvre, ensuite, leurs propres actions en fonction de leurs priorités.
Une partie de la politique de la ville serait ainsi décentralisée au niveau communal. L'entourage de Fadela Amara s'oppose à cette approche, jugée "dangereuse". "Il faut sans doute faire l'inventaire des territoires pour voir ceux qui doivent être aidés ou pas. Mais il faut que l'Etat continue à cibler les quartiers les plus difficiles et y concentre les moyens", explique M. Abdi. Prudent, le premier ministre François Fillon a annoncé une "large concertation" sur le sujet avant des décisions en 2010. Le comité interministériel des villes (CIV), qui devait avoir lieu début octobre, a été repoussé à une date indéterminée.
dimanche 1 novembre 2009
TF1 : un nouveau partenaire culturel du 93
A la fin du mois de juin dernier, Claude Bartolone, le président du Conseil général de la Seine-Saint-Denis annonçait la signature d’une convention d’un partenariat avec TFI sous l’intitulé "Médias et Diversité".
Vaste programme… À l’heure où la Seine-Saint-Denis fait ses comptes et règle de vieilles querelles politiciennes, le Conseil général veut faire table rase du passé et n’hésite pas à sabrer dans le tas les subventions du tissu associatif sur l’ensemble du département. Le président claque la porte au nez d’associations qui travaillent sur le territoire depuis des années et recherche des partenariats plus lucratifs. C’est le cas de TF1, avec qui Claude Bartolone a décidé de signer cette convention, en grande pompe, sous couvert de promouvoir "la diversité". Le mot sonne creux et renvoie en écho à la notion de "discrimination positive" chère au gouvernement.
Le 12 octobre 2009, dans les locaux de TF1, Nonce Paolini, son président, a honoré son engagement en accueillant solennellement les six jeunes sélectionnés pour deux années d’apprentissage au sein de la chaîne privée. Six jeunes : Chou, Elie, Florice, Jean-Marie, Sezen et Zineb ont été choisis en septembre et sont tous parrainés par un salarié de TF1. Ils auront selon la conjoncture des possibilités d’embauches à la fin de leur apprentissage. Maigres perspectives individuelles pour une poignée de jeunes qui ressemblent davantage à une opération de communication : un échantillon pour l’image. Une classe de troisième se verra profiter des stages de découvertes professionnelles par la chaîne. Des collégiens et des jeunes en insertion pourront effectuer des visites mensuelles d’immersion professionnelle dans les locaux. Enfin, la chaîne s’engage à soutenir le concours des Créateurs d’Entreprises, un concours organisé par le Conseil général et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Seine-Saint-Denis pour encourager la création d’entreprises liées aux métiers de l’audiovisuel.
Petite recette de démagogie
Ça ne coûte rien et c’est bon pour l’image. Depuis son élection en mars 2008, Claude Bartolone, multiplie les discours sur la jeunesse, et la richesse de la diversité : "la France de demain, diverse et multilingue, se construit dans l’incroyable laboratoire du vivre-ensemble qu’est la Seine-Saint-Denis ». Pour le président du Conseil Général, TF1 semble être le meilleur interlocuteur puisque c’est la "première chaîne à avoir osé engager pour son journal du 20h un journaliste issu de la diversité, aux compétences larges et reconnues". Il entend ainsi mettre en œuvre un dispositif d’orientation, de formation, de parrainage et de recrutement des jeunes dans les métiers de l’audiovisuel. Et les mauvaises langues de rétorquer que TF1 arrive par ce biais à prendre racine dans un département où elle cherchait des informateurs, en se rachetant une image à bas prix. « Ce que j’apprécie, c’est que lorsqu’il y a des sujets sensibles sur la banlieue, on vient me demander conseil. » explique Zineb Mirad au Parisien. A 20 ans, elle est une des heureuses élues, sélectionnée après avoir publié au Bondy Blog et participé à un atelier de journalisme organisé à Bobigny. Repérée "pour ses compétences", elle collabore aujourd’hui à la rédaction de LCI.fr.
Sans hypocrisie, la convention se voit comme une opération culturelle accompagnée par la création et la promotion d’événements artistiques. Dans les hautes sphères départementales, on se félicite de cette "petite pierre à l’édifice qui nous permet de dire à nos jeunes que tout est possible !".Le Conseil général a pourtant pris des mesures draconiennes et amputé sévèrement le budget de la culture pour l’année 2009. Les associations trinquent : licenciements des salariés, gels des projets, disparitions annoncées. Cette convention de paillettes propose un cache-misère pour une réalité complexe avec laquelle les associations composent sur le terrain depuis des années avec l’ensemble de la population. Des problèmes qui ne peuvent se résoudre d’un coup de baguette magique. Claude Bartolone, avec naïveté ou en toute conscience démagogique, applaudit le cynisme des groupes qui comme TF1 ont défini la valeur marchande de cette diversité.
L.Servin
samedi 24 octobre 2009
30 ans de politique de la ville

Le 27 mai 2000, la 'Muraille de Chine', bâtiment de 280 mètres de longueur, situé dans le quartier de Montchovet, au sud-est de Saint-Etienne, s'effondre, par une technique de foudroyage et basculement.
Par Catherine Gouëset
Voilà plus de trente ans que les pouvoirs publics tentent de remédier aux maux des quartiers difficiles. Des dizaines de programmes ont été mis en place, avec des résultats inégaux, aboutissant à un empilement de mesures dont l'efficacité est difficilement mesurable. Rappels des principaux chantiers lancés depuis le début des années 80.
Selon un bilan de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles paru en 2008, les milliards injectés dans les banlieues ont eu des effets positifs. Si le taux de chômage des jeunes reste élevé dans les quartiers -deux fois plus qu'ailleurs- il a néanmoins baissé au fil des ans.
Dans les zones franches urbaines, l'activité économique a été stimulée par les exonérations fiscales. Mais chaque embrasement des banlieues rappelle l'ampleur des ségrégations sociales et ethniques qui persiste en France que les nombreux programmes n'ont pas suffi à réduire.
La politique de la ville démarre en 1981, après les troubles de la banlieue lyonnaise, notamment à Vénissieux. Des programmes de développement social des quartiers (DSQ) sont mis en place dans une vingtaine de cités. En 1984, le nombre de quartiers concernés passe à 142, puis à plus de 500 en 1989.
Parallèlement, l'axe est mis sur l'éducation avec la création de zones d'éducation prioritaire (ZEP) créées par Alain Savary, ministre de l'Éducation. Il s'agit d'adopter des programmes spécifiques pour les enfants en difficulté scolaire dans les zones sensibles. On s'engage aussi dans la lutte contre la délinquance en mettant l'accent sur la prévention, avec la création du Conseil national de la prévention de la délinquance (CNPD), sous la houlette de Gilbert Bonnemaison, avec en particulier les opérations "prévention été".
En 1983 est lancée la mission " Banlieues 89" dirigée par Roland Castro et Michel Cantal Dupart, dont l'objectif est de réhabiliter et relier entre elles les banlieues.
En 1988 est créée la Délégation interministérielle à la ville (DIV), qui regroupe les ministres concernés, des maires et des personnes qualifiées et accorde à 400 quartiers les bénéfices des dispositifs de la seconde génération des DSQ.
En 1990, après les troubles de Vaulx-en-Velin, François Mitterrand annonce la création d'un ministère de la Ville, confié à Michel Delebarre. Plusieurs lois sont votées pour accompagner cette politique : la loi du 13 mai 1991 sur la solidarité financière entre les communes, qui vise à renforcer la solidarité entre communes riches et communes pauvres; la loi d'orientation pour la ville (LOV) du 13 juillet 1991, qui entend remédier à la ségrégation urbaine en préservant l'habitat social dans les centres villes.
En 1993, sont lancés une dizaine de grands projets urbains (GPU) qui prévoient une profonde restructuration des grands ensembles les plus dégradés.
En 1994, sous l'impulsion de Simone Veil, les premiers contrats de ville sont signés. Ils prévoient l'élaboration d'un projet global de développement de l'aménagement urbain, de l'action sociale, culturelle et de formation, ainsi que de prévention de la délinquance. 185 sites sont choisis.
En 1996, le gouvernement d'Alain Juppé crée le pacte de relance pour la ville (PRV) qui met l'action sur la création d'emploi. Plus de 700 zones urbaines sensibles (ZUS) sont créées, concernant 4,5 millions de personnes; elles offrent des exonérations fiscales aux entreprises qui s'y installent. Sont également créées 400 zones de redynamisation urbaine (ZRU) où les entreprises bénéficient d'exonération de taxe professionnelle et de cotisations sociales. 44 zones franches urbaines (ZFU) doivent bénéficier d'avantages supplémentaires.
En 1999, le gouvernement Jospin met l'accent sur la qualité de vie. Cinquante sites sont sélectionnés pour bénéficier de grands projets de villes (GPV), dotés d'un financement global de 840 millions d'euros sur six ans. L'effort de l'Etat pour les contrats de ville est en hausse de 44% (2,6 milliards d'euros sont prévus pour la période 2000-2006).
En 2000, la loi solidarité et renouvellement urbains (SRU) a pour objet de mieux répartir les logements sociaux et de résorber l'habitat insalubre, le mitage des périphéries et le développement anarchique des transports urbains. Elle impose aux communes de plus de 3500 habitants 20% de logements sociaux.
En 2003, la loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, dite "loi Borloo", met l'accent sur la rénovation urbaine avec son programme national de rénovation urbaine (PNRU) et la création de l'agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU, 30 milliards d'euros sur cinq ans) qui lance un vaste programme de démolition, afin de "casser les ghettos". Le dispositif des zones franches urbaines (44) est prolongé pour cinq ans et doit être élargi pour parvenir à 85.
Après les émeutes de novembre 2005, Dominique de Villepin annonce un projet de loi "égalité des chances" qui propose notamment une réforme de l'apprentissage et un contrat de responsabilité parentale.Les crédits de rénovation urbaine sont augmentés (de 20 à 30 millions d'euros d'ici à 2010) et la politique de diminution des aides aux associations est remise en cause (100 millions d'euros sont débloqués).
En 2006, la loi Engagement National pour le Logement(loi ENL) promeut l'augmentation de l'offre de logements à loyers maîtrisés et l'aide à l'accession à la propriété pour les ménages modestes.
En 2007, l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances concentre les crédits participant au développement social des quartiers. L'enveloppe gérée par ce nouveau "guichet unique", de l'ordre de 500 millions annuels, s'appuie sur le FIV (Fonds interministériel d'intervention pour la ville) et les moyens du Fasild (Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations).
En 2008, le "plan espoir banlieue" présenté par Fadela Amara prévoit un "contrat d'autonomie", proposé aux "jeunes sans emploi des quartiers" de moins de 26 ans, afin de leur apprendre les "codes nécessaires à l'insertion dans l'entreprise", et des "écoles de la deuxième chance", organismes privés qui doivent accueillir 4000 jeunes en échec scolaire dans 24 départements. 4000 policiers doivent être déployés dans 200 quartiers touchés par la violence urbaines, les unités territoriales de quartier (UTQ).
Pour en savoir plus :
La politique de la ville (1970-2005), 35 ans d'expérimentations
La Documentation Française. L'Express.fr
dimanche 4 octobre 2009
Et demain, un mouvement politique des banlieues ?
La mise au point claque rapidement : « C'est un rendez-vous politique, pas un festival ! » Désireux de s'affranchir des tutelles en tous genres, les membres du FSQP, pour la plupart vétérans de la cause militante dans les quartiers dits difficiles, en ont assez des initiatives éparpillées « et qu'on ne voit jamais ».
A partir des expériences des uns et des autres, partout en France, des histoires et des mémoires des quartiers, ils veulent être « un espace d'affirmation d'une parole politique, sociale et culturelle ».
Lors de la 1 re édition, ils déclaraient : « On a beaucoup à dire du racisme, des violences policières, des discriminations, de l'islamophobie (...) mais nous refusons d'être cantonnés à cela. Nous avons autant à dire sur la santé, l'éducation, le travail, etc. »Pour Tarik Kawtari, « il s'agit de créer un mouvement politique des quartiers » pour que les habitants de ceux-ci aient l'impression d'avoir une voie qui compte.
D'autres projets sont en vue, menés notamment par le Mib, comme la mise sur pied d'une fondation pour aider les victimes de crimes policiers, "pas les violences mais les crimes".
lundi 28 septembre 2009
Des parlementaires préconisent la suppression des ZUS
n rapport parlementaire remis, mercredi 23 septembre, au premier ministre François Fillon préconise une révision de la politique de la ville, notamment la suppression des zones urbaines sensibles (ZUS). Rédigé par Gérard Hamel, député UMP d'Eure-et-Loir, et Pierre André, sénateur UMP de l'Aisne, le document dresse un bilan mitigé des dispositifs existants. « L'intervention par zonage enferme les quartiers sur eux-mêmes plutôt que de contribuer à leur meilleure insertion dans la ville », estiment-ils, préconisant d'organiser la politique de la ville au niveau des communes et non plus des quartiers. « La solidarité nationale ne doit intervenir que lorsque la solidarité locale n'est pas elle-même en capacité de faire face aux difficultés rencontrées. » Matignon a annoncé que le rapport servirait de « base » à « une large concertation » avant une éventuelle réforme en 2010.
Banlieues : le modèle communautaire américain tente les sociologues français
Faut-il s'inspirer du modèle américain de "politique de la ville" ? Doit-on réinventer le système français de gestion des quartiers difficiles en s'inspirant de l'exemple "communautaire" mis en place aux Etats-Unis ? Alors que la recherche française est longtemps restée dominée par le spectre des dérives "à l'américaine", un colloque, organisé vendredi 25 septembre à l'Ecole normale supérieure (ENS) à Lyon, montre qu'une partie des sociologues observent désormais avec intérêt la capacité des villes américaines à mobiliser leurs habitants et à favoriser leur participation dans les quartiers difficiles. Et soulignent, a contrario, "la grande faiblesse" de la politique de la ville française.
L'élection de Barack Obama à la Maison Blanche, fin 2008, a évidemment contribué à replacer le modèle américain au centre de toutes les attentions. Le président des Etats-Unis fut en effet, au milieu des années 1980, un "organisateur de communauté" dans les quartiers sud de Chicago, une fonction à cheval entre travailleur social, éducateur politique et agitateur professionnel. Théorisée dans les années 1960 par le sociologue américain Saul Alinsky, sa mission était d'amener les habitants à s'organiser pour défendre leurs intérêts face aux bailleurs sociaux, aux banques, aux municipalités... Une démarche qui a contribué à l'émergence de leaders et de pouvoirs locaux.
Cette approche se situe aux antipodes de la politique de la ville française, traditionnellement rétive à la reconnaissance des communautés, comme le soulignent les participants au colloque. "Le modèle républicain français est un modèle descendant : l'Etat sait toujours ce qu'il faut faire. Et comme, par ailleurs, on a historiquement une grande peur des communautés, la France est passée à côté de cette dimension collective", indique Claude Jacquier, directeur de recherche au CNRS. "Là où, dans d'autres pays, les initiatives dans les quartiers à problèmes viennent des habitants, une culture de défiance envers la société civile continue de caractériser nos administrations, niant la légitimité des demandes des habitants, par ailleurs mal représentés politiquement", explique Sophie Body-Gendrot, professeur de sciences politiques, qui insiste sur l'absence de "voix" et de "porte-parole" dans la jeunesse des quartiers.
Les politiques actuelles, notamment les opérations de rénovation urbaine, engagées en 2003 par Jean-Louis Borloo, ne dérogent pas à cette approche malgré l'affichage d'une logique "participative".
Sur les quelque 40 milliards investis d'ici à 2013 pour rénover les quartiers, la quasi-totalité vise des opérations sur le bâti, très peu sur l'humain. "La rénovation urbaine est une caricature de l'approche française où l'on refait la ville sur place. On démolit, on reconstruit et on pense avoir tout réglé. A aucun moment, sauf de façon purement rhétorique, on ne cherche à donner de la force ou du pouvoir aux habitants eux-mêmes", constate Jacques Donzelot, spécialiste de sociologie politique, pionnier de l'observation du modèle américain.
En France, souligne le sociologue Laurent Mucchielli, "les objectifs sont décidés par les représentants locaux de l'Etat et par des professionnels de la politique de la ville. Non par les associations locales qui n'en assurent que la mise en oeuvre". Il relève par ailleurs que la plupart de ces associations sont "installées par le pouvoir politique et contrôlées dans leur gestion par l'Etat" : "Le mot même de communauté (communauté d'intérêts, communauté de voisinage) est dégradé en "communautarisme" pour désigner une forme régressive de citoyenneté." Laurent Mucchielli lit là "le paradoxe d'une politique qui passe son temps à regretter que les gens soient passifs et "assistés" mais qui ne comprend pas que sa façon de faire "paternaliste" ne peut produire que cela".
Cette approche se traduit de façon très concrète. Lorsque la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, Fadela Amara, décide de rapprocher les quartiers des services publics, elle installe des délégués des préfets dans les cités. Lorsqu'apparaissent des listes autonomes issues des quartiers, comme lors des dernières élections municipales, elles sont immédiatement qualifiées de "communautaires" par leurs concurrents et les autorités locales. Les dernières élections municipales n'ont d'ailleurs pas modifié la donne : selon le Haut Conseil à l'intégration (HCI), la proportion d'élus municipaux issus de la diversité est passée de 3,2 % à 6,7 % dans les villes de plus de 9 000 habitants entre 2001 et 2008. Soit à peine quatre maires, 495 adjoints et 1 844 conseillers municipaux issus de l'immigration extraeuropéenne.
Les chercheurs ne sont pas subitement devenus des défenseurs du modèle américain dans son ensemble. Notamment parce qu'ils insistent sur le degré toujours élevé de ghettoïsation aux Etats-Unis. Et parce qu'ils considèrent que la politique de la ville française a probablement atténué la "crise des banlieues". Mais ils veulent voir dans la question de la participation une nouvelle étape. "L'approche américaine s'explique évidemment par l'histoire des Etats-Unis, la place réduite de l'Etat fédéral, l'importance de l'immigration. Mais le fait que le Royaume-Uni, l'Europe du Nord, l'Allemagne, les Pays-Bas, par exemple, s'inspirent de ce type d'approche devrait nous faire réfléchir", souligne M. Donzelot.
Une page consacrée à Saul Alinsky : www.laviedesidees.fr/Saul-Alinsky-la-campagne.html ;
Le site personnel de Jacques Donzelot : www.donzelot.org. Le monde.fr
dimanche 9 août 2009
Utiliser l'emprunt national pour les banlieues ?
Lorsque la douleur est là, on traite en urgence pour oublier immédiatement après » : ainsi gère-t-on l'emploi dans les banlieues selon Abdel Aïssou, président du Conseil national des entreprises pour la banlieue (CNEB), qui a remis, vendredi 17 juillet, un rapport à la secrétaire d'Etat à la ville, Fadela Amara. « La question apparaît au détour de chaque crise en banlieue. Pour ensuite s'estomper derrière une série d'initiatives (...) limitées », note le directeur général délégué de Randstad France, qui suggère d'accorder une part des recettes de l'emprunt national « au développement de formations qualifiantes en banlieue ».









